Alain Lambert — Le pianiste Jean François Zygel est bien connu pour ses talents grand public d’initiateur à la musique classique. Et il est aussi l’un des rares improvisateurs dans ce genre musical. C’est-à-dire que, comme en jazz aujourd’hui, mais aussi comme à l’époque baroque ou romantique, le musicien joue dans l’instant, à partir des accords qu’il choisit et de la ligne mélodique qu’ils lui inspirent.
Depuis plusieurs années, il propose des balades musicales dans les villes qui l’accueillent, d’abord à l’étranger, puis en France ensuite. Il lui faut d’abord explorer la ville sur deux ou trois jours pour pouvoir la comprendre et la ressentir un minimum, avant d’en proposer une quinzaine de tableaux de quelques minutes,
Alain lambert —
Les mots d’Isild Le Besco,
Parfum d’azur du duo Jean Pierre Como-Javier Girotto,
Africa si du percussionniste Mansfarroll et
Povo Brasileiro, par un collectif brésilien Rua Das Pretas dirigé par Pierre Aderne.
es mots (Station Anvers 2026) est un ensemble de textes poétiques de l’actrice et réalisatrice Isild Le Besco, mis en musique par le compositeur et guitariste Andréel qui a su retrouver l’esprit d’une chanson française un brin jazzy. Un piano ou une guitare, une basse, une contrebasse ou un violoncelle, et éventuellement une flûte ou une clarinette, de quoi nuancer la palette instrumentale.
Alfred Caron — Le spectacle de Florentina Holzinger a déjà fait couler beaucoup d’encre depuis sa création en Allemagne en 2024. Il arrivait sur la scène de l’Opéra Ballet Vlaanderen une réputation sulfureuse en pleine Semaine sainte et l’on peut se demander si ce choix était une pure coïncidence ou une volonté de provocation de la part des programmateurs.
De fait, la metteuse en scène et chorégraphe autrichienne n’y va pas de main morte dans sa vision de l’opéra en un acte de
Paul Hindemith,
Sancta Susanna (qui avait déjà fait scandale à sa création en 1922), à laquelle elle associe une messe féministe d’un peu plus de deux heures dont célébrantes et assemblée sont toutes des femmes,
Jean-Luc Vannier — Présentée mercredi 1
er avril 2026, la nouvelle saison lyrique de l’opéra de Monte-Carlo affiche sans retenue ses ambitions : outre les grandes œuvres du répertoire, de Carmen à Siegfried, de Porgy and Bess à Rigoletto, en passant par Fidelio en version de concert par la Wiener Staatsoper, Cécilia Bartoli a annoncé des récitals et des concerts avec des artistes de premier plan, parmi lesquels Jonathan Tetelman, Asmik Grigorian, Anna Netrebko, Franco Fagioli, Brian Jagde et George Petean. La directrice de l’opéra se produira elle-même à deux reprises. La diversité fait également place à des propositions singulières, à l’image d’Il ritorno d’Ulisse in patria en version marionnettes, ainsi qu’à la présence du Chœur de l’Opéra de Cape Town.
Alfred Caron — Dans sa note d’intention, Eugénie Lefèbvre dit avoir éprouvé une véritable fascination pour le personnage de Médée, et senti la « nécessité de l’incarner ». Pour en raconter l’histoire en un seul « mélodrame » d’une heure et quart, elle a réuni la musique de six compositeurs, allant de la fin du xviie au début du xviiie siècle, et leur a associé des textes de liaison venus de l’Antiquité grecque (Les Argonautiques d’Apollonios de Rhodes et la tragédie éponyme d’Euripide) ainsi bien sûr que celle de Pierre Corneille et même de la pièce de Jean Anouilh de 1953, montrant que le mythe est toujours aussi vivant au xxe. Les auteurs français font pendant ici aux trois compositeurs du Grand Siècle, Pascal Colasse et son
Frédéric Léolla — Quel dommage que souvent les opéras de Britten soient basés sur de si médiocres livrets !
Les allusions au christianisme, qui n’ont pas grand-chose à faire dans cette histoire classique, sont pourtant omniprésentes, et il est presque préférable pour l’auditeur de ne pas comprendre ce que disent les chœurs masculin et féminin dans leurs très belles particelle.
L’opéra tourne autour du viol que Tarquinius veut commettre, puis va commettre, puis finalement commet. Et même si, encore une fois, le livret peut sonner faux et tarabiscoté, la musique est empreinte de toutes les nuances des différentes situations, on entend le désir brutal de Tarquinius, l’acidité des commentaires entre hommes, pour lesquels, en effet, la « fidélité » de la femme est un enjeu social majeur, on entend l’ennui patient des femmes, et surtout, la violence de la situation, la violence du viol et le désespoir de la femme violée. Il y a de la « vérité » dans la musique de Britten.
Jean-Luc Vannier — « Sold out ! » affichait un panneau à l’entrée de l’auditorium Rainier III. Et pour cause : en clôture de sa saison lyrique,
par ailleurs dédiée « à la femme », l’opéra de Monte-Carlo proposait mardi 31 mars un « Concert lyrique » d’Elīna Garanča accompagnée par l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo et les Chœurs de l’opéra placés sous la direction d’Henrik Nánási. Concert lyrique d’autant plus exceptionnel que le programme permettait à la
diva — mais qui ne se prend pas pour telle — de déployer, outre d’indéniables talents de tragédienne qui ne nous étonnent plus depuis
son interprétation de Kundry à la Wiener Staatsoper en 2021
Alain Lambert — Tout commence avec une grande voilure multiple qui faseye sur la scène pendant que les spectateurs s’installent. Elle va rester le temps d’une tempête avant de tomber et disparaître. La pièce continue avec une évocation de Prospero à sa fille Miranda sur ce qui s’est passé jadis, sa destitution du trône de Milan et son abandon sur une île déserte, pleine d’esprits qu’il a délivrés et pris à son service. De quoi jouer sur le côté magique, les effets de lumière et de pyrotechnie qu’affectionne Omar Porras, les apparitions de la harpie ou des marionnettes fantômes. Sinon, l’ensemble oscille entre commedia dell’arte, avec ses bouffons masqués, et comédie musicale (un peu) quand Miranda chante. Sans oublier, pour la musique, l’entrée caracolant dans la salle des comédiens-musiciens, avec clarinette, flûte, cornemuse, accordéon et tambours, pour une gigue à

Résonare, Sandra Chamoux piano) : Johannes Brahms, thème et variation, opus 18b ; Felix Mendelssohn, Variations sérieuses, opus 54 ; Sergueï Rachmaninov, Variations sur un thème de Corelli, opus 42. Indésens-Calliope 2025 (IC 097).
Frédéric Léolla — Les Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Zurich, sous la baguette de Gianandrea Noseda, donnaient une des œuvres les plus appréciées du répertoire religieux du xixe siècle, le Requiem de Verdi. Ils étaient accompagnés d’un quatuor vocal de premier ordre (Marina Rebeka, Joseph Calleja, Agnieszka Rehlis et David Leigh). Salle comble à la Philarmonie de Paris.
Le chef italien propose une interprétation passionnée. Il bondit sur son podium, donne les entrées, marque le tempo, encourage les chanteurs, vibre avec ses chœurs et son orchestre. Chœurs et orchestre le lui rendent bien. Le chœur sonne puissamment, en particulier les voix d’hommes graves.Très expressif, passant des murmures aux éclats, le chœur brille. Pas moins que l’orchestre qui, lui aussi, parcourt toute la gamme expressive, des pianissimi aux foudres des tutti
Frédéric Léolla — Les élèves du Département supérieur pour Jeunes Chanteurs/JCP du Conservatoire à rayonnement régional de Paris - Ida Rubinstein, sous l’égide d’Agnès Rouquette et de Stéphane Petitjean, font appel à l’Orchestre Colonne, sous la baguette de Christophe Grapperon et à la metteuse en scène Florence Guignolet, pour représenter Orphée aux Enfers d’Hector Crémieux et Ludovic Halévy, sur une musique de Jacques Offenbach. Le résultat est … désopilant.
Des voix fraîches — pour certaines vraiment prometteuses —, une bonne intelligibilité en général, de la musicalité, et surtout une envie folle de s’amuser. On a la sensation d’assister à une énorme fête, ou mieux, à une « teuf », tant les jeunes font leur
Alfred Caron — Les opéras de Meyerbeer restent rares sur les scènes françaises. Ce Prophète, avant-dernier produit de sa collaboration avec Scribe, n’a connu récemment qu’une version de concert (mémorable, semble-t-il, au Festival d’Aix en 2023) et une lointaine production à Toulouse en 2017 où John Osborn défendait déjà le rôle-titre.
Pour cette version de concert, venue de Genève où elle avait été donnée quatre jours plus tôt, le TCE annonçait une durée de 3 heures laissant supposer un bon nombre de coupures, les plus flagrantes étant celles du célèbre ballet des Patineurs dont ne restaient que deux mouvements, le quadrille et le galop.

Quatre cédés jazzy pour espérer le printemps !
Andares de Sebastian Munoz, Lux II de Louis Billette, Anagnorisis de Dwiki Dharmawan et Thirteen de Soft Machine (à paraître le 13 mars).

Fanny Mendelssohn, Das Jahr, Marie Vermeulin (piano). Présence des compositrices 2026 (PC 006).

Giuseppe Verdi, Simon Boccanegra, Ludovic Tézier, Marina Rebeka, Francesco Meli, Michele Pertusi, Mattia Olivieri, Andrea Pellegrini, Vasco Maria Vagnoli, Silvia Cialli. Coro e Orquesta dal Teatro San Carlo di Napoli, sous la direction de Michele Spotti. Prima Classic 2024.
Sexe et Opéra (xxii. 9) : Lady Macbeth de Mtsensk
Frédéric Léolla — Katerina est mariée à Zinovi, fils du riche Boris. Or, elle se morfond, délaissée par son mari. Le beau Serguei, travailleur chez Boris, la séduit. Surpris l’adultère : elle tuera son beau-père, puis son mari. Découverts les crimes : Katerina et Serguei seront condamnés à la déportation en Sibérie. Mais là-bas Serguei méprisera Katerina qui, épuisée et meurtrie, mourra noyée.
Cela pourrait être l’argument d’un opéra vériste, mais Shostakovitch et Preis, préoccupés aussi de faire un opéra « esoviétique » qui raconte les misères du peuple russe « avant » la révolution soviétique, présentent aussi une galerie de personnages hauts en couleur censés représenter les problèmes du peuple russe du temps des tsars : le riche exploitant,

Parmi les nombreuses activités du Conservatoire Rachmaninoff nouveau, s'ajoutant aux cours suivis par plus de six cents élèves, il y a le cycle des « cartes blanches », offrant aux professeurs du lieu, aux membres du comité artistique, à des sommités musicales ou à des institutions partenaires, la possibilité d'inviter de jeunes artistes, étant entendu que ces « jeunes artistes » d'aujourd'hui ont un niveau musical et culturel éblouissant. Ce cycle, dont les soirées font le plein du grand salon du Conservatoire, est soutenu par le groupe Dassault.
Il y aura en avril, sans se découvrir d'un fil, deux concerts et deux cartes blanches, à la Fondation Gauthier Capuçon et à David Fray.
Alain Lambert —
Eh oui, il est toujours là, Philippe Decouflé, avec sa compagnie DCA, ses neuf danseurs, de la vingtaine à plus de 70 ans, et son pianiste roulant et improvisant. Et toujours renouvelé, dans son univers surréaliste où les panneaux mobiles effacent les personnages, où la scène s’inverse, avec un faux public composé d’amateurs locaux, dans cette coproduction avec le théâtre de Caen.
Côté danse, il invente à chaque nouvelle musique, et propose des chorégraphies ébouriffées où les deux anciens, Dominique Boivin et Michele Prélonge, déjà présents à ses débuts, ont toute leur place et finissent sur le devant de la scène, sous les projos, quand tous les autres sont fusionnés avec la trentaine d’amateurs.
Le temps passe, mais les danseurs gambillent encore, même si leurs mouvements évoluent. Le chorégraphe sait s’adapter aux différents corps et différents âges. Il en joue au cours des multiples tableaux, puisque c’est son propos, mais sans en faire trop. Des voix off parlent du temps et le commentent, l’horloge accrochée en haut du rideau côté jardin avance, recule, s’affole, s’arrête au gré de ses dansantes

À quoi sert l’art ? La question est certes convenue, mais piégeuse ! Il est bien sûr toujours tentant de botter en touche pour s’en remettre au consensuel « supplément d’âme » bergsonien. On entend ici qu’il appartiendrait à l’art d’être inutile, du moins d’être dégagé de toute fonction matérielle : répondant à un besoin d’élévation spirituelle et de plaisir esthétique, il abriterait de la grossière empiricité du quotidien et affranchirait de la matière aliénante du monde. En amorce de sa réflexion sur la fonction de la musique, Jean-Marc