
À quoi sert l’art ? La question est certes convenue, mais piégeuse ! Il est bien sûr toujours tentant de botter en touche pour s’en remettre au consensuel « supplément d’âme » bergsonien. On entend ici qu’il appartiendrait à l’art d’être inutile, du moins d’être dégagé de toute fonction matérielle : répondant à un besoin d’élévation spirituelle et de plaisir esthétique, il abriterait de la grossière empiricité du quotidien et affranchirait de la matière aliénante du monde. En amorce de sa réflexion sur la fonction de la musique, Jean-Marc Warszawski démonte l’aporie d’une conception hédoniste si restrictive : « Si à la question "Ça sert à quoi ?", je réponds "À rien" c’est avant tout par un réflexe guidé d’expérience, pour éviter des discussions oiseuses, des réponses insatisfaisantes ou de

Parmi les nombreuses activités du Conservatoire Rachmaninoff nouveau, s'ajoutant aux cours suivis par plus de six cents élèves, il y a le cycle des « cartes blanches », offrant aux professeurs du lieu, aux membres du comité artistique, à des sommités musicales ou à des institutions partenaires, la possibilité d'inviter de jeunes artistes, étant entendu que ces « jeunes artistes » d'aujourd'hui ont un niveau musical et culturel éblouissant. Ce cycle, dont les soirées font le plein du grand salon du Conservatoire, est soutenu par le groupe Dassault.
Il y aura en avril, sans se découvrir d'un fil, deux concerts et deux cartes blanches, à la Fondation Gauthier Capuçon et à David Fray.

Superbe récupération d’un chef-d’œuvre : Le roi d’Ys à Strasbourg
Frédéric Léolla — Le roi d’Ys (comme Louise de Gustave Charpentier ou comme bien d’autres chefs-d’œuvre du patrimoine musical français) est un de ces opéras qui, extrêmement populaire depuis sa création, cessa d’être programmé à partir des années 1950 sans que l’on sache très bien pourquoi. Peut-être était-ce alors l’influence d’une certaine intelligentsia musicale qui, dans les années 1950, avait tendance à considérer l’opéra comme un genre mineur (parce que souvent « trop facile ») et concrètement Le roi d’Ys comme un épigone de Richard Wagner… Pourtant, à l’écoute de l’œuvre d'Édouard Lalo, on se demande comment a-t-elle pu être qualifiée de wagnérienne…
Alfred Caron — Billy Budd n’avait pas paru sur une scène française depuis la proposition de Francesca Zambello à l’Opéra Bastille en 1996 (reprise en 2001)
1. Pour cette nouvelle production, Richard Brunel a choisi d’en donner une vision détachée de tout réalisme. Tout se passe dans la mémoire du Captain Vere, tourmenté par le souvenir du matelot innocent, sacrifié au nom du maintien de l’ordre sur L’Indomptable. Le bateau est figuré par un ensemble de praticables métalliques, reproduisant la maquette d’un cuirassé. La mer n’est présente que sous la forme d’une toile de fond au début et à la fin de l’opéra, quand commence et finit le jugement du capitaine par un trio d’officiers
Frédéric Léolla — La pauvre elle passe son temps à être poursuivie par le jeune Khovanski. Moussorgsky n’édulcore pas la chose : le grand prince se sent le droit de prendre et il poursuit donc la jeune fille, comme à la chasse. Les deux entrent en scène en courant, et le viol aurait lieu — quel homme oserait s’interposer devant le prince ? — s’il n’y avait pas Marfa, personnage mi-sensuel mi-mystique que d’aucuns ont considéré incarnation de La Femme Russe dans tout ce qu’elle a de grand et de bon. Le viol n’aura donc pas lieu. Mais il n’en reste pas moins une possibilité dans cet opéra.

Sous le mot d'ordre « En dialogue », le Bachfest 2026 se tiendra du 11 au 21 juin, fidèle a son format de dix jours, avec plus de 210 événements, envahissant la ville et quelques environs, évidemment les lieux historiques, tels la Thomaskirche ou officia Johann Sebastian Bach et où il repose dans le chœur, à la Niklolai Kirche où il exerça aussi, au mythique Gewandhaus, à la maison Mendelssohn (tout doit y être complet), à l'étonnante Salle Pologne et bien d'autres lieux, comme la grande place historique du Marché, la gare, l'ancien hôtel de ville.
Leipzig est une ville populaire et de grande culture, attractive, et contrastée, ville verte et de canaux, académique et alternative, et certainement plus créative que Berlin. Accueillante avec une hôtellerie de qualité (assez chère) et une gastronomie remarquable.
Jean-Luc Vannier —Crainte des foudres de la censure pour oser représenter une scène dans un couvent avec des religieuses en prière selon Pierre Milza ou bien refus de l’Opéra de San Carlo de Naples d’accéder aux conditions financières de Verdi si l’on en croit Piotr Kaminski, toujours est-il qu’Il Trovatore, finalement créé au Teatro Apollo de Rome le 19 janvier 1853, fut un immense succès.
C’est donc avec un intérêt non dissimulé que nous attendions, dimanche 22 mars salle Garnier, la reprise d’une production monégasque de 2017 qui déployait avec une rare inspiration scénique, cette atmosphère lugubre, peuplée de fantômes et de

La pianiste Tania Cardillo interprète les œuvres de Luca Moscardi
Michaël Sebaoun — Compositeur italien né en 1976, Luca Moscardi commence le piano à l’âge de sept ans, puis étudie au Conservatoire Rossini à Pesaro. Il se considère néanmoins comme un compositeur essentiellement autodidacte.
Il cumule de nombreuses œuvres de musique de chambre et pour piano ainsi qu’un concerto pour flûte et orchestre à cordes (2026) entre autres pièces orchestrales ; on peut écouter toutes ces œuvres sur sa riche chaîne YouTube, bien que certaines soient interprétées (de manière « satisfaisante ») par des instruments virtuels
J. S. Bach, Sonates en trio d’après BWV 1027,1028 & 1029, Les Curiosités esthétiques : Vincent Bernhardt (pianoforte), Jean-Pierre Pinet (traverso), Vincent Roth (violoncello da spalla), EnPhases 2026
Frédéric Léolla —Le jeune et séducteur Duc de Mantoue, habitué à faire selon son caprice — surtout avec les femmes —, a « deshonoré » le vieux Monterone en couchant avec sa fille. Lorsque celui-ci vient donc manifester sa douleur et sa colère, il est vertement raillé par Rigoletto, le bossu bouffon ducal que les courtisans haïssent sourdement à cause de ses blagues cruelles. Devant cette dernière injure, le vieux Monterone, père offensé, réagit en maudissant et le Duc et son bouffon. Or celui-ci, tout difforme et féroce qu’il est, a une fille, Gilda, jeune, innocente et très belle qu’il élève secrètement pour la soustraire justement à la méchanceté du Duc et de ses courtisans. Pourtant, le Duc l’a déjà dénichée — et même draguée — de son côté,
La plupart des compositeurs ont utilisé le même matériau musical pour différentes œuvres de leur catalogue, l’adaptant à l’idiome propre des voix ou des instruments auxquels ils le destinaient. C’est ainsi que la sonate WV 1027 pour viole de gambe et clavecin a été initialement pensée pour deux flûtes traversières et basse continue (BWV 1039). Les deux autres sonates, BWV 1028 et BWV 102 9, ont été écrites pour la viole de gambe et le clavecin. Le trio BWV 582 a quant à lui été conçu pour l’orgue.
Des originaux, le violoncelle d’épaule (da spalla) s’empare de la partie de viole de gambe, la flûte traversière joue la partie de main droite du clavier (clavecin ou orgue), tandis que la basse, confiée à la main gauche, et chiffrée par Vincent Bernhardt, donne lieu à une réalisation,
Frédéric Léolla — Masaniello (ténor) et sa sœur Fenella (danseuse) vivent à Naples, sous la domination espagnole. Or, Fenella s’est fait ravir, enfermer et abuser par Alphonse (ténor), le fils du Vice-roi de Naples. Cela crée des remords chez Alphonse (ce qui ne l’empêche pas de se marier avec Elvire), de la solidarité chez Elvire (soprano), et de la colère chez Masaniello. Il en résulte une révolte des Napolitains outrés contre les Espagnols. Mais les Espagnols finiront par mater la révolte, Masaniello sera tué, Fenella se jettera dans le Vésuve, et Alphonse et Elvire pourront continuer leur vie de couple.
Décidément, on dirait qu’Auber et Scribe essaient par tous les

Éclats et derniers feux, Jacques Duphly, Loris Barrucand (clavecin), extraits des quatre livres de clavecin, L'Encelade 2025 (ECL 2504).

Berio-Ravel, Iva Bittova, Orchestre national d'Île-de-France, sous la direction de Case Scaglione, Luciano Berio : Folksongs ; Maurice Ravel : Alborada del Gracioso, Rapsodie espagnole, Boléro, NoMadMusic 2026 [NMMM 131].

Résonare, Sandra Chamoux (piano) : Johannes Brahms, thème et variation, opus 18b ; Felix Mendelssohn, Variations sérieuses, opus 54 ; Sergueï Rachmaninov, Variations sur un thème de Corelli, opus 42 ; Johann Sebastian Bach, Chaconne, arrangement de Ferruccio Busoni. Indésens-Calliope 2025 (IC 097).
Alain Alain Lambert — À neuf sur la petite scène des foyers du théâtre de Caen, dans la tradition de Carla Bley, et aussi du Liberation Music Orchestra, un nonette explosif qui déménage, entre arrangements singuliers, impros débridées et transes percussives. Eve Risser est aux compositions, au piano (préparé dans les graves), Grégoire Tirtiaux au sax baryton, Nils Ostendorf à la trompette, Matthias Muller au trombone, Alexandra Grimal au sax ténor, Ophélia Hié au balafon, Mélissa Hié au balafon et au djembé, Fanny Lafargues à la basse et Emmanuel Scarpa à la batterie.
Alfred Caron — Avant-dernier opéra de Lully, Roland (1685) est une œuvre atypique. Inspirée du célèbre Roland Furieux de l’Arioste, elle semble rompre avec les codes de la tragédie en musique pour admettre une certaine ironie et un mélange des genres que le compositeur avait délaissés depuis Alceste. Après un incontournable prologue, plutôt expéditif, destiné à louer le monarque, le livret de Quinault développe sur les trois premiers actes les tourments d’Angélique, Reine de Cathay, prise entre son amour pour Médor, un soldat africain, son inférieur, et le « soin de sa gloire » - entendez la cour que lui fait Roland, le neveu de Charlemagne — et la nécessité de s’apparier avec un
Jean-Marc Warszawski —
Jacques Duphly, qui a publié quatre livres d’œuvres pour clavecin (1744, 1748, 1756, 1768), est mort au moment où l’ancien régime agonisait, le 15 juillet 1789. Mis à part cinquante-deux pièces de musique et la renommée incontestable d’avoir été un excellent professeur de clavecin, on sait peu de choses de sa biographie. Après avoir été organiste aux cathédrales de Rouen et d’Évreux, il se fixe à Paris en 1742, il est alors âgé de vingt-sept ans. Il y vit dans entre les murs des salons aristocratiques et des revenus de son enseignement, il aurait été écuyer de la marquise de Juigné, dans l’hôtel de laquelle il louait un petit appartement.
Jean-Marc Warszawski — Iva Bittovà chantant les Folksongs de Luciano Berio est un projet assez inconcevable, mais si évident une fois réalisé. On dira que Katy Barberian, pour laquelle ils furent composés, chantait les faux vrais chants folkloriques de son mari et qu’Iva Bittovà chante les vrais faux chants folkloriques du mari de Katy Barberian.
La suite du programme consacré à Maurice Ravel l’Ibérique (Alborada del Gracioso, Rapsodie espagnole, Boléro) est une très belle réalisation, mais fait un peu retomber l’émerveillement étonné et