Jean-Marc Warszawski, église écossaise de Paris, 26 février 2026.
Le duo des pianistes Dimitri Malignan et Michelle Lynne brasse les répertoires
Michelle Lynne et Dimitri Malignan, église écossaise de Paris, 21 février 2026. Photographie © musicologie.org.
Michelle Lynne a étudié en terre natale à Montréal avant de s’installer aux Pays-Bas en terre d’accueil. Parisien, Dimitri Malignan a étudié à l’École normale supérieure de Paris, et à pas mal bourlingué en passant par le Conservatoire d’Amsterdam, où il a formé un ensemble chambriste, et par l’Académie Santa Cecilia à Rome. Un de ses maîtres fut Jean-Paul Sévilla qui a enseigné de longues années à Montréal. Le monde est petit. Michelle Lynne est très attachée à sa région, le Limburg, une province à deux capitales : Maastricht pour les Néerlandais, Hasselt pour les Belges. En plus de ses activités de concertiste, elle y anime la vie musicale et a créé la fondation Opus 16 qui organise des concerts. Dimitri Malignan est quant à lui attiré par les œuvres des musiciens juifs exterminés sous le nazisme. Il a créé une association, Missing Voices (le français c’est vieux jeux), qui organise aussi des concerts.
Il se sont pliés en deux et mis en quatre mains, pour une première collaboration et un programme original conjuguant habilement le connu et la nécessaire découverte.
De Johann Sebastian Bach, La sonatine de la cantate Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit / Le temps choisi par Dieu est le meilleur qui soit (Actus tragicus) BWV 106, dans une très belle transcription de György Kurtág dont on a fêté le centième anniversaire le 19 février dernier, et une autre sonate, celle-ci profane, dans une transcription tout aussi bienvenue de Mary Howe, Was mir begat, ist nur die muntre Jagd : Schafe können sicher weiden / Seule la chasse joyeuse m’intéresse : les moutons peuvent paître en sécurité (BWV 208).
Trois des onze Préludes de chorals de Johannes Brahms, dans un arrangement d’Eusebius Mandyczewski, qui en fut le créateur en 1907, à l’orgue du Tonkünstlervereins de Vienne. Brahms a très peu composé pour l’orgue et peu de musique liturgique, mis à part son immense Deutsches Requiem, qui est plus un poème personnel sur la mort qu’une véritable suite destinée à un office funèbre. Il y revient après la mort de Clara Schumann, la passion de sa vie et l’approche de sa propre fin : O Gott, du frommer Gott / Ô Dieu, Dieu pieux (no 7) et Herzlich tut mich verlangen / Je le désire de tout mon cœur (no 9) sont dans supplique funèbre, alors qu’entre les deux, le no 8, Es ist ein Ros’ entsprungen / Une rose a surgi, évoque noël dans un esprit pastoral qui tranche avec la passion funeste des deux autres préludes qui l’encadrent. Et l’on perçoit, peut-être moins que dans d’autres préludes, l’influence musicale de Johann Sebastian Bach.
On revient à la lumière, un peu mystérieuse quand même, avec la 6e étude de Philip Glass, plus passacaille tu meurs, et son Duet extrait de la bande-son du film Stoker (Park Chan-wook, 2012), un répertoire certainement cueilli sur les chemins transversaux que Michelle Lynne affectionne, pour déboucher sur la délicieuse et élégante Petite suite de Claude Debussy, plus connue dans l’orchestration d’Henri Busser que dans sa version piano quatre mains originale.
On gagne encore en légèreté musicale, l’humour en prime, avec deux valses, une noble et une sentimentale, toutes deux « à la Ravel », un Blues et une Tapdance. Des œuvres de jeunesse de Dick Kattenburg, compositeur né à Amsterdam en 1919 et assassiné à Auschwitz en 1944 par les nazis. Une « Missing Voice ».
Michelle Lynne et Dimitri Malignan, église écossaise de Paris, 21 février 2026. Photographie © musicologie.org.
Enfin, la création d’une pièce du compositeur Adam V. Clarke, né en 1992 au Canada et installé en Belgique après avoir étudié en Allemagne. D’inspirations populaires, ses œuvres instrumentales ont des harmonies et des sonorités somptueuses, fort bien adaptées ou qui s’adaptent fort bien au théâtre et au ballet. Une musique poétiquement descriptive. Celle qu’il a composée, Tides, pour le duo Lynne/Malignan décrit en quatre mouvements les marées (Tides) à Inverness, en Nouvelle-Écosse, région d’origine du compositeur, « Le grand océan », « À la dérive », « Août à Inverness », « vagues se brisant contre la côte rocheuse ». Il y a là de belles choses sonores, parfois surprenantes, bien sûr de grands traits ascendants, mais nous avons trouvé l’ensemble un peu statique et les vagues peu déferlantes, surtout quand on a dans l'oreille celles, aussi à quatre mains, de Debussy.
Au bout du bout, c’était un programme très bien conçu, rappelant de très loin, mais c’est déjà pas mal, les concerts salades que pouvait imaginer Jean Wiéner. Le brassage est une bonne chose, même quand il est comme ici prudent. Quant à l’interprétation, elle fut celle de deux excellents pianistes bien accordés entre eux, enfin entre elle et lui.
La saison se poursuivra en cette église écossaise de l’ancienne Écosse, à Paris, le 18 avril avec Michelle Lynne et le violoncelliste Andrew Briggs ; le 13 juin avec Dimitri Malignan et le flûtiste Thomaz Tavares.
26 février 2026.



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ISSN 2269-9910

Vendredi 27 Février, 2026 15:56