Caen le 3 mars 2026 —— Alain Lambert.
L’Avare de Francesco Gasparini par le Poème harmonique : un bijou baroque réinventé
L’Avare de Francesco Gasparini. Photographie © Philippe Delval
Composé treize ans avant la Servante maîtresse de Pergolèse qui alluma en France la Querelle des Bouffons, L’Avare de Francisco Gasparini, créé en 1720, est un de ces intermèdes interludant entre les longs opéras sérieux pour permettre aux spectateurs de souffler. Antonio Salvi, le librettiste, a adapté et raccourci l’intrigue de la pièce de Molière, en féminisant l’intrigue par le biais du personnage principal, Fiammetta, en conflit avec son pingre de voisin, Pancrazio.
La musique est superbe, jouant à la fois sur le mode savant, mais aussi sur le mode populaire pour les chansons de la mendiante, Scarabea, qui apportent une touche plus grave au reste de la pièce. Serge Goubiaud, à la voix magnifique, s’accompagne d’ailleurs d’une vielle à roue en préambule à la farce [voir en complément notre chronique sur la baroque populaire français, et normand].
Eva Zaïck et Victor Sicard sont excellents dans leurs rôles, comme chanteurs et comédiens, et leurs duos semblent annoncer ceux de Papageno et Papagena de la Flûte enchantée de Mozart.
Le quatrième larron, Stefano Amori, joue le valet muet censé avoir été licencié par son maître, mais toujours présent ici ou là dans des pantomimes qui contrastent habilement avec les rôles chantés.
Vincent Dumestre, le découvreur, est à la guitare baroque. Il emmène son petit ensemble du Poème harmonique avec fougue, sur la droite de la scène, et bien visible, ce qui est toujours appréciable. Théophile Gasselin est à la mise en scène, inventive, Louise Caron à la scénographie, toute en tentures et rideaux, Alain Blanchot aux costumes, réalisés par les ateliers du théâtre de Caen, coproducteur et scène des dernières répétitions et de la création.
On se pose parfois la question de savoir s’il faut forcément recréer certaines œuvres oubliées du passé. Mais là, pas de problème, ce bijou baroque mérite sa résurrection, infiniment réussie par les différents créateurs et participants du spectacle, tant au niveau des couleurs musicales que celles du décor ou des costumes, des acteurs comme des musiciens.
En tournée du 18 au 21 mars à Rennes, du 9 au 18 avril à l’Athénée Louis Jouvet (Paris), le 29 avril à Reims, le 6 mai à La Rochelle, le 13 mai à Maison de la culture d’Amiens et du 5 au 7 juin à Versailles.
Alain Lambert
3 mars 2026
© musicologie.org.



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ISSN 2269-9910.

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