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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte.

Les quatre derniers quatuors de jeunesse de Franz Schubert

Franz Schubert

Des années 1814 à 1816, on a les quatuors nos 7 à 9 (D 94, D 112, D 173) ainsi que le no 11 (D 353). À l’exception du no 7, ils marquent bien quelques avancées nouvelles (notamment les nos 8 et 9) mais les influences mozartiennes y sont souvent si manifestes que notre jeune homme, encore élève de Salieri, donne l’impression d’hésiter à voler de ses propres ailes. Peut-être est-ce pour cela que quelques années plus tard, il recommandait à son frère Ferdinand de ne pas s’attacher à ses propres quatuors (de jeunesse), « car il n’y a rien là-dedans ».

Bien qu’excessive, cette appréciation est éventuellement recevable dans le cas du no 7 (D 94 en majeur), une partition sage, bien peu personnelle, dont on se demande s’il ne s’agissait pas d’un simple exercice réalisé à l’intention du maître Salieri. En un sens, elle pourrait aussi se défendre s’agissant du no 11 (D 353, opus 125, no 2 en mi majeur), remarquable à bien des égards, mais où on sent à nouveau Schubert à la peine dans sa recherche d’un langage personnel : « Rarement œuvre de Schubert aura été aussi pleine de contradictions que celle-ci. Schubert, c’est visible, a dans cette œuvre visé à l’élargissement de sa forme, à l’épanouissement dans la couleur, à la vigueur dans la démarche, à l’intensité dans la dynamique, à une certaine virtuosité dans la technique… Tout cela est vrai et marque un progrès très net par rapport aux quatuors de l’enfance […]. Et cependant, tout au long de cette œuvre, Schubert apparaît prisonnier. Prisonnier de Mozart auquel il emprunte certains thèmes et dont il suit les constructions […]. La portée du quatuor s’en trouve quelque peu réduite. »74

S’agissant des deux autres œuvres, on pourra en revanche trouver que le musicien a poussé bien loin l’autocritique. Conçu dans une sorte d’excitation joyeuse au moment où il venait d’achever sa formation à l’Ecole normale d’instituteurs et où on s’apprêtait à donner sa messe en fa, le quatuor no 8, D 112 opus 168 en si bémol majeur, porte vraiment la marque d’une œuvre toute schubertienne et trouve une unité qui manquait cruellement au no 7 en majeur. L’allegro ma non troppo initial se signale par « une atmosphère très particulière de profondeur intérieure, dépourvue toutefois du moindre tragique. Crescendos, trémolos, utilisation des silences ou du piétinement sourd sur une note répétée, prennent ici tout leur sens dans une écriture en passe de devenir très personnelle. On a souligné les influences mozartiennes évidentes dans l’andante sostenuto […], ce qui n’empêche absolument pas un accent ici original tour à tour profondément méditatif ou nostalgiquement tendu, dans un sentiment déjà romantique. »75

Franz Schubert, quator à cordes no 8, D 112,  opus 168, en si bémol majeur, I. Allegro ma non troppo, II. Andante sostenuto, III. Menuetto, IV. Presto, composé en septembre 1874, publié à Vienne en 1873.

De même, dans le no 9 (D 173 en sol mineur), si des références apparaissent avec évidence (la tonalité de sol mineur, si évocatrice de Mozart ; le premier thème de l’allegro con brio initial, très apparenté à celui du finale de l’opus 18 no 2 de Beethoven ; et le menuet, clairement démarqué de celui de la symphonie en sol mineur K 550 de Mozart), tout cela semble désormais assimilé avec aisance : composé juste après la deuxième symphonie, et en six jours seulement, ce quatuor no 9 « baigne tout entier dans la même vigueur qui fait son unité, et si Schubert reste encore tributaire de ses acquisitions musicales, il semble bien être ici, comme pour la symphonie contemporaine, sur la voie qui mène à une écriture personnelle pour cette formation instrumentale. Le rapport des différentes voix entre elles et l’utilisation de la masse du quatuor y apparaissent plus aisés et plus convaincants que dans les quatuors antérieurs. »76

Franz Schubert, quator à cordes no 9, D 173 en sol mineur, I. Allegro con brio, II. Andantino, III. Menuetto, IV. Allegro, composé en mars 1815, publié en 1871, par le Melos Quartet.

signature de Michel RusquetMichel Rusquet
12 avril 2020
© musicologie.org.

Notes

74.  Massin Brigitte, Franz Schubert, Fayard, Paris 1977, p. 746-747.

75.  Ibid., p. 563.

76.  Ibid., p .652.

77.  Ibid., p. 917.


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