bandeau texte 840 bandeau musicologie 840

Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte.

Le quintette avec piano D 667,« La Truite » de Franz Schubert

Quintette avec piano D 667, opus 114, « La Truite » 

Franz Schubert

Pour Schubert, cette œuvre n’était qu’une « musique pour amateurs en vacances ». Il l’écrivit au cours de l’automne 1819, au retour d’un séjour heureux en Haute-Autriche où son ami Vogl l’avait emmené et où il avait, parmi d’autres rencontres sympathiques, fait la connaissance d’un certain Paumgartner, excellent violoncelliste amateur et mécène à ses heures. Celui-ci avait été emballé par le Lied « Die Forelle » (La Truite), et passa commande à Schubert d’une œuvre de chambre évoquant l’esprit de ce Lied. Et il semble bien que celui-ci y répondit avec beaucoup de tact, puisqu’il prit soin de ne pas reléguer le rôle du violoncelle à celui d’ordonnateur de la basse. Ainsi s’expliquerait la distribution retenue, assez originale, où Schubert confie le rôle obscur de la basse à la contrebasse de façon à réserver au violoncelle toute sa part dans le discours mélodique.

L’œuvre, articulée en cinq mouvements, « est en la majeur, tonalité claire du bonheur et de la bonne humeur, comme l’est alors la sonate pour piano écrite aussi pour Steyr cet été-là »110.

On y retrouve l’insouciance légère de ladite sonate, avec en prime la délectation des jeux d’échanges et d’échos entre les instruments. Ce n’est certes pas du très grand Schubert, mais on se laisse transporter par une oeuvre où on le sent s’abandonner encore, par le souvenir, à la griserie des beautés naturelles de la Haute-Autriche et au plaisir de faire de la musique en bonne compagnie. D’un bout à l’autre, cette partition ne vise, avec un succès constamment confirmé, qu’à charmer et séduire ses auditeurs, et du reste chacun de ses cinq mouvements s’inscrit dans une tonalité majeure. Mais Schubert, même ici, ne serait pas tout à fait lui-même sans quelques signes de tension ou d’inquiétude. On en trouvera trace dans le deuxième mouvement (andante) qui, s’il commence en fa majeur, s’en écarte tout au long du morceau pour n’y revenir qu’à sa conclusion, créant un climat général plus douloureux que charmeur ; de même, au sein du célèbre quatrième mouvement (l’andantino avec ses cinq variations sur le Lied, qui mirent sans aucun doute le  commanditaire au comble du bonheur), on relèvera une certaine violence dramatique dans la quatrième variation qui plonge en mineur. Bien sûr, ces quelques ombres seront définitivement balayées dans un finale qui va réaffirmer l’optimisme et le bonheur de vivre, en y ajoutant « le plaisir du coloriste variant à l’infini sa palette »111.

Franz Schubert, Quintette avec piano D 667, opus 114, « La Truite », par le Le Beaux-Arts Trio : Menahem Pressler (piano), Isidore Cohen (violon), Bernard Greenhouse (violoncelle), avec Samuel Rhodes (alto) et Georg Hortnagel (contrebasse), 1976.

signature de Michel RusquetMichel Rusquet
8 mai 2020
© musicologie.org.

Notes

110.Massin Brigitte, Franz Schubert, Fayard, Paris 1977, p. 874.

111. Ibid., p. 877.


publicité section biographiespulicité section actualités publicité section textespublicité section encyclopédie

logo marronÀ propos - contact |  S'abonner au bulletinBiographies de musiciens Encyclopédie musicaleArticles et études | La petite bibliothèque | Analyses musicales | Nouveaux livres | Nouveaux disques | Agenda | Petites annonces | Téléchargements | Presse internationale | Colloques & conférences |  Collaborations éditoriales.


Musicologie.org, 56 rue de la Fédération, 93100 Montreuil, icone téléphone 06 06 61 73 41.

ISSN 2269-9910.

imagette de bas de page

Samedi 30 Mai, 2026 16:57