La Gazette musicale

musicologie.org —— 27e année,

Vivaldi et moi

Vivaldi et moi : un somptueux film musical et historique !

Alain Lambert — Dans Les Confessions [Livre VII], Jean Jacques Rousseau évoque les quelques mois passés à Venise entre 1743 et 1744 alors qu’il y était secrétaire d’ambassade. Voici les quelques lignes où il décrit sa découverte de la musique italienne, et surtout des musiciennes des Scuole [Entretien sur la musique avec Monsieur Rousseau à l’occasion du tricentenaire de sa naissance].

J’avais apporté de Paris le préjugé qu’on a dans ce pays là contre la musique italienne : mais j’avais aussi reçu de la nature cette sensibilité de tact contre laquelle les préjugés ne tiennent pas. J’eus bientôt pour cette musique la passion qu’elle inspire à ceux qui sont faits pour en juger […] et bientôt je m’engouai tellement de l’opéra, qu’ennuyé de babiller, manger et jouer dans les loges quand je n’aurais voulu qu’écouter, je me dérobais souvent à la compagnie pour aller

Le Conservatoire royal de musique de Toronto annonce le lancement d’une enquête indépendante sur des allégations d’agressions sexuelles remontant aux années 1970 et 1980

Le Surrey Opera a annulé ses prochaines représentations de « Lakmé » sous la pression de l’Universal Society of Hinduism

Les chroniques

Alfred Caron
Alain Lambert
Frédéric Léolla
Frédéric Norac
Michel Rusquet
Michaël Sebaoun
Jean-Luc Vannier
Jean-Marc Warszawski

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La Calisto

La Calisto : un cruel marivaudage chez les Olympiens

Alfred Caron — De tous les opéras de Francesco Cavalli redécouverts depuis les années 1970, La Calisto reste le plus aimé et le plus souvent monté. Encore que Paris ne l’ait pas vue (ni entendue ?) depuis la production de Macha Makeieff et Christophe Rousset déjà au Théâtre des Champs-Élysées en 2010. Ce succès est sans aucun doute dû autant qu’à la richesse et à la beauté de la partition, à un livret étonnant qui mêle subtilement mythologie et satire sociale, grivoiserie et lyrisme et dont la construction dramatique et le propos sont restés d’une incroyable modernité. Là où la production précédente jouait à fond la carte de l’ironie, dans celle que présente le TCE, venue d’Aix-en-Provence où elle a rencontré un grand succès l’été dernier, Jetske Mijnssen a choisi une approche nettement plus « grave » qui met en avant la cruauté de cette histoire où les humains paient de nombreuses souffrances, voire de leur vie, l’amour que leur portent les Dieux.

Sexe et opéra (xxiv. 4) : La Bruja

Frédéric Léolla — Le ténor est tombé amoureux d’une superbe fille qu’il a vue nue, mais dont il ne connaît rien par ailleurs, ce qui le fait douter de sa vraie existence. Nous découvrirons que c’est la sorcière du village (d’où le nom de la zarzuela), en fait une belle fille noble obligée à se déguiser en vieille magicienne pour se défendre. Malgré des déboires avec l’Inquisition, tout finira bien pour les deux amoureux.

Superbe zarzuela de Ruperto Chapí, à la fois intéressé par le nationalisme le plus authentique (légende du premier acte, jota « No extrañéis lo que se escape »…) et par les influences wagnériennes, présentes dans le magnifique duo du deuxième acte, ce qui est plutôt rare pour l’Espagne de l’époque.

Sabine Devieilhe

Une Lucie de Lammer-moor française au goût russe

Alfred Caron — Lucie de Lammermoor et non Lucia. Car c’est bien l’adaptation française en trois actes de son chef-d’œuvre napolitain, réalisée par Gaetano Donizetti en 1839 pour le Théâtre de la Renaissance, que propose l’Opéra-Comique. Soyons clairs, il ne s’agit pas que d’un changement de langue. En passant de l’italien au français, l’opéra y a « gagné » de longs récitatifs si explicites qu’ils en deviennent parfois un rien triviaux. Il y a perdu en revanche un rôle, Alisa, la confidente de Lucia et, d’une certaine façon, celui de Raimondo Bidebent, le chapelain de la famille Ashton, privé de ses deux airs et qui se trouve désormais réduit à son intervention dans le chœur de déploration qui suit le meurtre d’Arthur par Lucie et dans le célèbre sextuor.

Pirates of Penzance or The Slave of Duty

Sexe et opéra (xxiv. 3) : Pirates of Penzance or The Slave of Duty

Frédéric Léolla — Un ex-pirate honnête qui veut refaire sa vie tombe amoureux de la fille d’un général. Mais les autres pirates ne veulent pas laisser partir leur ex-camarade. Bien sûr, tout finira bien pour tout le monde.
Ce bijou de l’opérette, au livret toujours amusant aujourd’hui — un fleuron de l’absurde — et à la musique gracieuse et enjouée, compte une scène de « presque, mais finalement pas ».
Alors que la fille du général et ses amies sont en train de se déshabiller pour prendre un bain, l’ex-pirate, qui assiste par hasard au déshabillage, se présente devant les demoiselles en les priant d’arrêter pour éviter d’être un témoin indiscret.

(RTBF) « Il est temps d’instaurer un boycott culturel sans équivoque », Groen réagit à la programmation du chef d’orchestre israélien Lahav Shani à Bozar

suite à ses relations avec Jeffrey Epstein, le chef d'orchestre Leon Botstein démissionne de son poste de président du Bard College à New Yok

Marc Minkowski nommé directeur musical du Boston Baroque

Conservatoire de musique et danse de Caen : la mise à pied d'un professeur a été confirmée au tribunal

(Rennes Métropole) Enquête : quel avenir pour l'enseignement musical du territoire ?

Opéra de Leipzig : Peter Heilker confirmé au poste de nouveau directeur artistique

(Sénat) Absence prolongée de cours d'éducation musicale au collège Henri-Becquerel de Sainte-Geneviève-des-Bois

Clémence de Grandval

Grandval : une compositrice qui revient avec tous les honneurs

Frédéric Léolla— Connue et reconnue de son vivant, Clémence de Grandval est aujourd’hui une compositrice dont seuls les plus férus aficionados ont entendu les œuvres. Et pourtant.
Pourtant, à l’écoute de ce Stabat Mater que proposait la Maison de la Radio et de la Musique en coproduction avec l’infatigable Palazzetto Bru-Zane, une question nous taraude : comment a-t-on pu reléguer ainsi cette formidable compositrice au rang des notes en bas de page ?
Dans son Stabat Mater Grandval montre non seulement une maîtrise de la tradition musicale, qu’elle utilise pour donner à son œuvre un parfum de musique sacrée, mais aussi sa connaissance des courants en

Wagner et Mahler sous la direction de Carlos Païta

Wagner et Mahler sous la direction de Carlos Païta

À l’écoute du présent témoignage capté sur le vif, on pourrait rêver à comparer la direction de Carlos Païta avec celle de Mahler. Nous ne disposons pas de témoignages sonores du Viennois, bien que les comptes-rendus de ses concerts soient nombreux sans oublier les témoignages des plus grands musiciens de l’époque, mais l’énergie de l’interprétation et la densité expressive de la direction du chef argentin dans les deux pages du Crépuscule des Dieux qui ouvrent cet album évoquent une dimension narrative de l’interprétation, que Bruno Walter et Otto Klemperer soulignèrent chez le compositeur.
 La Sonnambula

Sexe et opéra (xxiv. 2) La Sonnambula

Frédéric Léolla — Il est des opéras dont les livrets aujourd’hui peuvent nous sembler le comble de l’innocence, voire de la niaiserie et de la « nunuchitude ». Pourtant, certains d’entre eux, de leur temps, éveillaient pas mal de fantasmes chez les auditeurs/trices.
C’est peut-être le cas de La sonnambula.
Proche par endroits du genre pastoral, avec ses ambiances villageoises aux allures de paradis perdu et ses mélodies éthérées, il y a néanmoins dans cet opéra deux scènes considérées comme « très érotiques » pour son époque.
La scène finale, où la soprano protagoniste chante son air en simple chemise de nuit (!), transformant ainsi le village et le théâtre en peep-show (la zarzuela El barbero de Sevilla [Jiménez y Nieto/Perrín y Palacios], œuvre qui n’a rien à voir avec l’homonyme italien de Rossini, fait

Luca Moscardi, Piano Works (vol. 3), « Sonatina » no 1, « Bagatelles » opus 40, « Jewish Fantasy » opus 42, « Variations » opus 45. Da Vinci classics 2025 (CO 1130).

Nous debout : un trio musical et théâtral au top !

Alain Lambert — Un étonnant trio en fait qui avait peaufiné son projet toute la semaine à Logre à Caen, et le présentait au public ce dimanche après-midi. Nesta Mondelice et Khalifa Belouzaa se connaissent depuis longtemps, depuis le reggae de Positive Radical Sound à la fin du siècle dernier. Puis Nesta a pris le chemin du jazz et joué dans Hand Five ou Tetragone que nous avons relayés ici. Ils ne se sont pas perdus de vue, rejouant plus acoustique à l’occasion, et comme celle-ci fait le larron, ils viennent de s’adjoindre un jeune pianiste chanteur-compositeur de 80 ans installé dans la région, Ray Lema.
Et de créer un spectacle Nous debout dans lequel ils réfléchissent à leur identité, à leurs cultures multiples, avec des chants traditionnels africains ou créoles, et des textes d’auteurs martiniquais, algériens ou congolais, sur la dialectique et le double jeu dominant dominé. Mais aussi à travers leur propre cheminement. Quand le normano-guadeloupéen découvre grâce à un prof de la fac de socio de Caen le concept de créolité que son oncle va lui expliquer par l’exemple. Quand le jeune papa franco-algérien ne peut que répondre « je ne sais pas » à une question existentielle de sa petite fille un jour de manège,

Huw Montague Rendall : l’élégance britannique au service de la mélodie française et du post-romantisme allemand

Alfred Caron —Le baryton Huw Montague Rendall que le public a pu découvrir en Pelleas l’année dernière à l’Opéra Bastille donnait son premier récital parisien aux Lundis musicaux de l’Athénée. En bon britannique, il fait montre d’un penchant marqué pour le répertoire français et ouvrait ce concert avec deux cycles francophones, Les Histoires naturelles de Francis Poulenc et La bonne chanson de Gabriel Fauré. Dans le premier, sa sobriété expressive et son français châtié font merveille, lui permettant de donner à ces haïkus de Guillaume Apollinaire et à leur tonalité moderniste quelque peu surréaliste cette fausse gravité pleine de componction qui leur convient. Dans La bonne chanson, la maîtrise n’est pas moindre et il y fait entendre de subtils mezza voce et un usage de la voix mixte raffiné. Mais le registre mystico-sentimental de la poésie de Paul Verlaine, appellerait peut-être un peu plus de simplicité, en tout cas un certain « naturel » qui lui fait défaut. Le chanteur éviterait ainsi cette impression d’une interprétation un peu trop affectée pour être tout à fait sincère. Car si la vocalité est d’un total raffinement,

Siegfried

Siegfried : le livre d’images sonores de Yannick Nézet Seguin

Alfred Caron — Avec ce Siegfried, troisième volet de sa Tétralogie commencée en 2022, Yannick Nézet-Séguin renouvelait le petit miracle que nous avait semblé alors son Or du Rhin. Sa direction diligente et inspirée transforme l’orchestre sur le plateau en un somptueux décor sonore qu’une esquisse de « jeu scénique » des chanteurs, familiers de leurs rôles, contribue à animer, l’ensemble réussissant une fois de plus le tour de force de faire exister l’œuvre dans cette version de concert de façon aussi vivante, sinon plus, qu’une mise en scène sophistiquée. Le Philharmonique de Rotterdam n’est peut-être pas le meilleur orchestre du monde, comme on l’entend beaucoup dire autour de nous avec une nuance de regret, mais sa complicité avec le chef est patente et lui permet de le faire briller dans toutes ses parties et singulièrement du côté des vents, avec des cuivres et des bois particulièrement affutés. Le chef canadien toujours aussi engagé et attentif en fait le moteur et le narrateur

Les cédés

J. S. Bach, Sonates en trio d’après BWV 1027,1028 & 1029,

J. S. Bach, Sonates en trio d’après BWV 1027,1028 & 1029, Les Curiosités esthétiques : Vincent Bernhardt (pianoforte), Jean-Pierre Pinet (traverso), Vincent Roth (violoncello da spalla), EnPhases 2026 (ENP 022).

Éclats et derniers feux, Jacques Duphly, Loris Barrucand (clavecin),

Éclats et derniers feux, Jacques Duphly, Loris Barrucand (clavecin), extraits des quatre livres de clavecin, L'Encelade 2025 (ECL 2504).

Wagner - Mahler, Carlos Païta, Richard Wagner, Le Crépuscule des dieux, extraits musicaux ; Gustav Mahler, Symphonie no 1 « Titan », Royal Symphonie Orchestra, sous la direction de Carlos Païta. Le Palais des dégustateurs 2026 (PDD 056).

Pregolesi : Stabat Mater

La Musica Antica Mediterranea stabate Pergolesi

Michaël Sebaoun — Le Stabat Mater est la dernière œuvre composée par Giovanni Battista Pergolèse (1710-1736). Il est écrit pour deux voix féminines (ou castrats) solistes et cordes. Ses versets, attribués à Jacopone da Todi, datent du début du xiiie siècle et expriment les douleurs de la Vierge au pied de la croix près de son fils.
« La première partie du texte décrit la souffrance éprouvée par Marie tandis que la seconde est une prière qui lui est adressée afin de partager ses tourments », note la musicologue Aurélie Loyer, tandis qu’Adélaïde de Place écrit dans la notice : « L’austérité et la ferveur mystique sombre et bouleversante des implorations de la Vierge Marie voisinent

es Miniatures des Ballets de Monte-Carlo

Intenses et énigmatiques, les Miniatures des Ballets de Monte-Carlo font voir la musique et entendre le mouvement

Jean-Luc Vannier — « Mettre en mouvement ce qu’ils entendent ». Nonobstant le caractère direct, en apparence spontané, de la formule, l’invitation lancée aux chorégraphes est trompeuse. Et pour cause : même si l’oreille n’a pas de paupières, le son extérieur, filtré par le prisme déformant de la voix maternelle distinguée ab initio par le fœtus — en stéréo s’il vous plaît — dès le cinquième mois de la grossesse, n’en finit jamais de nous égarer. Autre fourvoiement, la restitution visuelle — le donner à voir de cette écoute — se leste d’une adresse inconsciente à l’autre, un message à même de fmultiplier toutes sortes de frayages psychiques. Ultima ratio de cette trahison : la prétention de cerner par les mots cette expédition vers l’univers intense et énigmatique des six

Meredith Monk

Meredith Monk, une voix mystique

Michaël Sebaoun — Un premier livre d’entretiens de la compositrice Meredith Monk, réalisés par Jean-Louis Talon, paraissait en 2015 aux éditions Nouvelles Cécile Defaut. Meredith Monk, une voix mystique, reprend ces entretiens, remaniés, auxquels s’ajoutent quatre nouveaux, effectués à distance en 2020.
Meredith Monk, née à New York en 1942, est immergée dès l’enfance dans la musique. Sa mère est une chanteuse pop, son grand-père basse-baryton. Elle commence la musique à l’âge de trois ans, par la méthode Dalcroze, censée lier musique et mouvements du corps. Atteinte de strabisme, cette méthode l’aide à coordonner ses mouvements. Elle chante, suit des cours de piano, de théorie musicale, étudie à l’université Sarah Lawrence la composition et la danse, et découvre que la voix sera centrale dans sa démarche artistique : « Elle me paraissait être en mesure de libérer mon expression, de tout

Irina Chukovskaya mazurke Chopin

Jean-Marc Warszawski —Son échec au Concours Chopin de Varsovie de 1980, alors qu’elle s’appelait encore Irina Irina Petrova, fit moins scandale que l’échec, au même concours, d’Ivo Pogorelich, donné gagnant par les commentateurs occidentaux et par lui-même, comble de la modestie.
Irina Chukovska est née à Tachkent, en Ouzbékistan, elle est entrée à

N o u v e a u t é s
mars-avril 2026

Petites  annonces

Knight Jean Pierre, Allo Vinyles. Genève, Slaktine 2025

Knight Jean Pierre, Allo Vinyles. Genève, Slaktine 2025 [212 p.].

 

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Les livres

Manuel Cornejo (éditeur), Correspondance, écrits et entretiens de Maurice Ravel. « Tel », Gallimard, Paris 2025 [2v., 1488 + 1452 p. ; 32 €].

Delphine Vincent, Pauline Milani (direction), Les silences de la musique : écrire l’histoire des compositrices, « Érudition», Slatkine, Genève 2024.

Cahiers Maria Szymanowska (8) : Parler d'art. Société Maria Szymanowska - Numilog, Paris 2026 [240 p. ; ISBN : 978-2-487646-04-9 ; 20,00 € / 13.99 €].

 

 

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