La Gazette musicale

musicologie.org —— 27e année,

Elīna Garanča

Elīna Garanča clôt en beauté la saison lyrique monégasque

Jean-Luc Vannier — « Sold out ! » affichait un panneau à l’entrée de l’auditorium Rainier III. Et pour cause : en clôture de sa saison lyrique, par ailleurs dédiée « à la femme », l’opéra de Monte-Carlo proposait mardi 31 mars un « Concert lyrique » d’Elīna Garanča accompagnée par l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo et les Chœurs de l’opéra placés sous la direction d’Henrik Nánási. Concert lyrique d’autant plus exceptionnel que le programme permettait à la diva — mais qui ne se prend pas pour telle — de déployer, outre d’indéniables talents de tragédienne qui ne nous étonnent plus depuis son interprétation de Kundry à la Wiener Staatsoper en 2021
Youn Sun Nah sera le 7 avril 2026 à l'Auditorium de Lyon

(ICI) Symbole de l’anti-franquisme, la «chanson catalane» aura bientôt un lieu dédié à Barcelone

Diskografentag: International Conference on Recorded Music, 9-10 October 2026, Istanbul

Carl Nielsen and Beyond. Music, Musical Cultures and Future Nielsen Studies, 22-24 October 2026

Les chroniques

Alfred Caron
Alain Lambert
Frédéric Léolla
Frédéric Norac
Michel Rusquet
Michaël Sebaoun
Jean-Luc Vannier
Jean-Marc Warszawski

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Marina Rabeka

Intense Requiem de Verdi à la Philarmonie de Paris

Frédéric Léolla — Les Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Zurich, sous la baguette de Gianandrea Noseda, donnaient une des œuvres les plus appréciées du répertoire religieux du xixe siècle, le Requiem de Verdi. Ils étaient accompagnés d’un quatuor vocal de premier ordre (Marina Rebeka, Joseph Calleja, Agnieszka Rehlis et David Leigh). Salle comble à la Philarmonie de Paris.
Le chef italien propose une interprétation passionnée. Il bondit sur son podium, donne les entrées, marque le tempo, encourage les chanteurs, vibre avec ses chœurs et son orchestre. Chœurs et orchestre le lui rendent bien. Le chœur sonne puissamment, en particulier les voix d’hommes graves.Très expressif, passant des murmures aux éclats, le chœur brille. Pas moins que l’orchestre qui, lui aussi, parcourt toute la gamme expressive, des pianissimi aux foudres des tutti

La Tempête ou la Voix du vent

La Tempête ou la Voix du vent

Alain Lambert — Tout commence avec une grande voilure multiple qui faseye sur la scène pendant que les spectateurs s’installent. Elle va rester le temps d’une tempête avant de tomber et disparaître. La pièce continue avec une évocation de Prospero à sa fille Miranda sur ce qui s’est passé jadis, sa destitution du trône de Milan et son abandon sur une île déserte, pleine d’esprits qu’il a délivrés et pris à son service. De quoi jouer sur le côté magique, les effets de lumière et de pyrotechnie qu’affectionne Omar Porras, les apparitions de la harpie ou des marionnettes fantômes. Sinon, l’ensemble oscille entre commedia dell’arte, avec ses bouffons masqués, et comédie musicale (un peu) quand Miranda chante. Sans oublier, pour la musique, l’entrée caracolant dans la salle des comédiens-musiciens, avec clarinette, flûte, cornemuse, accordéon et tambours, pour une gigue à

Orphée fait une teuf à Paris

Frédéric Léolla  — Les élèves du Département supérieur pour Jeunes Chanteurs/JCP du Conservatoire à rayonnement régional de Paris - Ida Rubinstein, sous l’égide d’Agnès Rouquette et de Stéphane Petitjean, font appel à l’Orchestre Colonne, sous la baguette de Christophe Grapperon et à la metteuse en scène Florence Guignolet, pour représenter Orphée aux Enfers d’Hector Crémieux et Ludovic Halévy, sur une musique de Jacques Offenbach. Le résultat est … désopilant.
Des voix fraîches — pour certaines vraiment prometteuses —, une bonne intelligibilité en général, de la musicalité, et surtout une envie folle de s’amuser. On a la sensation d’assister à une énorme fête, ou mieux, à une « teuf », tant les jeunes font leur

Le Prophète : le triomphe de Fidès

Le Prophète : le triomphe de Fidès

Alfred Caron — Les opéras de Meyerbeer restent rares sur les scènes françaises. Ce Prophète, avant-dernier produit de sa collaboration avec Scribe, n’a connu récemment qu’une version de concert (mémorable, semble-t-il, au Festival d’Aix en 2023) et une lointaine production à Toulouse en 2017 où John Osborn défendait déjà le rôle-titre.
Pour cette version de concert, venue de Genève où elle avait été donnée quatre jours plus tôt, le TCE annonçait une durée de 3 heures laissant supposer un bon nombre de coupures, les plus flagrantes étant celles du célèbre ballet des Patineurs dont ne restaient que deux mouvements, le quadrille et le galop.
Sounds of Subversion : Queer musicologies 2, 9, 10, 11 December 2026, Tours

BASEES Slavonic and East European Music Study Group (SEEM) Annual Conference, 24-25 October 2026

New Directions in the History of Liturgy II, 25 April 2026, Cambridge

Song is our Weapon: Music in the Process of Nation Building, 17–19 November 2026, Ljubljana and Trieste

Philosophy of Artificial Music. Algorithms, Machine Learning, Data, November 3-5th 2026, Nantes

Women in Music, 23-25 September 2026, Athens

(Alternatives économiques) Dans la musique classique, une petite caste orchestre la concentration des pouvoirs

(Le Monde) Face à la musique générée par IA, l’industrie ne sait pas sur quel pied danser

Sexe et Opéra (xxii. 9) : Lady Macbeth de Mtsensk Frédéric Léolla —  Katerina est mariée à Zinovi, fils du riche Boris. Or, elle se morfond, délaissée par son mari. Le beau Serguei, travailleur chez Boris, la séduit. Surpris l’adultère : elle tuera son beau-père, puis son mari. Découverts les crimes : Katerina et Serguei seront condamnés à la déportation en Sibérie. Mais là-bas Serguei méprisera Katerina qui, épuisée et meurtrie, mourra noyée.
Cela pourrait être l’argument d’un opéra vériste, mais Shostakovitch et Preis, préoccupés aussi de faire un opéra « esoviétique » qui raconte les misères du peuple russe « avant » la révolution soviétique, présentent aussi une galerie de personnages hauts en couleur censés représenter les problèmes du peuple russe du temps des tsars : le riche exploitant,
Entre-Temps, l’éternel retour du chorégraphe

Entre-Temps, l’éternel retour du chorégraphe

Alain Lambert — Eh oui, il est toujours là, Philippe Decouflé, avec sa compagnie DCA, ses neuf danseurs, de la vingtaine à plus de 70 ans, et son pianiste roulant et improvisant. Et toujours renouvelé, dans son univers surréaliste où les panneaux mobiles effacent les personnages, où la scène s’inverse, avec un faux public composé d’amateurs locaux, dans cette coproduction avec le théâtre de Caen.
Côté danse, il invente à chaque nouvelle musique, et propose des chorégraphies ébouriffées où les deux anciens, Dominique Boivin et Michele Prélonge, déjà présents à ses débuts, ont toute leur place et finissent sur le devant de la scène, sous les projos, quand tous les autres sont fusionnés avec la trentaine d’amateurs.
Le temps passe, mais les danseurs gambillent encore, même si leurs mouvements évoluent. Le chorégraphe sait s’adapter aux différents corps et différents âges. Il en joue au cours des multiples tableaux, puisque c’est son propos, mais sans en faire trop. Des voix off parlent du temps et le commentent, l’horloge accrochée en haut du rideau côté jardin avance, recule, s’affole, s’arrête au gré de ses dansantes
Cahiers Maria Szymanowska

8cahier Maria Szy-manowska : « Parler d'art »

À quoi sert l’art ? La question est certes convenue, mais piégeuse ! Il est bien sûr toujours tentant de botter en touche pour s’en remettre au consensuel « supplément d’âme » bergsonien. On entend ici qu’il appartiendrait à l’art d’être inutile, du moins d’être dégagé de toute fonction matérielle : répondant à un besoin d’élévation spirituelle et de plaisir esthétique, il abriterait de la grossière empiricité du quotidien et affranchirait de la matière aliénante du monde. En amorce de sa réflexion sur la fonction de la musique, Jean-Marc Warszawski démonte l’aporie d’une conception hédoniste si restrictive : « Si à la question "Ça sert à quoi ?", je réponds "À rien" c’est avant tout par un réflexe guidé d’expérience, pour éviter des discussions oiseuses, des réponses insatisfaisantes ou de

Éclats et derniers feux, Jacques Duphly, Loris Barrucand (clavecin), extraits des quatre livres de clavecin, L'Encelade 2025 (ECL 2504).

sigle conservatoire Rachmaninoff

En Avril chez Rachmaninoff

Parmi les nombreuses activités du Conservatoire Rachmaninoff nouveau, s'ajoutant aux cours suivis par plus de six cents élèves, il y a le cycle des « cartes blanches », offrant aux professeurs du lieu, aux membres du comité artistique, à des sommités musicales ou à des institutions partenaires, la possibilité d'inviter de jeunes artistes, étant entendu que ces « jeunes artistes » d'aujourd'hui ont un niveau musical et culturel éblouissant. Ce cycle, dont les soirées font le plein du grand salon du Conservatoire, est soutenu par le groupe Dassault.
Il y aura en avril, sans se découvrir d'un fil, deux concerts et deux cartes blanches, à la Fondation Gauthier Capuçon et à David Fray.
Le roi d’Ys à Strasbourg

Superbe récupération d’un chef-d’œuvre : Le roi d’Ys à Strasbourg

Frédéric LéollaLe roi d’Ys (comme Louise de Gustave Charpentier ou comme bien d’autres chefs-d’œuvre du patrimoine musical français) est un de ces opéras qui, extrêmement populaire depuis sa création, cessa d’être programmé à partir des années 1950 sans que l’on sache très bien pourquoi. Peut-être était-ce alors l’influence d’une certaine intelligentsia musicale qui, dans les années 1950, avait tendance à considérer l’opéra comme un genre mineur (parce que souvent « trop facile ») et concrètement Le roi d’Ys comme un épigone de Richard Wagner… Pourtant, à l’écoute de l’œuvre d'Édouard Lalo, on se demande comment a-t-elle pu être qualifiée de wagnérienne…

Billy Budd à Lyon

Billy Budd : le bateau métaphorique de Britten

Alfred Caron — Billy Budd n’avait pas paru sur une scène française depuis la proposition de Francesca Zambello à l’Opéra Bastille en 1996 (reprise en 2001)1. Pour cette nouvelle production, Richard Brunel a choisi d’en donner une vision détachée de tout réalisme. Tout se passe dans la mémoire du Captain Vere, tourmenté par le souvenir du matelot innocent, sacrifié au nom du maintien de l’ordre sur L’Indomptable. Le bateau est figuré par un ensemble de praticables métalliques, reproduisant la maquette d’un cuirassé. La mer n’est présente que sous la forme d’une toile de fond au début et à la fin de l’opéra, quand commence et finit le jugement du capitaine par un trio d’officiers

Les cédés

Berio-Ravel, Iva Bittova, Orchestre national d'Île-de-France, sous la direction de Case Scaglione, Luciano Berio : Folksongs ; Maurice Ravel : Alborada del Gracioso, Rapsodie espagnole, Boléro, NoMadMusic 2026 [NMMM 131].

Résonare, Sandra Chamoux (piano) : Johannes Brahms, thème et variation, opus 18b ; Felix Mendelssohn, Variations sérieuses, opus 54 ; Sergueï Rachmaninov, Variations sur un thème de Corelli, opus 42 ; Johann Sebastian Bach, Chaconne, arrangement de Ferruccio Busoni. Indésens-Calliope 2025 (IC 097).

Quatre cédés jazzy pour espérer le printemps !

Andares de Sebastian Munoz, Lux II de Louis Billette, Anagnorisis de Dwiki Dharmawan et Thirteen de Soft Machine (à paraître le 13 mars).

chaliapine

Sexe et Opéra (xxii. 8) : La Khovancht-china

Frédéric Léolla — La pauvre elle passe son temps à être poursuivie par le jeune Khovanski. Moussorgsky n’édulcore pas la chose : le grand prince se sent le droit de prendre et il poursuit donc la jeune fille, comme à la chasse. Les deux entrent en scène en courant, et le viol aurait lieu — quel homme oserait s’interposer devant le prince ? — s’il n’y avait pas Marfa, personnage mi-sensuel mi-mystique que d’aucuns ont considéré incarnation de La Femme Russe dans tout ce qu’elle a de grand et de bon. Le viol n’aura donc pas lieu. Mais il n’en reste pas moins une possibilité dans cet opéra.

Des nouvelles musicales depuis Leipzig

Sous le mot d'ordre « En dialogue », le Bachfest 2026 se tiendra du 11 au 21 juin, fidèle a son format de dix jours, avec plus de 210 événements, envahissant la ville et quelques environs, évidemment les lieux historiques, tels la Thomaskirche ou officia Johann Sebastian Bach et où il repose dans le chœur, à la Niklolai Kirche où il exerça aussi, au mythique Gewandhaus, à la maison Mendelssohn (tout doit y être complet), à l'étonnante Salle Pologne et bien d'autres lieux, comme la grande place historique du Marché, la gare, l'ancien hôtel de ville.

Leipzig est une ville populaire et de grande culture, attractive, et contrastée, ville verte et de canaux, académique et alternative, et certainement plus créative que Berlin. Accueillante avec une hôtellerie de qualité (assez chère) et une gastronomie remarquable.

Il Trovatore à l’opéra de Monte-Carlo

Ovation pour la reprise d’Il Trovatore à l’opéra de Monte-Carlo

Jean-Luc Vannier —Crainte des foudres de la censure pour oser représenter une scène dans un couvent avec des religieuses en prière selon Pierre Milza ou bien refus de l’Opéra de San Carlo de Naples d’accéder aux conditions financières de Verdi si l’on en croit Piotr Kaminski, toujours est-il qu’Il Trovatore, finalement créé au Teatro Apollo de Rome le 19 janvier 1853, fut un immense succès.
C’est donc avec un intérêt non dissimulé que nous attendions, dimanche 22 mars salle Garnier, la reprise d’une production monégasque de 2017 qui déployait avec une rare inspiration scénique, cette atmosphère lugubre, peuplée de fantômes et de
La pianiste Tania Cardillo interprète les œuvres de Luca Moscardi

La pianiste Tania Cardillo interprète les œuvres de Luca Moscardi

Michaël Sebaoun — Compositeur italien né en 1976, Luca Moscardi commence le piano à l’âge de sept ans, puis étudie au Conservatoire Rossini à Pesaro. Il se considère néanmoins comme un compositeur essentiellement autodidacte.

N o u v e a u t é s
février-mars 2026

Petites  annonces

Martinez Yseult, Händel et ses héroïnes : un imaginaire de la puissance des femmes. « Lire le xviie siècle » (88), Classiques Garnier. Paris 2025

Martinez Yseult, Händel et ses héroïnes : un imaginaire de la puissance des femmes. « Lire le xviie siècle » (88), Classiques Garnier. Paris 2025 [651 pages].

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Les livres

Volta Ornella, Erik Satie en notes et en mots (préféce par Jean-Pierre Armengaud). « L'écart absolu », Les presses du réel, Dijon 2025

Volta Ornella, Erik Satie en notes et en mots (préféce par Jean-Pierre Armengaud). « L'écart absolu », Les presses du réel, Dijon 2025 [624 p. ; ISBN 978-2-84066-753-7 ; 35 €].

Knight Jean Pierre, Allo Vinyles. Genève, Slaktine 2025

Knight Jean Pierre, Allo Vinyles. Genève, Slaktine 2025 [212 p.].

Manuel Cornejo (éditeur), Correspondance, écrits et entretiens de Maurice Ravel. « Tel », Gallimard, Paris 2025 [2v., 1488 + 1452 p. ; 32 €].

 

 

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