musicologie.org —— 27e année,
Alfred Caron — Décidément Julie Depardieu est en première ligne quand il s’agit de défendre et d’illustrer la musique classique. Après les époux Schumann qu’elle évoquait brillamment à Angers la semaine dernière, c’est à Mozart qu’elle consacre un concert-spectacle, Mais cette fois, à celui de récitante, elle ajoute le rôle de metteuse en scène. Son spectacle évoque en une dizaine d’airs et d’ensembles la carrière et la biographie du compositeur. Utilisant ici encore la correspondance, elle évite les clichés, notamment concernant les rapports de Wolfgang avec son père, mais procède tout de même à très grands traits. De Bastien et Bastienne à La Flûte enchantée, c’est une anthologie très variée qui est proposée.
Alfred Caron
Alain Lambert
Frédéric Léolla
Frédéric Norac
Michel Rusquet
Michaël Sebaoun
Jean-Luc Vannier
Jean-Marc Warszawski
Alain Lambert — Il était normal que la création du festival d’Aix l’été passé arrive enfin au théâtre de Caen où l’ensemble Correspondance, conduit par Sébastien Daucé, est en résidence depuis dix ans déjà. Et comme mes collègues chroniqueurs de Musicologie.org, Frédéric Léolla et Alfred Caron, en ont déjà parlé, en bien, lors de la création à Aix et de la date parisienne du début du mois, il va me falloir trouver un autre angle d’approche.
Déjà, Lauranne Oliva, la Calisto en titre, ayant perdu sa voix, le dispositif mis en place, elle jouant en playbach (ou en playcavalli plutôt)

Michaël Sebaoun — Enregistrés par Billy Eidi pour Le palais des dégustateurs, les Treize impromptus pour piano du compositeur français Guy Sacre (né en 1948) paraissent aux Éditions Durand. Sur le CD, ils faisaient suite aux Dernières chansons enfantines, et comment ne pas penser, à l’écoute de l’impromptu no 1, avec sa brève et délicate mélodie en do majeur (troublée en sa fin par un do dièse) qui émerge dans l’aigu, dans un ambitus restreint, à un air de comptine.
Avec son caractère calme et pensif, on illustrerait bien l’impromptu no 2 du titre schumannien Le poète parle. L’impromptu
Emotions in ADversity: Disease, War, Crisis, 2–4 June 2027, Vienna
Music Renaissance in Global History and Contemporary Practice, 3-5 December 2026, Siena
Women in Music: Narrating and Resounding (Auto) Biographies, 14–16 April 2027, Vilnius

Alfred Caron — Comme son nom l’indique, Pianopolis est un festival consacré au piano, sous toutes ses facettes et dans tous les styles : classique, contemporain, jazz et plus encore. Instrument soliste ou concertant, le piano est aussi l’accompagnateur privilégié du chant et l’édition 2026 proposait deux concerts, l’un avec le célèbre contre-ténor Jakub Jozef Orlinski et l’autre autour du couple Robert et Clara Schumann, réunissant les voix chantées et parlées de la mezzo Delphine Haidan et de la comédienne Julie Depardieu jointes au piano de Dana Ciocarlie.

Alfred Caron — Avec cet étonnant spectacle qui réunit les vingt-six Pages du Centre de musique baroque et neuf écuyères de l’Académie équestre de Versailles, ses concepteurs, Clément Buonomo qui dirige le chœur, et Thierry Thieû Niang qui en assure la chorégraphie, font la preuve qu’il est possible de faire vivre la musique baroque de façon différente, pour un public plus large que celui des amateurs et des spécialistes. Leur approche révèle dans les motets de Nicolas Bernier toute la richesse de leur musicalité et de leurs affects, au delà même de leur sens littéral religieux. À travers une représentation où le mouvement est essentiel, ils en donnent une lecture dont la dramaturgie épouse le rythme de la musique et de ses variations. Récits, airs, fugues et chœurs y trouvent une dimension visuelle tout à la fois
Frédéric Léolla — Orphée, violoniste qui vit de ses cours de musique, a une amante. La femme d’Orphée, Eurydice, a aussi un amant. Mais celui-ci n’est autre que Pluton, le dieu des enfers. Pour pouvoir partir avec son amant, Eurydice meurt donc, non sans avoir laissé une note à son mari lui informant de son départ.
En apprenant cela, Orphée est content. Mais c'est sans compter avec L’Opinion Publique, un personnage qui menace le musicien de lui faire perdre ses cours s’il ne descend pas aux enfers pour récupérer son épouse.

Alain Lambert — Al Shifa du duo Carreras-Guérineau, Sillons du quartet de Jeran Luc Thomas, Listen Up de Kamil Rustam, Solar de Lalo Zanelli et Miles & John de Jultrane.
Al Shifa (Petit Label Free 2025) du batteur Tiri Carreras et du sax ténor Sylvain Guérineau, aussi à la clarinette basse. Du nom de l’hôpital de Gaza et en soutien aux victimes. Un album de free jazz qui s'ouvre sur ce titre avec un sax rageur et une batterie explosive. Al Awda est dédié à un autre hôpital et Beit Laya à une autre localité du pays massacré. Entre une longue méditation sur Lonely Woman, le beau thème d'Albert Ayler, dont l'esprit irradie le duo, et La colère de l'anche qui en dit long. L'album se clôt par Le temps des cerises, toujours et encore une utopie, avec sa batterie orageuse et sa clarinette implorante.

Jean-Luc Vannier — Passé par le Béjart Ballet Lausanne, le chorégraphe natif de Nouvelle-Calédonie a tiré des violences de 2024 une nouvelle étude qu’il présentera prochainement au Thomas Dixon Centre de Brisbane en Australie. Entretien sur son parcours, son « processus de deuil » et sa pulsion de vie au travers de la « création ».
Musicologie : Vous préparez une création chorégraphique qui représentera la Nouvelle-Calédonie en Australie et qui s'intitule « Le Cri (muet) des fleurs ». Que pouvez-vous nous dire de ce projet ? Comment l'avez-vous élaboré ?
Sthan Kabar-Louet : Les émeutes de mai 2024 nous ont rappelé que nous n’étions ni loin de tout ni protégés. Un an plus tard, j'ai eu besoin d'en parler, comme un processus de deuil. Le deuil d'avoir perdu l'espoir de vivre ensemble et sereinement dans mon pays, mais aussi le besoin
Alain Lambert —Un colloque sur Musique et cerveau se déroulait à Caen au Sillon toute la semaine passée, en particulier avec Hervé Platel, spécialiste caennais de la cognition musicale. Avec chaque soir un concert du Rolling String Quartet, plus une chanteuse, pour redire la complexité étonnante du ciboulot humain, et comment la musique le fait étinceler et l’humanise (sauf les marches militaires ?). Il faut préciser que le violoncelliste, Emmanuel Bigand, fondateur de l’ensemble et du projet, est lui-même scientifique et spécialiste en neurones harmoniques.
Les musiciens du quatuor sont donc à l’intérieur de l’organe schématisé en une grande structure métallique qui s’illumine par zones au cours de la présentation par Amélia Donnier, comédienne et chanteuse. Du moins dans la première partie où chaque étape est illustrée par une pièce contemporaine souvent issue du
Music for two, Duo Coloquintes, Alice Julien-Labarrière (violon), Mathilde Viale (viole de gambe), transcriptions d' œuvres de virginalistes : William Byrd, Ferdinanto Richardson, John Bull, John Munday, Thomas Morley [...] Seulétoile 2025 (SEC 02).
Venerem, Strike, Laureen Stoulig-Thinnes (soprano), Mario Thines (piano), Simon Zauels (basse), Michel Meis (percussions), œuvres d'Henry Purcell, Francesco Bartolomeo Conti, Reynaldo Hahn [...] Orlando Records 2025.
Ensemble Cappella Leonis, sous la direction de Cédric Costantinos et Philippe Foulon, œuvres de Nicolas de Grigny, Henry du Mont, Louis Couperin, Charles Richard, Jean Laquement Dubuisson, Antoine de Boesset, Jean de Sainte-Colombe. Indessen Calliope 2025 (IC 094).
Alfred Caron —Les 4 et 5 mai, l’Académie de l’Opéra-Comique accueillait deux élèves de la Juillard School accompagnés de leur chef de chant, Giancarlo Llerena, pour le premier volet d’une série d’échanges avec la célèbre institution new-yorkaise. Au programme, deux masterclasses publiques, une de Brian Zeger avec deux artistes de l’académie, la soprano Deborah Salazar et le baryton Pierre-Louis Barlet, et la seconde de Louis Langrée avec les deux chanteurs de l’école new-yorkaise, la soprano Fantine Douilly et le ténor Nathan Romporti, autour de la mélodie « française ». Les quatre chanteurs donnaient le soir même un récital dont le programme paraissait intéressant sur le papier, comportant de nombreuses mélodies en français de compositeurs américains, comme Samuel Barber (Mélodies passagères), Charles Ives ou Ned Rorem, à côté de grands classiques, comme les Histoires naturelles de Maurice Ravel ou La Bonne cuisine de Leonard Bernstein.
Frédéric Léolla — Opérerette en trois actes d'Henri Christiné, sur un livret de Albert Willemetz, créée le 10 novembre 1921, Paris, Théâtre des Bouffes Parisiens.
ette charmante opérette est l’objet de commentaire dans le chapître adultère, mais nous ne pouvions pas passer sous silence, à l’heure où l’on parle de voyeurisme, le très joli numéro où le public entend les conseils « Pour bien réussir dans la chaussure » : « porter tout simplement un corsage dont l’échancrure laisse voir des trésors charmants », que la « vendeuse soit capiteuse »… Conseils que les gens du marketing ont désormais su mettre à profit par ailleurs dans tous les domaines.
Alain Lambert — Dans Les Confessions [Livre VII], Jean Jacques Rousseau évoque les quelques mois passés à Venise entre 1743 et 1744 alors qu’il y était secrétaire d’ambassade. Voici les quelques lignes où il décrit sa découverte de la musique italienne, et surtout des musiciennes des Scuole [Entretien sur la musique avec Monsieur Rousseau à l’occasion du tricentenaire de sa naissance].
J’avais apporté de Paris le préjugé qu’on a dans ce pays là contre la musique italienne : mais j’avais aussi reçu de la nature cette sensibilité de tact contre laquelle les préjugés ne tiennent pas. J’eus bientôt pour cette musique la passion qu’elle inspire à ceux qui sont faits pour en juger […] et bientôt je m’engouai tellement de l’opéra, qu’ennuyé de babiller, manger et jouer dans les loges quand je n’aurais voulu qu’écouter, je me dérobais souvent à la compagnie pour aller

Alfred Caron — De tous les opéras de Francesco Cavalli redécouverts depuis les années 1970, La Calisto reste le plus aimé et le plus souvent monté. Encore que Paris ne l’ait pas vue (ni entendue ?) depuis la production de Macha Makeieff et Christophe Rousset déjà au Théâtre des Champs-Élysées en 2010. Ce succès est sans aucun doute dû autant qu’à la richesse et à la beauté de la partition, à un livret étonnant qui mêle subtilement mythologie et satire sociale, grivoiserie et lyrisme et dont la construction dramatique et le propos sont restés d’une incroyable modernité. Là où la production précédente jouait à fond la carte de l’ironie, dans celle que présente le TCE, venue d’Aix-en-Provence où elle a rencontré un grand succès
N o u v e a u t é s
mars- 2026
Wasselin Christian, Erik Satie, « Folio biographies », Gallimard, Paris 2025 [352 p. ; ISBN 978-2-07-299389-3 ; 10,50 €].
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Rochard Jean et Tenne Pierre, Le jazz en 101 citations. Éditions i, Paris 2025 [84 p. ; ISBN 978-2-37650-185-5 ; 8,50 €].
MÜLLER RETO, Rossini : profilo Biografico-cronologico, Fondazione Rossini, Pesaro, 2025 [52 p ; ISBN 973-12-80640-55-0 ]
Cahiers Maria Szymanowska (7) : Parler du corps. Société Maria Szymanowska, Paris 2025 [212 p. ; ISBN 978-2-48764-602-5 ; 20 / 14 €]
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ISSN 2269-9910