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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte : la musique instrumentale en Allemagne de Beethoven à Schubert.

Sonate opus 53 (no 21) « Waldstein » de Ludwig van Beethoven

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On ne peut que placer très haut cette formidable sonate en ut majeur opus 53, dite Waldstein, du nom de son dédicataire auquel Beethoven devait tant depuis les années de Bonn, et parfois appelée, sans qu’on sache bien pourquoi, « Aurore ». Alliant de vastes dimensions et une structure aussi concise que remarquablement articulée — deux mouvements seulement, le second s’ouvrant par une lentissime Introduzione, cette sonate achevée en 1804 crée tout à coup un univers sonore révolutionnaire. « Dans cette œuvre […], il ne s’agit pas seulement d’une évolution de la technique pianistique, certes impressionnante : c’est la pensée instrumentale même qui s’affirme nouvelle. Les états changeants de la sonorité, propres à cette œuvre, ne sont pas décoratifs, surajoutés en quelque sorte à la pensée musicale, ils en sont indissociables.

Le timbre se révèle idée musicale dès le début de l’Allegro con brio. Le cycle harmonique que parcourt le thème semble lui-même être un cycle de couleurs changeantes. De même, le saut dans l’aigu du groupe rythmique, à la troisième mesure, changement de registre, est un changement de timbre, une touche lumineuse sur le fond sombre de la pulsation. Enfin, à la seconde apparition du thème, les battements rythmiques se dédoublent : ce n’est pas un rythme mais un timbre nouveau, une nouvelle valeur, et […] c’est encore sous le signe du timbre que le thème évolue à travers l’Allegro, qu’il acquiert ses pouvoirs expressifs changeants, aboutissant au seuil de la reprise à la plus sombre de ses métamorphoses. »65 Au chapitre des métamorphoses, justement, il faudrait, entre autres, souligner que, dans ce premier mouvement, Beethoven module constamment, parcourant presque toutes les tonalités bémolisées. Quant à la deuxième partie de la sonate, son Introduzione est « une sorte de point de repos intemporel, un de ces passages où, selon Ferruccio Busoni, Beethoven a, plus que partout ailleurs, accédé à l’ordre métaphysique. Enchaîné, le Rondo final, très développé, se conforme au schéma d’alternance couplet/refrain, tout en annonçant les variations amplificatrices du dernier style de Beethoven. Dans cette violence triomphante, ce ne sont plus la virtuosité ou la prouesse formelle qui sont la pierre de touche, mais la variété de l’organisation rythmique, l’intégrité de l’organisation mélodique, l’utilisation neuve des registres extrêmes, des phénomènes de timbre (dont le trille, omniprésent) et des différents modes d’attaque. »66

Ludwig van Beethoven, Sonate opus 53 en ut majeur « Waldstein », 1.Allegro con brio, 2. Introduzione, Adagio molto - attacca, 3. Rondo, Allegretto moderato, Prestissimo, par Emil Gilels (1972).

 

plumeMichel Rusquet
17 septembre
2019

 

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65. Boucourechliev André, Beethoven, « Solfèges », Éditions du Seuil, Paris 1963, p. 33

66. Szersnovicz Patrick, dans « Le Monde de la musique » (238), décembre 1999.

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Mardi 17 Septembre, 2019 0:42