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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte : la musique instrumentale en Allemagne de Beethoven à Schubert.

La sonate opus 26 (no 12) de Ludwig van Beethoven

Les sonates pour piano : Opus 2, nos 1, 2, 3 - Opus 7 - Opus 10 - Opus 13 - Opus 14 - Opus 22 - Opus 26 - Opus 27 - Opus 28 - Opus 31 - Opus 49 - Opus 53 - Opus 54 - Opus 57 - Opus 79 - Opus 81a - Opus 90 - les cinq dernières sonates (opus 101, 106, 109, 110, 111).

Avec cette sonate opus 26 en la bémol majeur, qu’il achève en 1801 et qu’il dédie au prince Lichnowsky, Beethoven s’engage déjà résolument sur de nouveaux chemins, avec ce qu’ils impliquent de manquements à la norme, qu’emprunteront également les deux suivantes (opus 27), achevées la même année. « Il en sortira un nouveau Beethoven, le Beethoven deuxième manière des classificateurs, celui que Liszt, après l’adolescent, nomme simplement et bellement l’homme. L’opus 26 commence par un mouvement lent, se poursuit par un scherzo et une marche funèbre, conclut sur un allegro à l’allure de toccata ou de mouvement perpétuel : aucun des mouvements ne se donne la peine d’être en forme sonate ! Ainsi assemblée de bric et de broc, est-elle tout à fait réussie ? Non, certes ; elle sent un peu le laboratoire ; mais c’est la sonate à la marche funèbre  ; cela suffit à assurer sa survie. »50

Le fait que Beethoven commence par un Andante con variazioni   n’est pas en soi révolutionnaire — Haydn et Mozart l’avaient fait avant lui — mais, sur un thème au chant noble et profond, le compositeur enchaîne cinq superbes variations dont « la conception marque la fin de la variation dite ornementale, brodée autour d’un modèle mélodique maintenu tout au long ; c’est la préfiguration de ces grands cycles de métamorphoses que sont les dernières variations beethovéniennes. »51

Remarquons également que la variation centrale, en la bémol mineur, annonce le caractère lugubre de la Marche funèbre , de même tonalité, qui viendra après l’énergique et bondissant Scherzo qui suit. Cette Marcia funebre sulla morte d’un Eroe, à laquelle l’œuvre doit avant tout sa notoriété, célèbre on ne sait quel héros, réel ou imaginaire, mais est entrée dans l’histoire pour avoir été jouée aux funérailles du compositeur, et, depuis lors, n’a cessé de faire le tour du monde : « Pièce maîtresse au répertoire des orphéons du monde entier, elle résonne, pièce de circonstances civiles et militaires, sur bugles, ophicléïdes et bombardons, en maintes versions auxquelles son écriture pianistique très orchestrale se prête dans une certaine mesure. »52

Après cette page qui ne peut laisser indifférent, comme s’il se plaisait à déconcerter l’auditeur, le musicien conclut par un bref Allegro, de caractère passablement insouciant, qui « s’ébroue dans un flux continu de doubles croches, comme une étude d’accords brisés ou une toccata […]. La plus grande partie du mouvement se meut dans une sonorité effleurée qui lui donne un aspect un peu irréel ; à cet égard la fin est très belle, qui s’éteint pianissimo dans le grave, en laissant résonner un dernier la bémol . »53

Ludwig van Beethoven, Sonate opus 26 en la bémol majeur, I. Andante con variazioni, par Alfred Brendel.

 

Ludwig van Beethoven, Sonate opus 26, en la bémol majeur, par Arturo Benedetti Michelangeli, Auditorium de la RTSI, Lugano, 7 April 1981.

 

plumeMichel Rusquet
9 septembre
2019

 

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Notes

50. Sacre Guy, La Musique de piano, Robert Laffont, Paris 1998, p. 338-339.

51. Boucourechliev André, Beethoven, « Solfèges », Editions du Seuil, Paris 1963, p.31-32.

52. Ibid., p. 32.

53. Sacre Guy, op. cit., p. 340.

 

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