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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte : la musique instrumentale en Allemagne de Beethoven à Schubert.

Les sonates opus 14 (nos 9 et 10) de Ludwig van Beethoven (1770-1827)

Les sonates pour piano : Opus 2, nos 1, 2, 3 - Opus 7 - Opus 10 - Opus 13 - Opus 14 - Opus 22 - Opus 26 - Opus 27 - Opus 28 - Opus 31 - Opus 49 - Opus 53 - Opus 54 - Opus 57 - Opus 79 - Opus 81a - Opus 90 - les cinq dernières sonates (opus 101, 106, 109, 110, 111).

Si l’on écoutait la vox populi, ces deux « petites » sonates, contemporaines de la célébrissime « Pathétique », seraient classées à un rang très subalterne : plutôt intimes, fort peu « publiques » en tout cas, elles marquent une pause dans la trajectoire que semble poursuivre Beethoven dans l’édification de son massif de sonates ; il y a même quelque chose d’un retour à Haydn dans ces deux œuvres en trois mouvements où, sans trop demander à l’interprète, et sans cultiver le moins du monde les vertus « orchestrales » de l’instrument, le musicien abandonne toute volonté « héroïque » et, a fortiori, toute tentation de pathos romantique. Elles n’en sont pas moins précieuses et délectables, bien au contraire.

C’est déjà le cas de l’opus 14 no 1 en mi majeur, que Beethoven allait d’ailleurs transcrire pour quatuor à cordes quelques années plus tard : un Allegro léger et subtil ; un Allegretto en mi mineur, en trois parties dont une section centrale en majeur, dans lequel, avec les moyens les plus simples, le musicien nous offre une  merveilleuse ballade romantique avant la lettre ; et, pour finir, un Rondo (Allegro comodo) qui associe énergie et gaieté bourrue et s’amuse dans de séduisants jeux d’esprit et d’humeur.

Ce l’est encore plus de l’opus 14 no 2 en sol majeur, idyllique à souhait dans son premier mouvement aux courbes d’une infinie tendresse. L’Andante qui suit, avec son thème de marche guilleret donnant lieu à trois variations successives, entretient à sa manière ce climat de légèreté charmeuse. « Conclu, non sans humour, sur un pp suivi de l’accord parfait d’ut majeur asséné avec force, cet Andante paraît un des mouvements les plus sereins, les plus vagabonds, que Beethoven ait écrits. »45  Quant au Scherzo final, on ne saurait guère trouver meilleure illustration du sens originel du terme scherzo (plaisanterie ou badinage) : place au jeu et à l’humour, en effet, dans ce finale en forme de rondo où on a « l’impression d’une permanente improvisation, qu’accentue l’abondance de signes de silence et de petits accords fermés. »46 Comme Guy Sacre, on ne peut s’empêcher de voir dans cette sonate un dernier hommage — conscient ou non — de Beethoven à Haydn : « Cette absence de pesanteur, cette adresse, ce plaisir de l’écriture sont bien dans la manière du vieux maître. »47

Ludwig van Beethoven, Sonate opus 14 no 1 en mi majeur, par Artur Schnabel.

 

Sonate opus 14 no 2 en sol majeur, par Daniel Barenboim.

 

plumeMichel Rusquet
9 septembre
2019

 

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Notes

45. Szersnovicz Patrick, dans « Le Monde de la musique » (238), décembre 1999, p.101.

46. Ibid., p.102.

47. Sacre Guy, La Musique de piano, Robert Laffont, Paris 1998, p. 337.

 

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