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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte —— Les œuvres de Frédéric Chopin

introduction ; Piano : polonaises ; mazurkas ; valses ; Scherzos ; impromptus ; nocturnes ; ballades ; préludes ; études ; diverses œuvres pour piano ; musique de chambre ; musique symphonique.

Frédéric Chopin : les impromptus

Aux yeux de bien des commentateurs, ces quatre Impromptus (en comptant celui abusivement dénommé fantaisie-impromptu) sont des œuvres de peu de poids dans la production de Chopin. Certes, ce sont des pièces de proportions relativement modestes où, derrière un plan tripartite on ne peut plus simple (le même plan A-B-A que celui retenu par Schubert dans ses propres Impromptus), l’esprit de l’improvisation semble en permanence règner en maître. Mais leur charme, leur spontanéité, leurs multiples raffinements sonores ne les réduisent pas au rang de simples divertissements de salon. « Impromptus ? Le terme est trompeur. Musique à fleur de doigts, mais non de pensée. Ici comme ailleurs, Chopin ne livre que le dernier jet, au bout d’une longue patience. »37

Frédéric Chopin, Quatre impromptus, par Nikita Magaloff., 1975.

Impromptu no 1 en la bémol majeur opus 29

La grâce ailée et volubile de son arabesque mélodique, le chant faussement profond mais d’une belle noblesse de ton de sa section centrale (une sorte de nocturne dans l’impromptu), de même qu’une relative facilité d’exécution, ont toujours valu à ce Premier Impromptu(1837) une grande popularité auprès des pianistes en herbe et de leur public. Ceci expliquant un peu cela, il est de bon ton de regarder ce morceau avec condescendance, mais même un Schumann en disait du bien. Voilà de quoi rassurer tous ceux qui, sans trop le dire, continuent d’y être sensibles.

Impromptu no 2 en fa dièse majeur opus 36

De deux ans postérieur à l’opus 29, ce Deuxième Impromptun’a vraiment rien de commun avec les autres. La dénomination d’Impromptuest-elle d’ailleurs appropriée pour ce morceau qui, entre ballade, nocturne et fantaisie, semble conçu pour brouiller les repères ? La forme, bien que toujours tripartite, apparaît ici plus complexe, et la séduction des arabesques fait place à des émotions plus fortes, voire à un certain héroïsme rappelant celui des Polonaises. A l’évidence, cet opus 36« n’a cure des boudoirs et des « belles écouteuses » ; il y passe des rumeurs de bataille, des chants guerriers ; la hauteur de l’inspiration, la rareté des thèmes et des harmonies, excluant toute complaisance, le mettent au premier rang des compositions de Chopin. Encore faut-il l’écouter… »38

Frédéric Chopin, Impromptu no 2 en fa dièse majeur opus 36, par Vladimir Ashkenazy

Impromptu no 3 en sol bémol majeur opus 51

Chopin, dit-on, aimait tout particulièrement celui-ci, qui est en réalité le dernier qu’il ait composé (1842). Apparenté au Premierpar le profil de son thème initial, il se situe néanmoins à un tout autre niveau, tant ses contours mélodiques et ses intentions expressives y réalisent une association miraculeuse. C’est « le plus accompli des trois, aussi éloigné des élans juvéniles que des orages de la maturité. Chopin n’y chante que pour chanter, dans la joie d’une invention désormais parvenue à son comble. Peu de pièces naissent de si peu […] pour aller si loin. Les thèmes, les figures rythmiques, les enchaînements harmoniques, forment un composé subtil, par quoi chaque mesure acquise semble contenir en substance la mesure suivante [...] »39 Et, tout naturellement, on se surprend à regretter que le musicien ne s’abandonne pas plus longtemps à son inspiration.

Frédéric Chopin, Impromptu no 3 en sol bémol majeur 3 en sol bémol majeur opus 51 51, par Arthur Rubinstein.

Impromptu n° 4 « fantaisie-impromptu », en ut dièse mineur opus 66

Composé en 1835, cet « impromptu no 4 »,qui est devenu une des pièces les plus célèbres de Chopin, est en fait le plus ancien, et ne fut publié (sous le titre de Fantaisie-Impromptu inventé pour l’occasion) qu’après la mort du compositeur, d’où son numéro d’opus. On continue de se demander pourquoi le musicien s’était abstenu de publier cette pièce qui avait tout pour séduire le plus large public. Etait-ce parce qu’elle ressemblait trop à l’Impromptu opus 89de Moscheles publié peu de temps avant sa composition, ou tout simplement parce que Chopin la jugeait trop charmeuse et sentimentale, donc un peu « racoleuse » ? Quoi qu’il en soit, ce morceau, avec ses qualités et ses limites, continuera longtemps encore à ravir les foules, et nul ne trouvera à s’en plaindre.

plumeMichel Rusquet
30 septembre 2020
© musicologie.org

 


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bouquetin

Dimanche 4 Octobre, 2020 18:34