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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte —— Les œuvres de Frédéric Chopin

introduction ; Piano : polonaises ; mazurkas ; valses ; Scherzos ; impromptus ; nocturnes ; ballades ; préludes ; études ; diverses œuvres pour piano ; musique de chambre ; musique symphonique.

Frédéric Chopin : les nocturnes

Trois Nocturnes opus 9 ; trois nocturnes opus 15 ; deux nocturnes opus 27 ; deux nocturnes opus 32 ; deux nocturnes opus 37 ; deux nocturnes opus 48 ; deux nocturnes opus 55 ; deux nocturnes opus 62 ; divers Nocturnes.

En moins de vingt ans (le premier nocturne date de 1827 et les deux derniers de 1846), Chopin a écrit une vingtaine de nocturnes, une spécialité qui lui valut une bonne part de sa gloire terrestre. En l’espèce, il ne fit, du moins au début, que suivre la mode en se plaçant dans le sillage de l’Irlandais John Field : à Paris et ailleurs, celui-ci soulevait l’enthousiasme du public des salons avec ses propres nocturnes dans lesquels un chant simple et mélancolique s’étire langoureusement sur un tapis d’arpèges. Sans doute aussi était-il assez tentant pour Chopin, en passionné d’opéra italien qu’il était depuis sa jeunesse à Varsovie, de s’adonner à un genre qui, plus que tout autre, lui permettait de cultiver au piano un certain art du bel canto. Et cette forme libre par excellence, comme une « improvisation sous les étoiles », était par nature pour le musicien une invitation à la confidence intime. « C’est de la musique-état d’âme […] et moins un cadre de composition qu’une façon de s’abandonner, de glisser vers un état de sensibilité diffuse. Dans les catégories du spleen, c’est aussi d’une certaine manière un état de grâce. Chopin n’a pas complètement évité l’écueil de ces épanchements crépusculaires, de ces harmonies du soir, de ces tendresses quelque peu immatérielles. C’est le tribut payé à l’époque… »40  Une époque où, communiant dans la recherche de la « note bleue », le public des salons sacrifiait volontiers à un rite qui voulait qu’on éteignît les lampes pour mieux se transporter dans les sphères.

Certains de ces Nocturnes peuvent, il est vrai, donner l’impression d’avoir été un peu concédés à la sensibilité des « belles écouteuses » dont le musicien affectionnait la présence dans les soirées privées. Une évidence s’impose cependant : même dans ceux de ses Nocturnes qui dénotent une forte influence de Field, Chopin dépasse de loin l’Irlandais. « Il saura y apporter une puissance d’invention qu’on ne trouve pas chez son modèle. À Field il empruntera le schéma extérieur de la forme, mais il amplifiera magnifiquement l’écriture mélodique par l’adjonction de formules suggestives et éloquentes, et de fioritures qui deviennent elles-mêmes matières expressives ; il enrichira également le contenu harmonique, et transformera les dessins d’accompagnement. »41 Et, surtout, assez vite, il s’affranchira du modèle pour donner toute sa mesure de musicien-poète, prenant même une certaine distance vis-à-vis du public des salons. « Ses plus beaux nocturnes, c’est à  l’habitant de ses pensées , c’est-à-dire à lui-même qu’il les destine. Du coup, l’inspiration s’élargit, le ton s’affermit. Voilà le genre du nocturne contaminé par la barcarolle (nocturnes en bémol majeur, en sol majeur), par la mazurka (premier nocturne en sol mineur), par la marche funèbre (deuxième nocturne en sol mineur, nocturnes en ut mineur, en fa mineur), par la ballade (milieu du nocturne en fa majeur), par la polonaise (milieu du nocturne en ut dièse mineur).

Chopin découvre que la nuit n’est pas un moment (on voudrait dire : un état) intermédiaire, mais paroxystique ; que le cri le plus tragique et l’exultation la plus intense (tout le noir contre toute la couleur) y ont peut-être plus de part que la songerie incolore et indéterminée. »42  Ainsi, comme l’écrit Camille Bourniquel, ses derniers Nocturnes « achèvent le rachat du genre et sa complète libération ».43

Trois Nocturnes opus 9

Trois Nocturnes opus 15

Deux Nocturnes opus 27

Deux Nocturnes opus 32

Deux Nocturnes opus 37

Deux Nocturnes opus 48

Deux Nocturnes opus 55

Deux Nocturnes opus 62

Divers Nocturnes

Notes

40. Bourniquel Camille, Chopin, « Solfèges », Éditions du Seuil, Paris 1960, p. 145.

41. De Place Adélaïde, dans Tranchefort François-René (dir.), « Guide de la musique de piano et de clavecin », Fayard, Paris 1998, p. 223.

42. Sacre Guy, La Musique de piano, Robert Laffont, Paris 1998, p. 681.

43. Bourniquel Camille, op. cit.,p.148.

plumeMichel Rusquet
6 octobre 2020
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bouquetin

Mardi 6 Octobre, 2020 20:56