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Groupe des six

On appelle de ce nom un groupe de musiciens constitué autour de Jean Cocteau : Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Germaine Tailleferre.

Antoine Goléa, Georges Auric. « musiciens d'aujourd'hui », Ventadour, Paris 1958, pages 35-38 [pour le texte]

J'ai pris une décision, en acceptant d'écrire ce petit livre : celle de ne pas l'encombrer par une nouvelle histoire des « Six ». Je ne sais pas si ceux qui, dans cette collection, vous parleront de Milhaud, ou de Poulenc, vous la raconteront une fois de plus. Personnellement, je m'en abstiendrai, pour deux raisons : premièrement, parce que cette histoire est archiconnue et traîne depuis vingt-cinq ans dans toutes les histoires de la musique, dans toutes les monographies consacrées à l'un ou à l'autre des musiciens du « groupe » ; deuxièmement, parce que, si vous interrogez l'un de ces musiciens sur les « Six », il vous répond invariablement : les « Six » n'ont jamais existé en tant qu'école de musique; les « Six », cela n'a jamais été autre chose qu'un groupe de bons copains, qui est d'ailleurs resté, jusqu'à aujourd'hui, un groupe de bons copains.

Le Groupe des Six, toile de Jacques-Émile Blanche de 1922 : De gauche à droite : en bas à gauche, Germaine Tailleferre ; au-dessus  de face, Darius Milhaud ; derrière de profil, Arthur  Honegger ; au fond, debout de profil, Louis Durey de face,  Francis Poulenc ; en haut à droite, Jean  Cocteau ; assis à droite, Georges Auric.

Évidemment, je pourrais, une fois de plus, être pris du démon de la contradiction. Je pourrais dire : pardon, pardon : les « Six » ont été bel et bien une école. La preuve ? Eh bien ! tout d'abord, certaine collection d'aphorismes de Jean Cocteau, qui eut son heure de célébrité : Le Coq et l'Arlequin. Cela date, et non seulement de 1918. C'est ce livre adorable et insupportable — en quoi il ressemble beaucoup à la Poétique Musicale d'Igor Strawinsky, qui n'est qu'un coq et arlequin à la mode de 1938 — où on pouvait lire, entre autres, que « Beethoven est fastidieux, Bach pas », parce que « Beethoven fait du développement de forme et Bach du développement d'idée », où Wagner était voué aux gémonies, où Satie était proclamé grand génie musical, parce qu'il « regarde peu les peintres et ne lit pas les poètes » et qu'il « aime à vivre où la vie grouille », ayant « l'instinct de la bonne auberge ». C'était ce livre aussi, où on pouvait apprendre que « au milieu des perturbations du goût français et de l'exotisme, le café-concert reste assez intact malgré l'influence anglo-américaine » (cela, soit dit en passant, a bien changé depuis !). En vertu de quoi, Debussy était considéré comme infesté par le wagnérisme, « égaré dans les brouillards de l'impressionnisme », tombé « de l'embûche allemande dans le piège russe », et, seuls regardés dorénavant comme grands musiciens français ceux qui, observeront de nouveau « une certaine tradition qui, pour être crapuleuse, n'en est pas moins de race », y pourraient « reprendre le fil perdu dans le labyrinthe germano-slave ».

Le groupe des six (Jean Cocteau au piano) : De gauche à droite : Darius Milhaud, Georges Auric, Arthur Honegger, Germaine Tailleferre,
Francis Poulenc, Louis Durey. 

Or, ce « manifeste », Cocteau l'a écrit en tant que chef spirituel des « Six », qui s'étaient, en vérité, trouvés pendant et tout de suite après la première guerre mondiale, s'étaient liés d'amitié et avaient décidé d'organiser ensemble des concerts de leurs œuvres. Il a suffi d'un article de Henri Collet dans Comedia pour que le sobriquet « les six » reste tenacement accolé à leurs noms. Et, pour ajouter à son manifeste littéraire des manifestes sonores, Cocteau commit tour à tour Parade, avec la musique de Satie, et puis, en 1921, Les Mariés de la Tour Eiffel, ballet monté par Jean Borlin aux Ballets Suédois, et pour lequel chacun des « six » y alla de sa bonne mesure de musique. Tout ce qui reste aujourd'hui de ces mariés, c'est une ravissante photo d'époque, montrant les « Six » au sommet de la Tour Eiffel.

Bien sûr, si je voulais continuer à tenir la gageure consistant à dire que les « Six » furent bel et bien une école, il faudrait que j'oublie que Honegger n'a jamais été autre chose qu'un puissant néoromantique allemand, Poulenc, malgré ses accès de gouape parisienne, un ravissant compositeur de pastels sonores à la manière du xviiie siècle, tantôt profanes, tantôt religieux, Milhaud, malgré certaines concordances extérieures avec les paradoxes de Cocteau, un peintre al fresco de vastes tableaux sonores, d'une grandeur de conception et d'une largeur de souffle ne devant rien à ce Satie que pourtant il déclarait beaucoup aimer. Et je pourrais, à la rigueur, ne pas oublier l'Auric des années 20, l'Auric d'avant la Sonate pour piano. C'est lui qui a, avec la première partie de son œuvre, correspondu le plus à l'image que Cocteau se faisait alors du « musicien français ». Et ce n'est certes pas le moindre paradoxe d'une vie riche en paradoxes, que ce soit précisément Cocteau qui, avec le « Sang du Poète », s'étant lui-même écarté des frasques pétaradantes de sa jeunesse, ait tant contribué à la transformation et à l'approfondissement du style musical d'Auric.

Le Groupe des Six au Sommet de la Tour Eiffel (sans Louis Durey)

Partitons

Album des Six (pour piano) : Georges Auric, Prélude ; Louis Durey, Romance sans paroles ; Arthur Honegger, Sarabande ; Darius Milhaud, Mazurka ; Francis Poulenc, Valse ; Germaine Tailleferre, Pastorale.

Les mariés de la Tour Eiffel

Les mariés de la Tour Eiffel, sont un ballet féérique avec récitant, dans la veine surréaliste, sur un livret de Jean-Cocteau et des musiques de Georges Auric, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Germaine Tailleferre. L'œuvre a été créée le 18 juin 1921 au théâtre des Champs-Élysées à Paris, par les Ballets suédois, sous la direction de Désiré-Émile Inghelbrecht, dans une chorégraphie de Jean Börling, les décors d'Irène Lagut, les costumes et les masques de Jean Hugo.

L'action se déroule au premier étage de la Tour Eiffel, un photographe tente de prendre des clichés d'un couple de mariés, mais son appareil fonctionne mal, il en sort une autruche, un chasseur, un lion du désert...

Le Groupe des Six, Les mariés de la tour Eiffel, Philharmonia Orchestra, sous la direction de Geoffrey Simon.

Ouverture « Le 14-Juillet » (Auric) ; Marche nuptiale (Milhaud) ; Discours du Général (Poulenc) ; La Baigneuse de Trouville (Poulenc) ; Fugue du massacre (Milhaud) ; Valse des dépêches (Tailleferre) ; Marche funèbre sur la mort du Général (Honegger) ; Quadrille (Milhaud) ; Trois Ritournelles (Auric) ; Sortie de la noce (Milhaud).

Linogravures attribuées à Jean Hugo (petit-fils de Victor Hugo), illustrant les mariés de la tour Eiffel (facs-similés d'après une collection privée).

Les mariés de la Tour Eiffel

Jean Hugo

Jean Hugo, les mariés de la tour Eiffel

Jean Hugo, les mariés de la tour Eiffel

Jean Hugo, les mariés de la tour Eiffel

Jean Hugo, les mariés de la tour Eiffel

Jean Hugo, les mariés de la tour Eiffel

Jean Hugo, les mariés de la tour Eiffel

Jean Hugo, les mariés de la tour Eiffel

 

Les retouvailles en 1957.

Liens

xxe siècle : Les Six, le Coq et l'Arlequin par Stéphane Villemin, site La Scena : http://www.scena.org/lsm/sm6-1/coq-fr.html

 

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Jeudi 15 Février, 2018

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