bandeau texte

S'abonner au bulletin

 

Les pianos Pleyel chez Chopin pendant sa relation avec George Sand

Alain Kohler

 

 

III. 5. La recherche des pianos par période : Été 1844 à Nohant

 

Résumé : Il est clairement attesté que, pour la première fois, deux pianos de Pleyel se trouvent à Nohant lors de l'été 1844, du 30 mai au 28 novembre (Sand part le 12 décembre). Un seul couple est validé :

Le piano à queue GPB no 10039, et le pianino à cordes obliques no 10113 sont par ailleurs les mêmes que ceux mis à disposition par Pleyel pour Chopin en hiver 1843-44 !

C'est la seule fois où Chopin ne change pas de piano à queue lorsqu'il se déplace à Nohant.

Les pianos à Nohant pendant l'été 1844

Le couple Sand-Chopin quitte Paris le 29 mai 1844. Chopin est mal en point au début du séjour car il vient de perdre son père. Il reviendra seul à Paris le 29 novembre 1844 alors que Sand quitte Nohant le 12 décembre.

Le piano droit

Peu après l'arrivée au Berry, Sand écrit à Mlle de Rozières le 7 juin :

Sol n'a pu encore prendre de leçons de Chopin. Elle joue un peu, avec plus de goût que de conscience et de plaisir que de courage. C'est-à-dire qu'elle aime à jouer le joli pianino qu'elle a dans sa chambre...36

C'est la première fois qu'un pianino Pleyel se trouve à Nohant, certainement en partie pour Solange qui vient de quitter définitivement la pension Bascans et a un précepteur cet été à Nohant.

On trouve 5 candidats qui vérifient les critères des dates mais trois peuvent être éliminés :

Le pianino no 9283 est trop vieux et à disposition du ténor Duprez. Le pianino oblique no 10160, contemporain du no 10113 a une indication au crayon « C. » qui n'est pas celle de Chopin (probablement celle de Camille Pleyel). Le piano vertical no 10223 est à l'Exposition nationale en mai-juin 1844.

Il reste alors :

Le piano vertical à cordes droites no 10408, en acajou chenillé, se trouve au magasin en mai 1844 pour 1 300 fr.. Il est vendu en décembre 1844 pour 1 200 fr.. Le piano vertical n'était plus beaucoup fabriqué à cette époque (à peine 1 % dans le RV 44-45). Chopin n'en a jamais disposé. Par ailleurs, le piano vertical, assez haut, ne correspond pas au texte de Sand lorsqu'elle parle de « joli pianino ».

Le pianino oblique no 10113 déjà rencontré. Il est au magasin en septembre 1843 pour 1 100 fr. avec une indication au crayon de « Chopin ». Il est mis en location pour le même prix à une date indéterminée, entre juillet 1844 et juin 1845. Ce pianino a une très bonne raison d'être à Nohant car dans le RV 43-44, le nom « Chopin » au crayon n'est pas effacé ce qui signifie que le piano n'était pas rendu à Pleyel à la fin juin. D'autre part, on distingue très faiblement des traces d'un nom derrière la « mise en location » dans le RV 44-45 : on voit une barre penchée qui pourrait être le « h » de « Chopin » ce qui signifierait aussi que le pianino était à Nohant le 1er juillet.

 

Il y a encore une bonne raison qui milite pour ce piano no 10113. Mr Herbault, un collaborateur de Pleyel et un ami de Chopin, dans une lettre le 21 décembre 1844 au compositeur, « déclare ne vouloir rien accepter pour le piano qui a été dans le Berry et pour la location duquel Chopin voulait payer37. » Les pianos à queue à Nohant sont mis à disposition du pianiste. La demande de Chopin concerne bien le pianino. Or Chopin n'aurait pas fait une telle demande s'il avait été choisir un pianino en mai. Le piano no 10113 a passé dans les mains de Sand et de sa fille pendant l'hiver (Chopin avait pris un autre piano, le no 10241), puis ce piano accompagne Solange à Nohant. C'est la première fois qu'un pianino arrive à Nohant et la demande de Chopin est légitime car ce pianino est bien plus pour Solange que pour lui, contrairement à Paris.

Le no 10113 est le seul piano dans le RV 44-45 où la date de location ne figure pas. Cela pourrait signifier que ce piano n'a pas changé de main. Il est fort possible que le couple Sand-Chopin, de retour à Paris, après la réponse d'Herbault, loue ce pianino pour Solange, après un an d'utilisation gratuite (Sand louera aussi son pianino no 12829 après dix mois de mise à disposition).

Le piano à queue.

Trois candidats parmi quatre ont des problèmes ! Le piano à queue PP no 10467 est prêté à Kalkbrenner puis à la pianiste Joséphine Martin. Le piano à queue PP no 10811 est prêté dès le 8 juin au pianiste Prudent. Le piano à queue GPA no 10816 est le seul exemplaire à double percussion et fera partie de l'Exposition nationale de 1844 en mai-juin.

En fait il n'y a qu'un piano à queue qui satisfait à tous les critères, c'est… le piano no 10039 mis à disposition de Chopin pendant l'hiver 1844 (!). A nouveau l'écriture du nom « Chopin » dans le RV 43-44 signifie en principe que l'artiste bénéficiait de ce piano lors de l'inventaire du 30 juin 1844.

Cela pourrait paraître une surprise car il est coutumier de penser que Pleyel attribuait de nouveaux pianos chaque fois que Chopin allait à Nohant, toutefois il n'y a pas de raison majeure justifiant une telle idée.

Il y a peut-être une bonne raison pour que Chopin prenne et son piano à queue no 10039 et son pianino no 10113 à Nohant. Le soir du 25 mai, trois jours avant le départ au Berry, il apprend la mort de son père, il a une terrible crise et ne veut voir personne38. Il a alors peut-être renoncé à passer chez Pleyel pour choisir des pianos et Sand s'est occupée de faire envoyer les pianos qu'il avait dans son appartement. Ou alors il y avait un arrangement avec Auguste Léo, Pleyel et Chopin : le banquier voulait avoir dans son salon un piano non seulement touché par le maître mais sur lequel il composait à Nohant.

Quoiqu'il en soit, les faits des registres sont là : les deux pianos que Chopin avait à Paris pendant l'hiver 1843-1844, le piano à queue GPB no10039 et le pianino à cordes obliques no 10113, ont été amenés à Nohant l'été 1844.

Notes

36. Lettre à Marie de Rozières, 7 juin 1844, CGS, t. VI, p. 564.

37. Voir note 4.

38. Sand relève : Il en (de la mort de son père) a été bien malade d'abord, et nous avons été enfermés tout hier et aujourd'hui, lettre à Pierre Bocage du 29 mai 1844, CGS, t. VI, p. 561, et : Sans le chagrin et l'indisposition de notre cher Chopin, notre départ était fixé la veille, lettre à Marie de Rozières du 7 juin 1844, CGS, t. VI, p. 563.

À propos
Contact

Recherche dans le site
S'abonner au bulletin
Liste musicologie.org
Collaborations éditoriales

rss Flux rss

Biographies
Encyclopédie musicale
Articles et études
La bibliothèque

Analyses musicales
Colloques & conférences
Universités françaises

Soutenir musicologie.org

Actualités musicales
Nouveaux livres
Nouveaux cédés
Agenda

Petites annonces
Téléchargements
Presse internationale

musicologie
ISSN 2269-9910

Références / musicologie.org 2013

musicologie

Jeudi 5 Mars, 2015 14:36

bandeau

musicologie

Soutenir musicologie.org

recherche

 

rectangle_actu

rectangle

rectangle