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Les pianos Pleyel chez Chopin pendant sa relation avec George Sand

Alain Kohler

 

III. 1. La recherche des pianos par période : Nohant, été 1839, et Paris de l'automne 1839 au printemps 1841

Résumé : Chopin et Sand, de retour de leur périple de Majorque et de Marseilles, arrivent à Nohant le 1er juin 1839 et y resteront jusqu'au 11 octobre. Le musicien a la bonne surprise de découvrir dans la maison de la romancière « un bel instrument » venant tout droit de chez Pleyel.

Il n'y a pas de doute, Chopin a joué sur le piano à queue PP no 6654, en acajou moiré, au magasin en février 1839 pour 2200 fr. et vendu à Mme Mildern à Paris en novembre 1839 pour 1'800 fr..

De retour à Paris le 12 octobre 1839 jusqu'au 17 juin 1841, Chopin donnera ses cours à 5 rue Tronchet et bénéficiera du piano à queue GP no 7267, en acajou chenillé. Au magasin en octobre 1839 pour 2'200 fr., il est racheté à ce prix par une admiratrice de Chopin, la comtesse Obreskoff, en mai 1841.

Il y a trop de doutes concernant le piano de Sand à la rue Pigalle.

Le piano à Nohant en l'été 1839

En début juin 1839 à Nohant, Sand fait la bonne surprise à son amant d'un piano neuf de chez Pleyel. A son arrivée, Chopin écrit directement à son ami Grzymala : « Tu recevras, en échange, des pilules et du lait excellent. Mon piano sera à ta disposition11. » Sand remercie Pleyel :

« J'ai l'honneur de vous accuser réception du piano que vous avez bien voulu me confier. Il est très beau et Chopin en a été d'autant plus enchanté qu'il ne s'attendait pas à trouver ce bel instrument dans les déserts du Berry… Le piano est arrivé en très bon état. Il vous sera renvoyé avec les mêmes soins lorsque Chopin retournera à Paris12. »

Il n'y a qu'un piano Pleyel envoyé. Les qualificatifs de « beau », de « très beau », d'enchantement ne peuvent être considérés, dans ce contexte, que comme ceux d'un piano à queue. On en a pour preuve la lettre de Sand à Pleyel lorsqu'elle commande ce piano en avril :

   « Je compte être en Berry le 1er mai avec Chopin, et je désirerais le surprendre agréablement en lui faisant trouver dans sa chambre un de vos pianos…. Enfin, je désirerais que ce fût un piano à queue, car depuis longtemps Chopin joue sur des pianinos et il a soif d'un instrument plus approprié à ses forces nouvelles13. »

En rejetant les vieux pianos de concert no 5471 et no 5505, terminés en février 1837 déjà, il ne reste plus qu'un seul candidat vérifiant les critères des dates :

Le piano à queue PP no 6654, en acajou moiré ordinaire, terminé le samedi 26 janvier 1839, au magasin en février pour 2200 fr., est vendu au prix de 1800 fr. à Mme Mildern à Paris en novembre 183914.

Relevons qu'il existait à Nohant un vieux piano appartenant à Solange15. Celle-ci a pu l'utiliser quelques années pour ses débuts en piano. Nous verrons que dès 1844, Chopin fit chaque année amener au Berry un piano droit de Pleyel afin que Solange puisse progresser de manière optimale.

Le piano rue Tronchet

Il est inutile de chercher tant il est connu : il s'agit du piano à queue GP n° 7267, en acajou chenillé ordinaire, 6 octaves 2/3 (do-sol), terminé en atelier le 28 septembre 1839, au magasin en octobre pour 2200 fr.. Il est vendu à ce prix en mai 1841 à Mme la Comtesse Natalia Obreskoff, née Cheremetiev, une admiratrice de Chopin et la mère de Catherine Soutzo, une élève du maître.

Le piano fut racheté par la maison Pleyel à la mort de la comtesse en 1862. Il est actuellement au musée de la musique à Paris.

Le piano de Georges Sand rue Pigalle

On peut s'intéresser au piano de Sand car à cette époque Chopin venait souvent chez elle après ses leçons. Sand habite à la rue Pigalle 16 dès le 15 octobre 1839. Son départ à Nohant est au 17 juin 1841. Elle garde cet appartement jusqu'à l'été 1842. Dans une lettre de Balzac à Mme Hanska en mars 1841, on peut lire dans un descriptif de l'appartement de Sand à la rue Pigalle :

      « Le piano est magnifique et droit, carré, en palissandre16

On ne sait pas depuis quand Sand avait un tel piano. Au moins depuis l'automne 1840, date probable du début des leçons de sa fille Solange.  Les recherches, en considérant les pianos droits et carrés en palissandre, donnent deux candidats principaux : le pianino no 7089, au magasin en mai 1840 et mis en location en octobre 1841, et le piano carré no 7913 (août 1840 - mai 1841).  Le premier a peut-être le défaut de ne pas être un piano carré, le deuxième a une date de vente un peu précoce. On vérifie aussi qu'aucun piano carré ou droit en palissandre n'est loué à cette époque : Sand aurait bien sûr pu louer un piano car peut-être ne bénéficiait-elle pas des mêmes faveurs que Chopin. En tout cas, on ne retrouve pas le nom de Sand comme acheteuse.

Il y aurait encore, pour 2100 fr., un piano carré de luxe no 7106 (juin 1839 - juillet 1842). Malgré qu'il soit en acajou moiré (Balzac a pu se tromper..), les dates correspondent au séjour complet de Sand à la rue Pigalle. Peut-être que Pleyel, malgré un refroidissement passager avec Chopin, a voulu faire plaisir aux amants lors de le retour de leur périple en leur mettant à disposition le piano à queue GP no 7267 à 2200 fr. pour Chopin et le « magnifique » piano carré no 7106 à Sand.

Il est à noter que les pianos carrés trouvés seront tous vendus avant septembre 1842. Cela signifie que si Sand avait un carré chez elle à Pigalle, cela n'est pas celui dans l'appartement de Chopin en automne 1842.

Remarque importante : pour la période de l'été 1841 au printemps 1843, les quelques candidats sont plus difficiles à départager par les critères habituels. On considère alors des critères complémentaires basés sur les venant des pianos trouvés avec certitude, à savoir :

  • Chopin choisit des pianos récents
  • Les pianos utilisés par le maître sont rapidement loués ou vendus
  • L'acheteur est de préférence un Parisien
  • Chopin utilise à Nohant des pianos « petit patron »

Notes

11. Lettre de Chopin à Albert Grzymala du 2 juin 1839, CFC, t. II, p. 340.

12. Lettre de Sand à Camille Pleyel du 10 juin 1839, CGS, t. IV, p. 674-5.

13. Lettre de Sand à Camille Pleyel du 2 avril juin 1839, CGS, t. XXV, p. 332-3.

14. Dans le RV 39-40, au lieu d'être à l'inventaire, le piano est indiqué rentré au magasin en février (1840) ce qui est un non sens : c'est une erreur, il s'agit bien de février 1839. 

15. Sand écrit à sa fille Solange le 18 juillet 1841 : Léontine (la fille de son beau-frère Châtiron) s'est mise en tête d'apprendre le piano. Je lui ai prêté ton grand vieux piano, elle l'a fait accorder…. CGS, t. V, p. 374.

19. Rambeau,  p. 576. Chopin donnait ses leçons en fin de matinée jusque vers 4 heures rue Tronchet puis serendait chez Sand.

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