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Les pianos Pleyel chez Chopin pendant sa relation avec George Sand

Alain Kohler

 

 

III. 10. La recherche des pianos par période : Paris, hiver-printemps 1846-1847

Résumé : Chopin quitta Nohant définitivement le 11 novembre 1846.

De la mi-décembre au début mars 1847 (certainement) il disposa du piano à queue PP no 12480, en palissandre riche, mis au magasin le 15 décembre pour 2 500 fr. et vendu le 24 mai 1847 pour 2 160 fr..

Du début mars 1847 jusqu'en février 1848, il utilisa le piano à queue PP no 13214, en acajou chenillé, rentré le 1er mars au magasin pour 1 800 fr. et mis en location en février 1848 pour 1 380 fr..

Le deuxième piano de Chopin fut probablement le piano carré no 12608, en acajou moucheté, entré au magasin le jour de son arrivée à Paris le 12 novembre pour 1 600 fr. et vendu au même prix à Mr Bouchan à Aubenas le 29 juin 1847. Il a pu servir de transition comme premier piano du 12 novembre à la mi-décembre. D'autres scenarii ne sont pas à exclure.

Chopin arrive à Paris le 12 novembre 1846 et ne retournera plus jamais à Nohant. Sand décide de rester le plus possible au Berry et ne sera à Paris que du 6 février au 6 avril et du 1er au 15 juin 1847. La rupture du couple célèbre est prononcée par lettres à la fin juillet 1847.

Les pianos à queue

Dans le RV 46-47, le piano à queue PP no 13214, en acajou chenillé, terminé au 27 février 1847, est mis le 1er mars au magasin pour 1 800 fr. et le mot au crayon « Chopin » est bien indiqué. Il est mis en location en février 1848 pour 1 380 fr..

Désirant changer de piano, Chopin a certainement utilisé ce piano directement. En effet, s'il n'avait pris ce piano que fin mai, Pleyel l'aurait mis à disposition d'un autre artiste comme il l'avait fait avec les no 10039, 10113 et 11265. D'autre part, le 1er mars est son jour d'anniversaire…

Nous devons donc admettre que Chopin a bénéficié au moins d'un autre piano à queue avant celui-ci, ce qui est exceptionnel. On a trouvé une attestation autographe du célèbre violoniste Delphin Alard qui dit :

Je certifie que le Piano d'Ignace Pleyel no 12480, qui a été ma propriété pendant de longues années, a été également la propriété de Chopin plusieurs années. D Alard. Prof. au Conservatoire. 12480. C'est bien 12480 – D Alard66.

C'est donc le piano à queue PP no 12480, en palissandre riche, grosses moulures et baguettes, terminé au 19 décembre 1846, mis au magasin le 15 décembre pour 2 500 fr.. Il est vendu à M. Cubain à Paris le 24 mai 1847 pour 2 160 fr..

Alard a donc fortement exagéré la durée d'utilisation de ce piano par Chopin car celui-ci n'a pu l'avoir à disposition au maximum cinq mois mais selon toute vraisemblance seulement deux mois et demi67 ! On pourrait même mettre en doute les propos d'Alard, d'autant plus que ce piano est le seul à ne pas bénéficier d'une inscription « Chopin ».

Notre recherche va concerner un piano à queue terminé avant la mi-novembre et loué ou vendu après le 1er mars. Il y a plusieurs candidats mais peu sont crédibles si on se réfère aux quelques critères que nous pouvons dégager a posteriori : les pianos de Chopin ont moins de quatre mois d'âge et ils sont vendus ou loués dans le mois qui suit après leur remise à Pleyel.  Il ne reste alors plus que deux candidats, les pianos GP 13288 et 13291 à 7 octaves, terminés fin octobre, au magasin pour 2 600 fr. et vendus à Ducci à Florence pour 1 850 fr. le 1er avril. Il y a peut-être des inscriptions qui ont été effacées mais impossible de savoir lesquelles. Et puis un piano GP à 7 octaves dans le salon de Chopin paraît peu probable.

Ainsi le piano PP no 12480 se voit confirmer à défaut de mieux.

Chopin a donc dû avoir un autre piano entre son arrivée à Paris le 12 novembre et l'arrivée au magasin du no 12480 le 15 décembre. Le piano à queue PP no 12881 qu'il a ramené de Nohant a été vendu le 28 décembre si bien qu'il serait envisageable comme piano de relais. Mais on voit mal ce piano, secoué par le voyage, arrivant chez Pleyel, repartir au square d'Orléans chez Chopin.

Le deuxième piano

Il n'y a aucune raison de penser que Chopin ne disposât point d'un deuxième piano. Chopin est un homme d'habitudes. On en trouve d'ailleurs la preuve dans un témoignage d'une de ses élèves, Emilia Borzecka :

Je suis allée chez lui seulement pour quelques leçons. C'était, autant que je m'en souvienne, à la fin de 1846 ou au commencement de 1847. Chopin était déjà très malade à cette époque si bien que pendant les leçons il ne parlait presque pas du tout, mais, assis à un second piano, il jouait certains passages comme il souhaitait qu'ils fussent exécutés68.

Comme candidats, nous trouvons trois beaux pianos carrés (qu'on ne peut exclure, Chopin en ayant un l'hiver 1842-43), les no 12081, 12150 et 12608 et deux pianinos, les no 12955 et 12980. Un net favori se dégage concernant les dates :

Le piano carré no 12608, en acajou moucheté, à perles et pente sculptée, terminé au 7 novembre 1846, entre au magasin le 12 novembre pour 1 600 fr.. Il est vendu à ce prix à Mr Bouchan à Aubenas le 29 juin 1847.

Certes Aubenas n'est pas Paris mais ce piano est mis (et c'est le seul) au magasin le 12 novembre, jour de l'arrivée de Chopin à Paris ! Sa vente se fait le 29 juin soit peu après le départ de Sand au Berry, le 16 juin.

Même si, comme pour le no 12480, il ne figure pas d'inscription « Chopin », le piano carré no 12608 a donc de bonnes chances d'être chez Chopin au square d'Orléans du 12 novembre 1846 à la fin juin 1847. Il a aussi probablement servi de transition comme premier piano jusqu'au 15 décembre69.

Notes

66. Eigeldinger, p. 240-1. La répétition du numéro vient du fait qu'il avait écrit un mauvais numéro (12340 semble-t-il) dans l'attestation et qu'il a réécrit par-dessus le 12480 mais ce n'est pas très lisible.

67. Ce piano était tablé, monté en cordes et clavier installé au 24 janvier 1846. Dans le RV 45-46, il y a déjà son prix à 2'400 francs mais pas de date de mise au magasin ! Il est ferré au 11 juillet, soit 6 mois après le montage des cordes, fini et verni seulement au 12 décembre et harmonisé au 19 décembre 1846. Ce piano a dû donc avoir quelques problèmes à la fabrication.

68. Rambeau, p. 761.

69. Le scenario le plus cohérent est le suivant. Quand Chopin arrive le 12 novembre à Paris, Pleyel voulait lui fournir un très joli piano à queue petit patron, le no 12480 (à 2 500 fr. contre 1 800 fr. habituellement !), mais celui-ci n'est pas terminé. Le très beau piano carré à 3 cordes et avec perles, le no 12608 (à 1'600 fr. !) servira transitoirement de premier piano pour ses élèves pendant un mois. Puis il servira de deuxième piano. Le piano no 12480 est un choix de Pleyel mais Chopin n'en est pas content et il change de piano à queue en début mars.

Chopin donne des leçons au moins jusqu'au 8 juin 1847. Sand part à Nohant le 16 juin où Chopin doit la rejoindre trois semaines plus tard. Chopin s'occupe alors d'envoyer un piano à queue au Berry. Le pianino no 12829 est resté à Nohant si bien que Chopin n'a pas besoin d'envoyer un piano droit. Le compositeur ne donnant plus de cours peut dans un premier temps rendre son piano carré à Pleyel. Il garde encore son piano à queue no 13214 jusqu'à la fin de son séjour à Paris… mais, on le sait, suite à des tragiques événements familiaux dans la première quinzaine de juillet, Chopin ne retournera jamais dans le Berry.

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