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Les pianos Pleyel chez Chopin pendant sa relation avec George Sand

Alain Kohler

 

 

III. 4. La recherche des pianos par période : Été 1843 à Nohant et hiver 1843-1844 à Paris

Résumé : Il est clairement attesté qu'il n'y eut qu'un piano Pleyel à Nohant pendant le séjour de Sand, de sa famille et de Chopin du 22 mai au 28 novembre 1843, Chopin étant rentré un mois auparavant mais en laissant le piano à queue sur place.

Le piano à queue PP no 9968, en acajou flammé, à 1800 fr., terminé au 13 mai 1843 et mis en location en décembre 1843 pour 1 400 fr., est le piano recherché.

Chopin est à Paris le 29 octobre 1843 (Sand le rejoint un mois plus tard) et y restera jusqu'au 29 mai 1844. Le piano à queue ne fait aucun doute :

C'est le piano à queue GPB nono 10039, en palissandre, au magasin en juin 1843 pour 2 800 fr., qui se trouve à disposition d'Auguste Léo dès l'automne 1844. Il est loué finalement en novembre 1849.

Chopin dispose d'un deuxième piano :

Le pianino oblique no 10113, en acajou chenillé, qui est terminé le 19 août 1843. Il est au magasin en septembre 1843 pour 1 100 fr.. Il est mis en location pour le même prix après le 1er juillet 1844.

Dès janvier, il a un troisième piano :

Le piano oblique no 10241, en acajou riche chenillé, est mis au magasin en janvier 1844 pour 1'300 fr. et est vendu à ce prix à M. Lestari( ?) à Gonesse (tout proche de Paris) en juin 1844.

Un de ces deux pianos est certainement mis à disposition de Sand et de sa fille Solange dès janvier.

Le piano à queue de l'été 1843 à Nohant

En été 1843, le couple Sand-Chopin arrive le lundi soir 22 mai à Nohant.  Dans les différentes correspondances, Sand ne mentionne qu'un piano :

Le piano est arrivé et résonne de temps en temps28

Chopin part de Nohant avec Maurice le 28 octobre, Sand et Solange reste jusqu'au 29 novembre et le piano reste aussi :

Solange joue du piano avec fureur depuis ce matin. Elle prétend que vous, Chopin, l'avez autorisée à garder le piano quelques jours, et l'idée de propriété lui donne du zèle.29

Nous trouvons six candidats correspondant aux dates. Les trois premiers, no 9726, 9727 et 9827, doivent être éliminés car ce sont des pianos de concert destinés à promouvoir la maison Pleyel.  Il reste alors trois candidats :

Le piano à queue GPB no 9863, en palissandre, au magasin au début avril pour 2 700 fr., ne sera loué qu'en octobre  1844 avec une forte dévaluation de prix à 1 500 fr.. C'est un piano grand patron et son prix a curieusement chuté.

Le piano à queue GPB no 9865, en acajou moucheté, au magasin en avril pour 2 600 fr., noté « Léo » au crayon dans le RV 43-44, il est vendu en juillet 1844 à Mr Robinot toujours pour 2 600 fr.. De nouveau un grand patron30. Par contre l'annotation de « Léo » se discute. Auguste Léo, banquier et ami de Chopin, n'a acheté que deux pianinos, l'un en 1835, l'autre en 1837. Il n'achète pas ce piano no 9865, ni le piano de Chopin no 10039 l'année suivante. Ils sont mis les deux à disposition par Pleyel pour son salon. Auguste Léo n'a-t-il pas voulu avoir pour ses concerts privés un piano sur lequel Chopin a composé des œuvres majeures ?

Le piano à queue PP no 9968, en acajou flammé, terminé au 13 mai 1843, au magasin ce même mois pour 1 800 fr., est mis en location en décembre pour 1 400 fr.. Petit patron, terminé huit jours avant le départ du couple Sand-Chopin pour le Berry, loué juste après le retour du piano en début décembre, c'est tout simplement le candidat parfait ! Et pour couronner le tout, on distingue, certes faiblement, sous le texte « Passé en location » le nom au crayon de « Chopin ». Il n'y a plus de doute : ce piano est bien celui au Berry pendant cet été 1843.

Les pianos à Paris pendant l'hiver 1843-44

Chopin arrive à Paris le 29 octobre 1843 (Sand arrivera un mois plus tard). Chopin commence certainement tout de suite les leçons car Sand relève dans sa lettre à Grzymala du 26 octobre :

 Il n'a jamais d'avances, tout en gagnant beaucoup d'argent. Il est donc possible qu'il soit gêné en arrivant à Paris, en attendant le paiement des premières leçons. Il prétend ne pas vouloir que je lui prête quelques cents francs pour les premiers jours31

Il n'y aucun doute sur le piano à queue :

Le piano à queue GPB no 10039, en palissandre avec grosses moulures, terminé au 24 juin 1843, au magasin le même mois pour 2'800 fr., avec l'indication claire au crayon « Chopin » dans le RV 43-44, est toujours noté 2'800 fr. dans le RV 44-45 avec l'indication à la plume « Chez Mr Léo à l'inventaire ».

Dès l'automne 1844 ce piano restera dans les salons d'Auguste Léo quelques années avant d'être loué pour 1 400 fr. en novembre 184932.

Pour le deuxième piano, il est communément admis que c'est le pianino oblique no 10113, en acajou chenillé, terminé le 19 août 1843. Il est au magasin en septembre 1843 pour 1 100 fr. et il a, comme le piano à queue, une indication au crayon « Chopin s. Il est mis en location pour le même prix après le 1er juillet 1844.

L'indication « Chopin » sur le no 10113 masque un autre nom commençant par « M ». Cet artiste a pu donc avoir ce piano en septembre et octobre. Le fait que le nom Chopin n'ait pas été effacé lors de l'inventaire signifie certainement qu'il disposa de ce piano jusqu'à fin juin, donc qu'il le prit à Nohant : nous reviendrons là-dessus.

En fait les choses se compliquent un peu. Le piano oblique no 10241, en acajou riche chenillé, terminé au 6 janvier 1844, est mis ce même mois pour 1'300 fr. au magasin et vendu à ce prix à Mr Lestari ( ?) à Gonesse (15 km au Nord de Paris) en juin 1844. Or, sous le nom de l'acheteur, on distingue clairement le nom de « Chopin » ! Celui-ci partant fin mai, la date de vente est cohérente.

Ce piano fut peut-être mis à disposition par Pleyel, via Chopin, à Sand et sa fille Solange. Cette dernière faisait des progrès considérables. Mais plus probablement Chopin lui a prêté dès janvier le no 10113 et a pris le no 10241 : on verra que le no 10113 sera du voyage à Nohant et que Solange « aimait à jouer ce joli pianino. » Quoiqu'il en soit Solange a ainsi un nouveau et bon piano à disposition pour ses études33.

Rappelons que Chopin fait un court séjour à Paris du lundi 14 août au jeudi 17 août 1843 pour notamment amener Solange à Nohant. Le no 10113 est verni au 12 août et terminé au 19 août. Il est fort possible que Chopin soit passé chez Pleyel pour le réserver et que Pleyel lui ait présenté sa nouvelle offensive médiatique : prêter aux pianistes célèbres ses plus beaux pianos34 Chopin a pu ainsi choisir, parmi plusieurs GPB, le no 1003935.  

 

Notes

28. Lettre de Sand à Maurice du 6 juin 1843, CGS, t. VI, p. 156.

29. Lettre de Sand à son fils du 29 octobre 1843, CGS, t. VI, p. 259.

30. Nous verrons toutefois que le piano à queue no 10039 est à Nohant en été 1844 et c'est un GPB aussi. Toutefois il était déjà en possession de Chopin l'hiver précédent, ce qui n'est pas le cas du no 9865.

31. CGS, t.VI, p. 251. On retrouve la même idée aux pages 253 et 254.

32. Ce piano est retourné en usine en 1847 pour passer à 7 octaves mais il est fort possible qu'il soit revenu dans les salons de Léo jusqu'en octobre 1849, date de la mort de Chopin.

33. Le témoignage d'un anonyme (Rambeau p. 658) décrit l'appartement de Sand : Grande pièce dans laquelle il y a eu pendant longtemps un billard dans le temps où elle avait la rage du billard, il y a souvent un petit piano droit appartenant à Chopin… Elle va dîner tous les jours chez Mme Marliani. Cette description ne peut pas dater de l'hiver 1842-1843 car Sand avait encore son billard. Elle est également antérieure à l'été 1844 car Mme Marliani a déménagé assez loin. Sand d'ailleurs renonce à la voir tous les soirs car le phalanstère n'est guère commode sous des toits différents(Lettre de Sand du 22 novembre 1844, CGS, t. V, p. 706). La description de l'appartement doit donc dater du printemps 1844. Le texte dit bien que le piano droit appartenait à Chopin, donc mis à disposition du pianiste.

34. Le no 9726 de concert avec 7 octaves pour Prudent et d'autres, le no 9727A pour Waldmuller, le no  9858A pour Joséphine Martin, le no 9865B pour le salon du banquier Auguste Léo, les no 9860A et no 10038B à d'autres pianistes, etc…

35. Pour ses affaires d'éditions, il se peut que Chopin ait rencontré Auguste Léo : il a donc pu lui choisir le no 9865B pour son salon. Le no 10039 le remplacera l'année suivante. Notons aussi que la Comtesse Obreskoff achète en septembre 1843 le piano à queue PP no 10030 pour 2 100 fr. (alors qu'elle a déjà le piano no 7267 ayant appartenu à Chopin !) et le piano vertical no 10112. La proximité des numéros avec ceux de Chopin laisse songeur.

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