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Les pianos Pleyel chez Chopin pendant sa relation avec George Sand

Alain Kohler

 

 

III. 7. La recherche des pianos par période : Nohant en 1845

Résumé : Chopin et Sand seront à Nohant le 13 juin 1845. Le musicien quittera le Berry le 27 novembre et son amante partira le 2 décembre. Le piano à queue est bien indiqué dans les archives :

C'est le piano à queue PP no 11527, en acajou flammé. Il est au magasin en avril 1845 pour 1 800 fr. puis passe à la location en décembre 1845 pour 1 400 fr..

Il est clairement attesté qu'un piano droit de Pleyel se trouve à Nohant :

C'est selon toute vraisemblance à nouveau le pianino à cordes obliques, no 10113, en acajou chenillé. Ce piano avait été certainement loué par Sand pour sa fille Solange en décembre 1844.

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Le couple Sand-Chopin quitte Paris le 12 juin 1845. Chopin reviendra seul à Paris le 28 novembre 1845 alors que Sand quitte Nohant le 2 décembre, passe par Chenonceaux et arrive à Paris le 9 décembre.

Au milieu de l'été 1845, Chopin écrit de Nohant à Mlle de Rozières :

Ici, on ne va pas mal, exceptés les pianos, dont un ne fait rien du tout et l'autre    très peu. Le très peu est le mien, bien entendu43

Cela atteste qu'il y a deux pianos Pleyel. Le piano à queue est bien connu puisque les archives l'indiquent clairement « Chez Chopin (en Berry) à l'inventaire ». C'est le PP no 11527, en acajou flammé. Harmonisé au 8 mars, au magasin en avril44 pour 1 800 fr., il passe à la location en décembre 1845 pour 1 400 fr.. Notons que le nom au crayon sous le mot « Chez » correspond au pianiste Goria qui disposera de ce piano en avril et en mai juste avant Chopin45.

Dans le RV 45-46, on peut juste deviner le mot « Chopin » sous le « Passé à la location », ce qui ne fait que confirmer que ce piano a été utilisé à Nohant.

On notera par ailleurs le mécontentement de Chopin sur l'état de son piano. Déjà le 16 juillet il écrivait :

Je ne joue pas beaucoup, mon piano est désaccordé46

Certes le voyage a joué un rôle mais on peut aussi penser que le piano, en main de Goria jusqu'au dernier moment en juin, n'a pas pu être testé par Chopin avant son départ.

Le deuxième piano Pleyel est certainement un piano droit : c'est le cas à Majorque en 1839, à Nohant en 1844 et, on le verra, en 1846. Par ailleurs, Maurice Sand dessine Chopin et Pauline Viardot en 1845 autour d'un piano droit47.

Deux prétendants sont à rejeter : le pianino no 11612 est loué en novembre ce qui est trop tôt et le piano vertical no 11706 est noté dans le RV 44-45 « Chez Mr C. Pleyel à l'inventaire».

Il ne reste alors plus que le pianino à cordes obliques no 11505, en palissandre uni, qui est terminé au 8 mars 1845. Il rentre au magasin en mars pour 1 500 fr.. Il est mis en location (traces de grattage de texte dessous) en décembre 1845 pour 800 fr. seulement. Cette dévaluation peut être mise en relation avec les propos de Chopin qui dit que ce piano ne fait rien du tout. Il est loué en décembre, comme le PP no 11527,  soit juste après l'arrivée de Chopin à Paris.

Tout semble concorder mais les éléments suivants vont rendre sa présence à Nohant plus qu'improbable :

  • Il est déjà au magasin en début mars et ce serait le seul « vieux » piano qui ne soit pas mis à disposition d'un autre pianiste avant d'être prêté à Chopin trois mois plus tard (on pense ici aux pianos GPB no 10039, oblique no 10113 et PP no 11527).
  • Plus grave, les quatre pianos no 11502 à 11505 ont connu des problèmes car ils sont fortement dévalués. On note en particulier que le no 11504, au magasin en mars, est vendu le même mois au prix de 1 500 fr. puis la vente est annulée, on retrouve ce piano à l'inventaire à juillet à 1 000 fr. et il est revendu à la même personne toujours en juillet pour seulement 810 fr. ! Le no 11505 voit aussi passer son prix de 1 500 fr. à 1 000 fr. en début juillet, ce qui voudrait dire qu'il était au magasin à cette date avec le no 11504 !

Les pianos no 11502, 11504 et 11505 dans le RV 45-46

  • Il paraîtrait pour le moins singulier que Chopin choisisse un mauvais piano, par ailleurs plutôt cher pour un second piano, ce qui n'est pas dans ses habitudes. Le fait qu'à Nohant ce piano « ne faisait rien du tout » peut être imputable en partie au transport.
  • Mais surtout, dans aucun des deux registres, on ne voit pas l'inscription « Chopin ». Il y a bien des signes de grattage dans le RV 45-46 mais si le mot « Chopin » avait été effacé, on aurait vu un grattage sous la ligne d'écriture pour effacer la lettre « p », ce qui n'est pas le cas. Or tous les pianos trouvés de Chopin ont, dans le livre de vente de 1843 à 1850, cette indication « Chopin ».

Alors le pianino à cordes obliques no 11505, qui paraissait être le seul candidat possible, n'était pas à Nohant en 1845.

Le scénario le plus vraisemblable est le suivant :

  • Le pianino à cordes obliques no 10113, utilisé pendant l'hiver 1843-44, est passé à Solange pour ses études. On sait qu'il est à Nohant en été 1844 où Solange aime à jouer le joli pianino qu'elle a dans sa chambre. Pleyel, par l'intermédiaire d'Herbault, ne veut pas recevoir d'argent pour ce piano dans le Berry.
  • Toutefois Sand, de retour à Paris en décembre 1844, décide de louer ce même piano pour sa fille Solange. Il est repris à Nohant cet été 1845. Sa relative « vieillesse » et le transport font qu'il est mal en point. En conséquence, Chopin choisira pour Solange l'été suivant un autre pianino.
  • Quand Chopin parle du piano à queue à Mlle de Rozières, il mentionne :  Le très peu est le mien, bien entendu. Cela pourrait laisser sous-entendre que l'autre n'est pas le sien, non seulement à Nohant, mais aussi à Paris puisqu'il parle à une familière du couple restée dans la capitale.

Il est donc plus que probable que c'est le pianino no 10113 qui était à Nohant cet été 1845.

Notes

43. Lettre de Chopin à Mlle de Rozières du 19 août 1845, CFC, t. III, p. 217.

44. Dans une lettre du 10 avril 1845, Chopin disait Je pars dans 10 ou 20 jours, CFC, t. III, p.195. Cela peut expliquer une réservation précoce du piano.

45. Goria aura par la suite à disposition le piano PP no 11861 jusqu'en septembre 1845. Celui-ci est verni au 24 mai mais le clavier est mis dans la semaine du 9 au 14 juin. Or Chopin part le 12 juin de Paris. On peut donc penser que Goria a utilisé le piano no 11527 jusqu'au départ de Chopin. Goria aura dès octobre 1845 le PP no 11991 qu'il utilisera de nombreuses années.

46. Lettre de Chopin à sa famille du 16 juillet 1845, CFC, t. III, p. 200.

47. Le croquis, faussement daté de 1844 car Pauline n'est pas à Nohant, est probablement de 1845. Solange écrit à Mlle de Rozières le 3 juillet 1845 (CGS, t. VII, p. 9) : Maurice a fait deux portraits de Mme Viardot.

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