Michel Rusquet : Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte
Les quintettes à cordes de Ludwig van Beethoven

Contrairement à Mozart, Beethoven n’a pas apporté une contribution très substantielle au répertoire du quintette à cordes. On ne compte guère que trois œuvres de sa main dans ce genre, dont deux ne sont que des transcriptions. Il s’agit d’une part du quintette opus 4, de 1796, qui correspond à la réduction pour quintette à cordes, avec d’importantes modifications à la clé, de son octuor pour vents écrit en 1792 et publié bien plus tard sous le numéro d’opus 103 ; et d’autre part du quintette opus 104, transcription tardive (1817) et assez peu convaincante de son trio avec piano en ut mineur opus 1, no 3.
À côté de ces deux partitions assez mineures, un « vrai » quintette à cordes, l’opus 29 en ut majeur, composé dans les années 1801-1802, chef-d’œuvre de Beethoven dans le genre. « C’est une œuvre particulièrement vaste, puissante de sonorité et supérieurement contrôlée, avec un développement thématique sans à-coup, un adagio lyrique, un scherzo inventif et l’un des finale les plus orageux et réussis du premier Beethoven. »166 L’œuvre n’atteint certes pas le niveau des grands quintettes de Mozart, mais s’impose indiscutablement par son originalité de style et par ses accents souvent vigoureux et dramatiques.
Ludwig van Beethoven, Quintette opus 29 en ut majeur, par Benjamin Bowman, Cornelia Löscher, Steven Dann, Michel Camille, Richard Lester, enregistrement de concert, 2011.Signalons par ailleurs une fugue en re majeur, composée pendant l’année noire 1817 et publiée bien plus tard, d’où son numéro d’opus décalé, 137. C’est une pièce magistrale par son écriture contrapuntique, mais trop brève pour prétendre donner la vraie mesure du génie du compositeur à cette époque. Rappelons également, hélas pour mémoire, qu’une des toutes dernières compositions entreprises par Beethoven peu avant sa mort était celle d’un quintette en ut majeurdont ne nous sont parvenues que les esquisses. On se prend à rêver de ce qu’aurait pu être un tel testament…
Michel Rusquet
5 novembre 2019
© musicologie.org.
Notes
166. Szersnovicz Patrick, dans « Le Monde de la musique » (235), septembre 1999.


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