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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte

Le concerto pour piano no 5, opus 73, « l'empereur », de Ludwig van Beethoven

beethoven

C’est « l’autre » très grand concerto de Beethoven, et certainement le plus célèbre des cinq concertos pour piano. « Grand », voire grandiose, il l’est assurément. Ici, « l’écriture orchestrale et pianistique vise la puissance, l’éclat ; le piano, traité symphoniquement, rivalise avec l’orchestre. Le premier mouvement débute par une cadence du soliste, c’est encore une introduction beethovénienne, étonnante d’audace. Symphonique est non seulement la facture pianistique de l’œuvre, mais ses dimensions : presque 600 mesures pour l’allegro dont le développement, dominé par le second thème, parcourt un immense cycle harmonique. »208  On a justement relevé que cette œuvre renoue avec la tonalité de la symphonie « héroïque » qui « marquait, déjà, un élargissement des normes formelles de la symphonie vers une très large échelle et dont la grandeur épique aspirait, à un même degré, à l’universalité. »209  Grandeur, également, dans le caractère hymnique et serein de l’adagio central, méditation d’une noblesse et d’une élévation spirituelle admirables, avant le déchaînement du célébrissime rondo final. Celui-ci, « quasi-monothématique, mais d’une prodigalité inépuisable et d’une longueur rare (due au vaste épisode central fortement modulant…) abandonne tout à fait le caractère de divertissement propre au genre, tout comme l’avait fait le finale du quatrième concerto. »210  Et l’éclatante coda, dans une péroraison étonnamment dramatique, conclut sur une note triomphale cette œuvre lumineuse et profonde, d’un équilibre souverain, après laquelle Beethoven  allait peu à peu s’éloigner de toute démonstration publique de talent personnel au profit d’une production de plus en plus ambitieuse, abstraite et introspective.

Ludwig van Beethoven, Concerto no 5 en mi bémol majeur opus 73 « l’empereur », par Nelson Freire et l'orchestre de la Gewandhaus de Leipzig, sous la direction de Ricardo Chailly.


signature de Michel RusquetMichel Rusquet
17 décembre 2019
© musicologie.org.

Notes

208. Boucourechliev André, Beethoven, « Solfèges », Éditions du Seuil, Paris 1963, p. 55.

209. Brissaud Pascal, dans « Répertoire » (110), février 1998.         

210.  Ibid
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