musicologie
jeudi 31 août 2017
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Musique de chambre à Giverny : Le mythe et la musique

Lisa Strauss et Marcel CaraLisa Strauss et Marcel Cara. Photographie © musicologie.org.

Tous les ans, à l'initiative et sous la direction du violoncelliste Michel Strauss, musique de chambre à Giverny réunit en résidence une trentaine de musiciens, des juniors parmi les plus prometteurs de leur génération et quelques séniors blanchis sous le pupitre, dans un répertoire exigeant, avec une bonne dizaine de concerts. Cette 14e session 2017 s'est tenue du 17 au 27 août. Les thèmes en étaient « La route de la soie et les Mille et une nuits », « Musique en révolution ». Franghiz Ali-Zadeh, compositrice azerbaïdjanaise en était l'invitée.

Concert du 19 août, église de Giverny ——

Maurice Ravel, Introduction et allegro pour harpe, avec accompagnement de quatuor à cordes, flûte, clarinette, commande de la maison Érard, composés en 1905, créés le 22 février 1907 à Paris.

Adriana Ferreira (flûte), Marcel Cara (harpe), Bogdan Sydorenko (clarinette), Aylen Pritchin (violon 1), Luka Ispir (violon2), Xavier Jeannequin (alto), Lisa Strauss (violoncelle).

En 1903, le facteur d'instruments Pleyel commande une œuvre à Claude Debussy pour mettre en valeur sa toute nouvelle harpe à 2 plans de cordes (toutes les notes), permettant d'éviter le recours aux pédales chromatiques et de gagner en rapidité d'exécution. Debussy livre en 1904 ses Danses sacrée et profane avec accompagnement d'orchestre à cordes. La maison Érard, le principal fabricant des harpes à pédales de l'époque ne s'en laissant pas compter, commande une pièce à Ravel afin de faire entendre de quel bois se chauffent ses propres instruments. Une concurrence ancienne entre les deux maisons : Chopin étant le champion des pianos Pleyel et Liszt celui des pianos Érard (le pacifiste Charles Valentin Alkan jouait les deux).

Bogdan Sydorenko et Adriana Ferreira. Photographie © musicologie.org.

En deux coups et quatre mouvements, la harpe, instrument antique et universel, a ainsi gagné son diplôme de concertiste du grand répertoire, après avoir été sage accompagnatrice et coloriste harmonique de l'orchestre.

Ravel ne semble pas avoir donné beaucoup d'importance à son Introduction et Allegro (enchaînés), il n'a pas inscrit cette œuvre à son catalogue, ne la mentionne pas dans son esquisse autobiographie.

Vladimir Jankélévitch, le philosophe amoureux des œuvres ravéliennes, note au sujet de celle-ci le retour au style mélodieux facile et brillant, le déluge des arpèges ruisselants, ce qu'on ne peut reprocher à cet instrument, sans compter les glissades vertigineuses et les fusées. Et comme tout le monde, la grâce et l'élégance de cette belle pièce de concert, un concerto pour harpe, dans lequel, toutes les possibilités de l'instrument sont passées en revue.

Sharon Coste. Photographie © musicologie.org.

Manuel de Falla, Psyché. Pour voix, flûte, harpe et trio à cordes, sur un poème de Georges Jean-Aubry, composée en 1924 sous la direction du compositeur, créée en 1925 à Barcelone, dédicacée à Louise Alvar.

Sharon Coste (soprano), Adriana Ferreira (flûte), Marcel Cara (harpe), Aylen Pritchin (violon), Xavier Jeannequin (alto), Lisa Strauss (violoncelle).

Né à Cadix en 1876, Manuel de Falla  semble avoir toujours cherché sa voie. Comme pianiste il est en concurrence avec des monstres de l'instrument tels Enrique Granados, Issac Albéniz ou Ricardo Viñes. Son ange gardien lui a dit « laisse tomber Manuel ! » Ce qu'il a fait. L'intérêt qu'il porte à la musique tzigane, « le chant profond » n'attire pas les foules, pas plus que sa période des zarzuelas (théâtre lyrique populaire espagnol), qui ne rapportent ni peseta ni centimo. Lorsque la nuit tombe sur l'Espagne, il est célèbre, le cœur républicain et la foi catholique. Il saisit alors une bonne occasion qui lui est offerte à l'Institut culturel espagnol de Buenos Aires. Il quitte définitivement l'Espagne.

L'amour interdit entre Psyché et Cupidon, avant de devenir un mythe travaillé par notre goût millénaire du symbolisme, est à l'origine une histoire rapportée dans Les métamorphoses ou L'âne d'or d'Apulée, auteur d'origine berbère, ayant vécu de 125 à 180 de notre ère. Imagination de l'écrivain ? Conte de tradition orale romaine ? Arabe ? Berbère ? Cela ne préoccupe pas De Falla, qui dans l'envoi à la dédicataire, en exergue de partition, explique qu'il a imaginé un petit concert à l'Alhambra de Grenade, dans le boudoir de la reine (tocador de la Reina), quand Philippe V et sa femme Isabelle Farnèse y séjournèrent, en 1730 (de sages amours interdites). Si ce n'est pas de la musique espagnole du xviiie siècle, ajoute-t-il, c'est au moins celle qu'il a imaginée … Quelque peu inspiré de Debussy, dans la belle mélodie faussement archaïsante et le généreux scintillement orchestral.

Xavier JeannequinXavier Jeannequin. Photographie © musicologie.org.

Claude Debussy, Danses pour harpe chromatique avec accompagnement d'orchestre à cordes.  1. Danse sacrée, 2. Danse profane, commande de la maison Pleyel (dédicacées à Gustave Lyon son directeur), composées en avril-mai 1904, créées le 6 novembre 1904 à Paris, morceaux de concours au Conservatoire de Bruxelles la même année.

Marcel Cara (harpe), Jean-Édouard Carlier (contrebasse), Aylen Pritchin (violon 1), Luka Ispir (violon 2), Xavier Jeannequin (alto), Lisa Strauss (violoncelle).

Dès les premières mesures de la Danse sacrée, l'archaïsme modal est installé, le raffinement de l'orchestration suit. Selon le chef d'orchestre Ernest Ansermet, qui fut son élève, ce thème aurait été emprunté au compositeur Francisco de Lacerda (1869-1934), ce qui est loin d'être assuré. La Danse profane, valse lente, n'est pas sans rappeler par épisode, le balancement des Gymnopédies d'Erik Satie.

Pour les curieux : Pleyel a perdu le pari, sa harpe posant trop de problèmes d'accordage, les harpistes continuent à pédaler.

Luka Ispir. Photographie © musicologie.org.

Olivier Messiaen, Quatuor pour la  fin du temps. Pour violon, clarinette, violoncelle, piano. En 8 mouvements, composé en 1940 et créé le 15 janvier 1941, en captivité à Görlitz.

Nikita Boriso-Glebsky (violon), Bogdan Sydorenko (clarinette), Joris Van den Berg (violoncelle), Jean-Claude Vanden Eynden (piano).

C'est en détention, au  Stalag VIII-A à Görlitz, où il est arrivé le 20 juin 1940 qu'Olivier Messiaen compose et crée son quatuor avec des musiciens de qualité : l'acteur Jean Lanier, violoniste sous le nom de Jean Le Boulaire, Henri Akoka (clarinette), Étienne Pasquier (violoncelle), Olivier Messiaen (piano). Le compositeur est libéré en février 1941, l'œuvre est jouée au Théâtre des Mathurins à Paris le 24 juin 1941.

1. Liturgie de cristal ; 2. Vocalise, pour l'Ange qui annonce la fin du Temps ; 3. Abîmes des oiseaux ; 4. Intermède ; 5. Louange à l'éternité de Jésus ; 6. Danse de la fureur pour les sept trompettes ; 7. Fouillis d'arcs-en-ciel, pour l'Ange qui annonce la fin du Temps ;  8. Louange à l'immortalité de Jésus.

Jean-Marc Warszawski
31 août 2017

Les concerts de la session 2017

1. Ode à la joie ; 2. Sur les routes de la soie ; 3. Le mythe et la musique ; 4. Au cœur des Mille et une nuits ; 5. Au bord de la Caspienne ; 6. Soirée Franco-Russe ; 7. La Révolution d'octobre ; 8. La poédsie et la musique ; 9. La révolution de l'art en musique ; 10. Deux géants de la révolution en musique ; 11. Prends garde à toi !

 

 

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ISSN  2269-9910

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Vendredi 15 Septembre, 2017 0:53