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musicologie
dimanche 10 septembre 2017
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Musique de chambre à Giverny : la poésie et la musique

Concert eu 25 août 2017, église de Notre-Dame-de-l'Isle ——

Sharon CosteSharon Coste. Photographie © musicologie.org.

Poésie et musique, quel beau sujet pour se prendre la tête un 25 août ! On dit que ces deux-là sont sœurs jumelles, puisque dans l'antiquité grecque, c'était la même chose. Sans intérêt ! Cela devient intéressant quand ce n'est justement pas la même chose. Jean-Jacques Rousseau, dans une dissertation sur l'origine des langues et de la musique assure que le langage est apparu par la nécessité d'exprimer les sentiments, les gestes étant bien suffisants pour le quotidien des choses utiles. Pour lui le langage (des sentiments) est à l'origine et compagnon incubateur de la musique. Comme la cour du roi a pourri la langue, il n'y a donc plus de musique française digne de ce nom (il y a deux œuvres en trop dans le programme de ce soir). De toute manière il n'y a pas chant sans poésie. Toute musique a une aura poétique, les pères de l'Église redoutaient que sa suavité, mollesse et féminité ne détournent de la virilité des paroles. Au contraire, les madrigalistes de la Renaissance se sont occupés du renouvellement poétique de la musique, pour la rendre aussi explicite que la poésie écrite. Entre autres raffinements : vers l'aigu la joie, le rire ; vers le grave la tristesse, la mort, selon les intervalles et les mélodies. Mais encore en y mettant de la rhétorique, comme chanter « soleil » sur la note sol. Écouter du madrigal, musique à clefs en plus des clefs de la portée, était en fait un décryptage d'initiés. Jean-Philippe Rameau peut nous mettre d'accord : la musique est  une  science (…) qui, en enseignant à flatter l'oreille, fournit à la raison de quoi s'exercer. En fait il ne met personne d'accord, la polémique fait toujours rage entre ceux qui accusent les uns de faire une musique intellectuelle sans émotion, décevant le public, et les uns qui accusent les autres de faire de la soupe et du banal remâché, décevant le public.

Claire LairyClaire Lairy. Photographie © musicologie.org.

Le mariage arrangé de la poésie et de la musique est une autre affaire : le compositeur n'est pas confronté qu'à des mots, des images, des sentiments, mais à la musique même du poème. La poésie est un art musical, rythmique, métrique, sonore, accentué. Il y a confrontation entre la musique ajoutée du musicien et celle du poème. La romance, la mélodie, la chanson, le Lieder, sont un art très délicat, pour le compositeur et les interprètes, entre le trop et le trop peu : par un rien il produit grotesque ou indigence. Comme une sauce qui peut autant sublimer que gâter un met.

Dmitri Chostakovitch, Suite vocale et instrumentale pour soprano, violon, violoncelle et piano, sur des poèmes d'Alexandre Blok, dédicacée à Galina Pavlovna Vichnevskaïa, composée en 1967, créée le 23 novembre 1967, au Conservatoire de Moscou, par Galina Vichnevskaïa, David Oïstrakh, Mstislav Rostropovitch, Mieczysław Weinberg.

Claire Lairy (soprano), Jean-Claude Vanden Eynden (piano), Fedor Rudin (violon), Zlatomir Fung (violoncelle).

Pour Alexandre Blok (1880-1921), le plus grand poète russe après Pouchkine, qui se croyait prophète, la substance du monde est musique, toute poésie est « imprégnée et saturée d'une obscure musique », « Parvenue à sa limite, la poésie se noiera probablement dans la musique ». Ses poèmes sont cette musique qu'il perçoit. Sa vie est partagée entre l'ordre maniaque de sa maison et la fréquentation des bas-fonds et des Tziganes : Monde terrible ! / Trop étroit pour mon cœur : en lui, de tes baisers le délire, / Le sombre envoûtement des chants tziganes, / Le vol hâtif des comètes ! Quand en 1918, il ne perçoit plus la mystérieuse musique, il pose la plume.

Claire Lairy, Zlatomir Fung, Fedor Rudin, Jean-Claude Vanden Heynden.Claire Lairy, Zlatomir Fung, Fedor Rudin, Jean-Claude Vanden Heynden. Photographie © musicologie.org.

Peut-on rapprocher les univers poétiques de Blok et de Chostakovitch, dont la musique de théâtre aux personnages burlesques alterne, comme à l'opéra, récitatifs et airs, agitations du monde et profondes descriptions de paysages affectifs ? Deux sens du pathétique.

1. Chanson d'Ophélie, 2. Gamayoun, l'oiseau prophète, 3. Nous étions ensemble, 4.  La ville dort, 5. L'orage, 6. Signes secrets, 7. Musique.

Hector  Berlioz, Les nuits d'été, pour mezzo-soprano et piano, composées en 1834-1841, sur des poèmes de Théophile Gautier extraits de la Comédie de la mort.

Sharon Coste (soprano), Jean-Claude Vanden Eynden (piano).

En 1841 les affaires ne vont pas trop bien pour Berlioz, le fou furieux, qui selon les caricatures de l'époque dirige, parfois avec un poteau télégraphique, un orchestre aux tubas géants et au canon lance-notes assourdissant.  Il le cherche un peu, quand en 1840, il dirige au sabre, 200 musiciens, place de la Bastille, pour célébrer le dixième anniversaire de la révolution de 1830.

Jean-Claude Vanden Heynden. Jean-Claude Vanden Heynden. Photographie © musicologie.org.

De toute manière, on ne peut pas se tromper, les affaires de Berlioz n'ont jamais bien marché, hormis une tournée triomphale russe en 1847, l'invitation de Liszt (qui fut le premier témoin de son mariage) en Allemagne, et l'héritage à la mort de son père. En 1841, il commence la rédaction de ce qui deviendra son célèbre traité d'orchestration. L'année suivante il sort en douce de chez lui toutes ses partitions et quitte le domicile conjugal. Harriet Smithson lui tape sur le système nerveux central depuis longtemps. Il fuit en Allemagne en compagnie de son nouvel amour la cantatrice Marie Recio, « qui miaule comme un chat », selon Berlioz lui-même.

Ces romances amoureuses, Quand viendra la saison nouvelle, / Quand auront disparu les froids, / Tous les deux nous irons, ma belle, / Pour cueillir le muguet aux bois. / Sous nos pieds égrenant les perles, / Que l'on voit au matin trembler, / Nous irons écouter les merles siffler (tu parles d'un programme !), ne s'adressent ni à l'une ni à l'autre sans doute. C'est l'histoire de la disparition d'un être aimé, de l'absence, qui font des  « plus désespérés les chants les plus beaux ».

1. Villanelle, 2. Le Spectre de la rose, 3. Sur les lagunes, 4. Absence, 5. Au cimetière, 6. L'Île inconnue.

Musique de chambre à givernyAlexis Gilot, Sharon Coste, Solenne Païdassi, Jean-Claude Vanden Heynden, Claire Lairy, Kei Tojo; Fedor Rudin, Zlatomir Fung. Photographie © musicologie.org.

Ernest Chausson, Chanson perpétuelle, opus 37, sur un poème de Charles Cros, pour soprano, piano et quatuor à cordes, dédicacée à Jeanne Raunay, composée en 1898, créée au Havre par la dédicataire, 28 janvier 1899.

Sharon Coste (soprano), Jean-Claude Vanden Eynden (piano), Solenne Païdassi  (violon 1), Fedor Rudin (violon 2), Kei Tojo (alto), Zlatomir Fung (violoncelle).

Que dire de ce double mariage fusionnel entre musique et poésie, amour et mort, de l'amour désespéré qui malgré les souvenirs heureux  conduit au suicide ? Un finale d'opéra intime. Même un bon fils de bonne famille, avocat n'ayant pas besoin d'exercer, vivant dans l'aisance souriante et la facilité, destiné au dilettantisme touche-musique, comme Ernest Chausson né en 1855, peut être touché par la grâce, mais aussi  par l'imprudence. Six mois après la création de ce magnifique chant, il oublie de freiner sa bicyclette et frappe un mur plus dur que sa tête. Bois frissonnants, ciel étoilé / Mon bien-aimé s'en est allé / Emportant mon cœur désolé.

Jean-Marc Warszawski
août 2017

 

Les concerts de la session 2017

1. Ode à la joie ; 2. Sur les routes de la soie ; 3. Le mythe et la musique ; 4. Au cœur des Mille et une nuits ; 5. Au bord de la Caspienne ; 6. Soirée Franco-Russe ; 7. La Révolution d'octobre ; 8. La poédsie et la musique ; 9. La révolution de l'art en musique ; 10. Deux géants de la révolution en musique ; 11. Prends garde à toi !

 

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bouquetin

Vendredi 15 Septembre, 2017 0:54