musicologie
vendredi 1er sptembre 2017
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Musique de chambre à Giverny : au cœur des Mille et une nuits

musique de chambre à GivernySur la scène du Musée des impressionismes, 19 août 2017. Photographie © musicologie.org.

Tous les ans, à l'initiative et sous la direction du violoncelliste Michel Strauss, musique de chambre à Giverny réunit en résidence une trentaine de musiciens, des juniors parmi les plus prometteurs de leur génération et quelques séniors blanchis sous le pupitre, dans un répertoire exigeant, avec une bonne dizaine de concerts. Cette 14e session 2017 s'est tenue du 17 au 27 août. Les thèmes en étaient « La route de la soie et les Mille et une nuits », « Musique en révolution ». Franghiz Ali-Zadeh, compositrice azerbaïdjanaise en était l'invitée.

Musique de chamùbre à GiovernyLa soirée a été ouverte par une conférence d'Agathe Keller sur les circulations scientifiques relatives à la Route de la soie. Photographie © musicologie.org.

Concert du 19 août 2017, Musée des impressionnismes ——

Luciano Berio, Folk Songs, pour mezzo-soprano et sept instrumentistes. Composés en 1964, créés Oakland, par Cathy Berberian et le Juilliard Ensemble, sous la direction de Luciano Berio

Sharon Coste (soprano), Adriana Ferreira (flûte), Bogdan Sydorenko (clarinette), Vladimir Percevic (alto), Zlatomir Fung (violoncelle), Marcel Cara (harpe), Corentin Aubry,  Swann Van Rechem (percussions).

en 1925, Luciano Berio est un des compositeurs majeurs du xxe siècle. Il a exploré toutes les nouveautés musicales de son époque et en a été. Il est toutefois resté attaché aux pratiques populaires, particulièrement les chants folkloriques, au « grand répertoire » et à l'histoire. Une partie importante de son œuvre est pensée pour son épouse et partenaire musicale, la mezzo-soprano Cathy Berberian. Il s'est également beaucoup investi dans la vie intellectuelle italienne et dans les institutions musicales internationales, il en a créé quelques-unes au passage. Il a entre autres dirigé, à Paris, le laboratoire d'électroacoustique de l'IRCAM, pendant six années.

Les « folks-songs », ne sont pas des arrangements ou des harmonisations de chansons traditionnelles, mais de véritables vraies-fausses chansons folkloriques : 1. Black is the color, 2. I wonder as I wander, 3. Loosin yelav, 4. Rossignolet du bois, 5. A la femminisca, 6. La donna ideale, 7. Ballo, 8. Motettu de tristura, 9. Malorous qu'o uno fenno, 10. Lo Fiolaire, 11. Azerbaidjan love song.

Sharon Coste. Photographie © musicologie.org.

Franghiz Ali-Zadeh, Rǝqs (Danse), pour quatuor à cordes. Composé en 2015, créée par le Kronos-Quartet à San Francisco, le 4 février 2016.

Nikita Boriso-Glebsky (violon 1), Solenne Païdassi (violon 2), Vladimir Percevic (alto), Zlatomir Fung (violoncelle)

Rǝqs, en Azérie, la langue parlée en Azerbaïdjan, et bien au-delà, veut dire « danse ». Il y en a beaucoup des danses, depuis toujours, des joyeuses, des tristes des lyriques, des héroïques, des lentes et des rapides, des encore plus lentes et encore plus rapides. Pour toutes les occasions : pour les fiançailles, les mariages, les récoltes, et les adieux, les anniversaires des vivants vieillissants, ceux des décès, danses funéraires pour celles et ceux qui ne danseront plus. Dans ce quatuor, Franghiz Ali-Sadeh a voulu refléter quelques rythmes et configurations de ces danses toujours enracinées  dans les traditions d'Azerbaïdjan, particulièrement dans les zones rurales.

Vladimir Percevic et Zlatomir Fung. Photographie © musicologie.org.

Pianiste et compositrice née à Bakou en 1947, internationalement reconnue, comme Luciano Berio, Franghiz Ali-Zadeh riche d'un monde sonore historique et cosmopolite, fait œuvre radicalement personnelle loin de toute radicalité d'école.

Fikret Amirov, Pamyati Niẓāmī (à la mémoire de Nizami), symphonie pour cordes, composée en 1947 : 1. Andante maestoso, 2. Allegretto giocoso, 3. Andante molto sostenuto, 4. Allegro con brio.

Fedor Rudin, Luka Ispir, Julia Turnovsky (violons 1), Aylen Pritchin, Nikita Boriso-Glebsky (violon 2), Kei Tojo, Xavier Jeannequin, Vladimir Percevic (altos), Zlatomir Fung, Lisa Strauss, Joris Van den Berg (violoncelles), Jean-Édouard Carlier (contrebasse).

Fikret Amirov est né en 1922 à Gandja, la seconde ville d'Azerbaïdjan après la capitale Bakou. Il est le fils de Meshadi Jamil Amirov, un célèbre chanteur et joueur de târ, sorte de luth à 10 cordes, typique par sa caisse à deux renflements. Il étudie lui-même le târ à partir de 1938, au collège musical de Gandja rebaptisée Kirovabad, puis la composition au collège de Bakou, avant d'intégrer le Conservatoire d'État (26 ans avant Franghiz Ali Zadeh), où il étudie également les musiques populaires. Son activité musicale est interrompue par la guerre. Blessé au front, il est démobilisé et retourne à ses études qu'il achève en 1948.

Il fut également très actif dans les institutions musicales, directeur d'écoles musicales, de  maisons d'opéras, dont celui d'État, secrétaire de l'union des compositeurs d'Azerbaïdjan, et reçoit en 1965 le titre d'artiste de L'URSS. Il meurt en 1984 à Bakou.

Nézāmi-è Gandjavi (Niẓami de Gandje), est un poète né à Gandja vers 1140, mort vers 1202 dans la même ville qu'il n'a pratiquement jamais quittée. Érudit et poète, il passe pour être le maître de l'épopée romancée (et versifiée).

Zlatomir Fung, Solenne Païdassi, Nikita Boriso-Glebsky. Photographie © musicologie.org.

Maurice Ravel, Shéhérazade, trois poèmes pour chant et orchestre sur des vers de Tristan Klingsor : 1. Asie (à Jane Hatto), 2. La flûte enchantée (à Mme René de Saint-Marceaux), 3. L'indifférent (à Mme Sigismond Bardac), composée en 1903, créée le 17 mai 1904 par Jane Hato (soprano) et l'orchestre de la société nationale de musique, sous la direction d'Alfred Cortot.  Ravel a parallèlement réalisé une version pour voix et piano, et flûte pour le no 3

Sharon Coste (soprano), Yun Yang Lee (piano), Adriana Ferreira (flûte).

Après Shéhérazade, le chef-d'œuvre de Nicolaï Rimski-Korsakov que les fidèles chambrophiles d'ici ont pu apprécier hier vendredi, un autre chef d'œuvre avec la même Shéhérazade mais pas pareille, de Maurice Ravel.

Côté Shéhérazade, la célèbre conteuse des Mille et une nuits debout, ça n'a pas trop bien commencé pour Ravel : le 27 mai 1899, la création de son Ouverture de Shéhérazade est sifflée.  Pas dégoûté, il remet le sujet sur le métier 4 ans plus tard, cette fois pour orchestre  et chant, sur des poèmes que son ami Tristan Klingsor pour la plume, Arthur Justin Léon Leclère pour de vrai, a publié dans le « Mercure de France », en 1903. Un brillant personnage ce Klingsor, poète élégant, peintre néo-impressionniste, musicien, compositeur, critique et analyste musical. Après Ravel, Charles Kœchlin piochera également, en deux recueils (1916 et 1924), dans la Shéhérazade de Klingsor (nom d'un personnage dans Parsival, vers 1200, peut-être celui d'un poète réel).

Adriana Ferreira et Yun-Yang Lee. Photographie © musicologie.org.

Les grincheux disaient, comme ils le disaient aussi de Camille Saint- Saëns, que Ravel était un ciseleur sans cœur. Cela apparaît dans l'hommage de Romain Rolland publié dans un numéro spécial de la « Revue musicale »,  en 1938 : « Je n'ai jamais cessé de regarder Ravel comme le plus grand artiste de la musique française, avec Rameau et Debussy, un des plus grands artistes de la musique de tous les temps. Ce qu'il exprime en musique me touche rarement. Mais son expression est d'une justesse, d'une finesse et d'un éclat insurpassables. Toute musique, auprès de la sienne, semble imparfaite ».

Pas en reste, le pianiste philosophe Vladimir Jankélévitch leur réplique à propos de Shéhérazade : « … À entendre cette déclamation sérieuse et si libre, si large, si chantée, qui croirait encore à la sécheresse de Ravel ? »

Agathe Keller S'intéresse à la manière dont on a écrit l'histoire des mathématiques du sous-continent indien, depuis l'Europe du 18e siècle, jusqu'à l'Inde d'aujourd'hui, aux controverses et aux aspects politiques de ces textes au « voyage des mathématiques ». Elle est chargée de recherche au CNRS (UMR 7219).  En 2000, elle a soutenu une thèse sur « Un commentaire indien du VIIe siècle, Bhâskara et le ganitapada de l'aryabhatiya »

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Jean-Marc Warszawski
1er septembre 2017

Les concerts de la session 2017

1. Ode à la joie ; 2. Sur les routes de la soie ; 3. Le mythe et la musique ; 4. Au cœur des Mille et une nuits ; 5. Au bord de la Caspienne ; 6. Soirée Franco-Russe ; 7. La Révolution d'octobre ; 8. La poédsie et la musique ; 9. La révolution de l'art en musique ; 10. Deux géants de la révolution en musique ; 11. Prends garde à toi !

 

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ISSN  2269-9910

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bouquetin

Vendredi 15 Septembre, 2017 0:53