musicologie
lundi 4 septembre 2017
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Musique de chambre à Giverny : soirée franco-russe

Yun-Yang Lee et Michel Strauss. Photographie © musicologie.org.

Tous les ans, à l'initiative et sous la direction du violoncelliste Michel Strauss, musique de chambre à Giverny réunit en résidence une trentaine de musiciens, des juniors parmi les plus prometteurs de leur génération et quelques séniors blanchis sous le pupitre, dans un répertoire exigeant, avec une bonne dizaine de concerts. Cette 14e session 2017 s'est tenue du 17 au 27 août. Les thèmes en étaient « La route de la soie et les Mille et une nuits», « Musique en révolution ». Franghiz Ali-Zadeh, compositrice azerbaïdjanaise en était l'invitée.

Concert du 23 août 2017 ——

Vissarion Chebaline, Trio avec piano en la majeur, opus 39, 1. Moderato, 2. Allegeo assai, 3. Largo (thème et variations), dédicacé à Lev Oborin, David Oistrakh et Sviatoslav Knushevitsky, composé en 1947, créé à Moscou le 23 janvier 1950 par les dédicataires.

Solenne Païdassi (violon), Won Hae Lee (violoncelle), Yun-Yang Lee (piano)

Yun-Yang Lee et Solenne Païdassi. Photographie © musicologie.org.

Admirateur de Prokofiev, Vissarion Chelabine est avec Khatchatourian, Kabalevski et Chostakovitch (qu'il admirait également), de la première génération des compositeurs formés entièrement par les institutions soviétiques. Il contribue à l'émergence de la seconde, dont entre autres Edison Denisov et Sofia Goubaïdoulina (invitée à Giverny en 2008) qui furent ses élèves. Né en 1902 à Omsk, il commence ses études musicales à l'âge de dix ans, intègre l'École nationale de musique d'Omsk en 1920 et le Conservatoire de Moscou en 1923. Il est un activiste des musiques modernes au sein de la branche russe de la Société internationale pour la musique contemporaine, dissoute en 1931, il ne lâche pas le morceau dès 1932 au sein de l'Union de compositeurs.  Ses œuvres de jeunesse sont très appréciées, mais les responsabilités institutionnelles éclipsent quelque peu, sans l'entraver, son activité créatrice. En 1925, il est chargé de cours au Conservatoire de Moscou,  y est professeur en 1935, en 1942 le directeur qui relève l'école des séquelles de la guerre. Deux de ses œuvres reçoivent le Prix Staline, lui-même est honoré par des distinctions d'État. Mis au placard par les purges de Jdanov en 1948, il est professeur de musique au sein de l'Armée rouge et retrouve rapidement une classe de composition au Conservatoire. Son opéra-comique d'après La Mégère apprivoisée de Shakespeare remporte un triomphe en 1957.  Plus lyrique qu'épique il fait peu appel aux idiomes populaires, on peut rapprocher son esthétique qui est souvent à tort taxée d'académique, de celle de Chostakovitch.

Yun-Yang Lee et Nikita Boriso-Glebsky. Photographie © musicologie.org.

Dmitri Chostakovitch, Trio no 2 en mi mineur, opus 67, 1. Andantemoderato, 2. Allegro con brio, 3. AllegrettoAdagio, dédicacé à Ivan I. Sollerstinski, composé en été 1944, créé le 14 novembre 1944 à Leningrad.

Nikita Boriso-Glebsky (violon), Michel Strauss (violoncelle), Yun-Yang Lee (piano)

Chostakovitch compose ce trio à Ivanova, où il est évacué, à 250 km au nord-est de Moscou, à la mémoire de son ami Ivan Lollertinski, dont la mort, le 11 février 1944, l'a bouleversé, comme l'ont bouleversé la découverte des

horreurs nazies, notamment les camps d'extermination, par l'Armée rouge enfin sur les talons de l'ennemi. Ce trio est un des plus grands chefs-d'œuvre du compositeur qui n'en a pas été avare. C'est un effondrement tragique : les gémissements en fugato des premières mesures, ou cri que la gorge serrée ne peut émettre qu'en un filet aigu, forçant le violoncelle jusque dans ses harmoniques, un aigu qui peut aussi illustrer le vide intérieur, comme celui de la steppe chez Borodine. Un cri qui arrive à s'articuler par le piano venu des profondeurs et à se dissoudre dans des propos discordants, alors  que les chants et les danses amorcés sont désarticulés avant d'éclore. La rudesse et la fureur discordée du second mouvement, les effets mécaniques d'une machine hostile, ou d'une vie qui ne peut être que ricanement.  La possibilité des larmes du troisième mouvement, sur des accords sombres, ce carillon typique de la musique russe, en passacaille, sur lesquels s'élève une mélodie klezmer solitaire, comme une évocation de l'extermination.

Aylen Pritchin et Michel Strauss. Photographie © musicologie.org.

Ernest Chausson, Trio en sol mineur, opus 3, composé en été-automne 1881, créé le 8 avril 1882 à Paris, 1. Pas trop lentanimé, 2. Vite, 3. Assez lent, 4. Animé.

Aylen Pritchin (violon), Michel Strauss (violoncelle), Jean Claude Vanden Eynden (piano),

Fils de bonne famille, Ernest Chausson (1855-1899) n'a pas à s'en faire pour l'avenir. Attiré par la musique, il fait tout de même son droit, ce qui est  peut-être une condition pour obtenir la rente familiale. Devenu avocat il passe le gué. En auditeur libre au conservatoire de Paris, il a l'excellent Jules Massenet comme maître. Il se présente au Prix de Rome en 1880, se plante dès les éliminatoires. Il intègre alors la classe d'orgue de César Franck, ou « la bande à César Franck », comme on appelait la réunion des jeunes issus des milieux aisés, surtout des avocats, qui se pressaient autour du maître « séraphin », et compose son trio en sol mineur. Avec peine, mais application, admet une partie des remarques de Franck sans trop les écouter, décide de créer sa pièce. Le 3 mars 1881, Franck tente de repousser l'échéance « pour le savoir à fond et le mettre tout à fait au point », l'œuvre est créée à la Société nationale de musique, sans laisser aucune trace dans la presse. Elle n'aura pas plus de succès dix ans plus tard. Influencé par Franck, l'écriture est cyclique (un thème est présenté à plusieurs reprises du début à la fin de l'œuvre assurant un verrou d'homogénéité), et l'intérêt wagnérien a pesé sur le chromatisme du thème et des enchaînements harmoniques.

Au cours de cette soirée, Laurent Mazliak a donné une conférence sur les mathématiques franco-russes. Photographie © musicologie.org.

 

Jean-Marc Warszawski
4 août 2017*

Les concerts de la session 2017

1. Ode à la joie ; 2. Sur les routes de la soie ; 3. Le mythe et la musique ; 4. Au cœur des Mille et une nuits ; 5. Au bord de la Caspienne ; 6. Soirée Franco-Russe ; 7. La Révolution d'octobre ; 8. La poédsie et la musique ; 9. La révolution de l'art en musique ; 10. Deux géants de la révolution en musique ; 11. Prends garde à toi !

 

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ISSN  2269-9910

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bouquetin

Vendredi 15 Septembre, 2017 0:54