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François Buhler

La famille Linley (7/8)

Les frères et sœurs d’Elizabeth Ann et de Thomas le Jeune :  Mary Linley ; Samuel Linley ; Maria Linley ; Ozias Thurston Linley ; Jane Nash Linley ; Charlotte Linley ;  William Linley.

 

Thomas Gainsborough (1727-1788), Les sœurs Linley (Elizabeth et Mary), vers 1772 (retouché en 1785), huile sur toile, Dulwich Picture Gallery, Londres.Thomas Gainsborough (1727-1788), Les sœurs Linley (Elizabeth et Mary), vers 1772 (retouché en 1785), huile sur toile, Dulwich Picture Gallery, Londres.

Mary Linley (Bath, 4 janvier 1758 - Clifton, 27 juillet 1787) fait ses grands débuts comme chanteuse en 1771 au Festival des Trois Chœurs de Hereford, et en 1772 à Gloucester avec sa sœur aînée Elizabeth Ann Sheridan. Lorsque cette dernière, à laquelle elle était profondément attachée, se retire, elle lui succède à la tête des oratorios et de la salle de concert et fait carrière comme chanteuse jusqu’au 25 juillet 1780, date à laquelle elle épouse le dramaturge, pamphlétaire et commissaire aux timbres Richard Tickell1. En 1788, après la mort de sa sœur « intellectuellement son égale et à laquelle elle était peut-être même supérieure en esprit »2, Elizabeth écrit des vers poignants, cités par Thomas Moore3 dont voici un extrait :

Such grief was ours, — it seems but yesterday —

When in thy prime, wishing so much to stay,

'Twas thine, Maria [Mary], thine without a sigh,

At midnight in a Sister's arms to die ! » [1]

(« Tel était notre deuil — il semble que c'était hier —

Alors qu'en pleine jeunesse, désirant tant rester 

C’était ton lot, Mary, ton lot sans un soupir

De mourir à minuit dans les bras d'une Sœur !)

Moore cite aussi des lettres écrites de Bath par Mary Linley à l'occasion de la représentation des Rivals dans cette ville en 1775. A sa propre mort elle laisse deux fils et une fille (prénommée Elizabeth Ann), et est inhumée en la Cathédrale de Wells. Dans le double portrait de Gainsborough qui la représente assise, en robe brun doré à côté de sa sœur Elizabeth debout et en robe bleu clair, les bras reposant sur une guitare, elle est à droite, tenant une partition sur ses genoux. C’est à ce tableau qu’est le plus souvent associée la fameuse phrase attribuée à Charles Burney et caractérisant la famille Linley comme « un nid de rossignols ».

Thomas Gainsborough (1727-1788), Samuel Linley, Huile sur toile, 1778.Thomas Gainsborough (1727-1788), Samuel Linley, Huile sur toile, 1778.

Samuel Linley (baptisé le 23 juin 1760 – enterré le 6 décembre 1778) paraît pour la première fois en public à l’âge de 6 ans, dansant le hornpipe, la danse préférée des marins irlandais et britanniques4 depuis la fin du xve siècle, dans une représentation de King John5à Bristol. Il chante dans les concerts de son père en 1774 et 1775, et pratique le hautbois, un instrument dont il a vraisemblablement appris à jouer avec William Herschel et qu’il maîtrisait parfaitement si l’on en juge par les airs virtuoses que son frère Tom a écrit à son intention.

Il était probablement aussi le plus beau de tous les Linley. En 1778, à l’invitation d’un ami de son père, le capitaine Walsingham, il décide d’entrer dans la Royal Navy comme midshipman (aspirant) sur le HMS Thunderer, un vaisseau de 74 canons lancé en 1760 à bord duquel il contracte la fièvre dont il meurt dans la maison familiale après que son père est venu le chercher à Portsmouth où le bateau fait escale pour débarquer les malades. Le registre de son enterrement porte la date du 6 décembre 1778, quatre mois seulement après le décès de son frère Tom. Cette mort d’un autre fils extrêmement doué à l’âge de dix-huit ans et demi achève de briser la résistance nerveuse de son père qui entre dans une dépression qui ne le quittera plus. Emma Hart6, la future Lady Hamilton, alors servante chez les Linley, soigne Samuel pendant sa maladie mais est dans une telle détresse lorsqu’il meurt qu’elle quitte immédiatement la maison. Elle confie à la femme de Henry Angelo7, un des porteurs du cercueil avec Sheridan, l’ami de celui-ci Richardson, Tickell et Dudley Bate, qui rappelle sa déclaration dans ses mémoires, qu’« elle était si attachée à Samuel et que sa mort lui avait fait une telle impression qu’aucune supplication au monde ne pourrait la convaincre de rester un seul jour de plus »8 chez les Linley. Un autre événement dramatique suit cette mort précoce : si Samuel n’était pas mort de la fièvre en 1778 et avait continué sa carrière dans la marine, il aurait partagé le sort de tous les marins du HMS Thunderer qui sombre corps et bien deux ans plus tard, en 1780.  Gainsborough a laissé le portrait ci-dessus de Samuel Linley en uniforme bleu d’aspirant, réalisé, dit-on, en 48 minutes exactement juste avant son départ en mer.

Maria Linley (1763-1784), portrait (vers 1780-1784) attribué à Thomas Lawrence, Dulwich Picture Gallery, London.Maria Linley (1763-1784), portrait (vers 1780-1784) attribué à Thomas Lawrence, Dulwich Picture Gallery, London.

On sait peu de choses de Maria Linley (Bath, 10 octobre 1763 - Bath, 15 septembre 1784), si ce n’est qu’elle est baptisée à Bath le 10 décembre, soit deux mois après sa naissance, qu’elle doit sa formation musicale générale et de chanteuse, comme le reste de la fratrie, à son père, qu’elle est aussi douée que ses sœurs plus âgées et se produit avec beaucoup de succès en concert dans divers lieux, en particulier dans les oratorios joués à Drury Lane. On doit quelques détails intéressants sur son caractère à Chedzoy9 , l’un des biographes de la famille. En grandissant, écrit celui-ci, son comportement se met à changer, elle devient irritable, difficile à vivre et « excentrique », refusant de se plier aux exigences de son père comme l’avait fait avant elle sa sœur Elizabeth, ce qui provoque entre eux de fréquentes disputes. Elle finit par quitter la maison familiale et se réfugie chez Mary, sa sœur aînée mais, malheureuse de devoir se contenter d’une petite chambre sous le toit pour dormir, elle quitte la maison de sa sœur et emménage avec une amie dont elle partage le lit. Elle n’y reste vraisemblablement pas longtemps puisqu’en 1784 elle déménage à nouveau pour habiter avec ses grands-parents à Bath. Elle tombe cependant gravement malade peu après son arrivée et meurt le 5 septembre de la même année d’une « fièvre cérébrale » (méningite) dans la maison de son père. Selon Kelly, « après une sévère crise, elle s’assit dans son lit et se mit à chanter l’air, I know that my Redeemer liveth10, d’une voix aussi pleine et claire que lorsqu’elle était en parfaite santé » (Reminiscences, vol II. p. 127). Elle est enterrée à Walcot, la banlieue nord-est de Bath.

Le portrait ci-dessus n’est pas le seul que l’on possède d’elle. Comme sa sœur Elizabeth Ann, elle a aussi été représentée en sainte Cécile, patronne de la musique et des musiciens, mais par Samuel Shelley11. Il existe de plus une très belle gravure en pointillé de format papier (18,5 x 12,3 cm) de Thomas Ryder (1746-1810) datée de 1785, publiée par S. Watts d’après Richard Westall et conservée à la National Portrait Gallery.

Ozias Thurston Linley, portrait attribué à Thomas Lawrence (1769-1830), Dulwich Picture Gallery. Ozias Thurston Linley, portrait attribué à Thomas Lawrence (1769-1830), Dulwich Picture Gallery.

Ozias Thurstan (Thurston) Linley (Bath, août 1765 - Dulwich, 6 mars 1831) est le premier des enfants du couple Linley à ne pas vivre dans la maison familiale pendant son enfance mais chez ses grands-parents jusqu’à son entrée au collège. Les raisons de cette exclusion, qui se poursuivra avec les enfants suivants, ne sont pas entièrement connues mais il est probable que la dépression de Thomas Linley l’Ancien a joué un rôle, de même que les soucis financiers et probablement aussi celui de leur donner une éducation soignée dans des institutions reconnues. À partir de la fin des années 1770, la révolte de ses filles contre son autorité stricte et étouffante et l’effondrement nerveux consécutif à la mort de tous les premiers, auxquels il avait consacré tant de temps et en qui il avait placé tant d’espoir, ont certainement pesé de plus en plus lourd dans cette décision. Cependant, d’après ses propres dires, Ozias a eu la possibilité d’étudier sérieusement la musique avec plusieurs professeurs dont l’un était l’astronome William HerscheI. Il consacre ensuite sa vie à la religion, gardant la musique et la composition pour ses loisirs. Inscrit au Corpus Christi College d’Oxford le 19 mars 1785 et diplômé en 1789, il prend les ordres, est ordonné prêtre, devient chanoine mineur de la cathédrale de Norwich l’année suivante et reste dans le Norfolk, mais en campagne, comme vicaire de Stoke Holy Cross en 1807 et de Trowse-Lakenham en 1815. Puis, unissant musique et religion, il est nommé le 5 mai 1816 Junior Fellow et organiste du très réputé Dulwich College et se transfère dans ce village tout proche de Londres12.

II semble toutefois qu’il était plus doué pour les mathématiques que pour la musique. Les anthems et services qu’il compose pour sa fonction ne sont pas publiés. On se souvient aussi de lui pour une personnalité haute en couleurs qui se fait remarquer par son excentricité et ses écarts de langage dont Black donne quelques exemples. Un de ses amis le décrit de la même manière : « Il parlait si fort que la salle à manger en résonnait et il frappait la table si violemment avec son poing serré que les verres et les carafes risquaient de se briser. » Il est possible que son prénom inhabituel lui ait été donné en honneur du peintre Ozias Humphry (1742-1810) qui logea chez les Linley de 1762 à 1764, Mary Johnson ayant toujours été favorable à cette solution pour des motifs d’économie. Les membres de sa famille l’appelleront toujours Ozy mais le surnommaient « Le Philosophe ». Il existe également de lui un tableau très connu, peint à une date inconnue par Archer James Oliver (1774-1842) qui le représente à l’âge adulte en habit de chanoine de la cathédrale de Norwich mais dont le modèle n’a été reconnu comme étant Ozias qu’en 1953.

Jane Nash Linley (18 janvier 1768 - Iver, 8 janvier 1806). On sait assez peu de choses d’elle si ce n’est qu’elle est restée dans son enfance passablement extérieure à la famille, ayant vécu jusqu’à l’âge de 13 ans ailleurs qu’à Bath ou à Londres, dans une ville de province avec une grand-mère et une grand-tante, qu’elle n’a donc jamais fréquenté un internat réputé non plus, qu’elle a reçu une formation musicale d’un an seulement d’un organiste resté inconnu, qu’elle était petite, fine et pâle et qu’après s’être fiancée en mai 1798, elle épouse en 1800 Charles William Ward (? – ?)13, dramaturge et secrétaire du management du Théâtre Drury Lane à l’époque de Sheridan, en particulier pendant les années 1806 à 1812. Tous deux font partie du cercle artistique des peintres Thomas Gainsborough et Sir Thomas Lawrence, lequel fait le portrait de Jane en 1799 (un pastel ovale sur vélin, soit comme Maria et Ozias Thurston mais à la différence des autres membres de la famille). Comme ses sœurs, qu’elle rejoint à l’adolescence et qui ont bénéficié d’une éducation beaucoup plus soignée, elle est chanteuse avant son mariage et pourvue d’une très belle voix mais est toujours restée amateure et cesse de chanter en public aussitôt après, comme l’exigeait l’étiquette pour une femme mariée. D’après ses propres déclarations, la raison de sa décision de rester en retrait était autre. Elle écrit dans une lettre datée du 8 août à son fiancé : « Quand j’étais jeune et que je vivais avec mes sœurs plus âgées je sentais si vivement leur supériorité d’esprit et de talents que j‘osais à peine prendre la parole,  et donc encore moins chanter. » Elle ajoute : « C'est à ces chères sœurs que je dois le peu de talents que je possède. Oh, si vous les aviez connues, Charles, vous constateriez que leur sœur est toujours bien loin d'égaler leurs perfections. »

Elle jouait aussi du piano et, ayant un jour reçu la visite d’un « very so so performer » (un exécutant très moyen) ajoute dans la même lettre, pour faire de l’esprit et bien entendu en aucune façon pour préciser son niveau réel à l’intention des futurs historiens de la famille : « Je ne suis pas très forte en technique [non plus] (même si je sais distinguer une noire d'une croche aussi bien que n'importe qui), et pourtant nous avons eu l'audace de jouer du Clementi et du Pleyel à vue ; oh, quel gâchis et quelle pagaille ! »

On ne sait si ce complexe d’infériorité qui semble donc correspondre en effet à des capacités bien moindres que celles de ses frères et sœurs s’est trouvé quelque peu atténué par la mort précoce de la plupart de ceux-ci mais d’après sa correspondance elle ne semble pas en avoir souffert. D’autre part, si les plus de deux cents lettres qu’elle échange avec son fiancé pendant la seule période de mai 1798 à fin août 1800 n’abondent pas en renseignements intéressants sur elle-même et qu’elle fait le choix, ou plus vraisemblablement n’a pas d’autre choix que de mener une vie ordinaire de petits événements, elles permettent de suivre et de reconstruire soigneusement l’existence plus créatrice « de trois des quatre Linley survivants »14.

Charlotte Linley (18 janvier 1768-?) reste une énigme pour tous les chercheurs. Tout ce que l’on sait d’elle est qu’elle était la sœur jumelle de Jane et élevée comme elle loin du cercle familial. Puisqu’aucun autre écho de son existence ne nous est jamais parvenu, l’hypothèse la plus vraisemblable est qu’elle est décédée très tôt, vraisemblablement pendant la petite enfance à une date inconnue ou au plus tard avant 1788. Seule indication non controversée, Jane se décrit dans une lettre de 1798 comme « la seule fille qu'il reste à sa mère ».

Portrait de William Linley, par Thomas Lawrence (1769-1830), Dulwich Picture Gallery.Portrait de William Linley, par Thomas Lawrence (1769-1830), Dulwich Picture Gallery.

William Linley (Bath, 27 janvier 1771 -1835), le plus jeune des enfants Linley, est également musicien. Comme son frère Ozias et sa sœur Jane il vit son enfance en dehors du cercle familial, confié à la charge de M. et Mme John Symmons. Plus chanceux que Jane, il fait ses études à Harrow puis à St Paul's School, l’essentiel de sa formation musicale étant assuré par son père et Carl Friedrich Abel (Köthen, 22 décembre 1723 - Londres, 20 juin 1787) qui s’était établi à Londres en 1759 et y avait fondé en 1764-65 les fameux concerts Bach-Abel avec Johann Christian Bach.

Engagé par la Compagnie des Indes orientales15, William Linley vit en Inde de 1790 à 1795 comme écrivain dans le collège de Madras de la Compagnie. Il est de retour en Angleterre en 1796 pour des raisons de santé (il avait de la peine à supporter le climat). Nommé cette année-là compositeur attitré du Drury Lane par Sheridan, il écrit les livrets et la musique de plusieurs spectacles mais, ne réussissant pas à s’y imposer musicalement, retourne en Inde de 1800 à 1805 puis quitte la Compagnie en 1810 pour se consacrer au chant et à la composition d’œuvres principalement vocales, des anthems, des glees (un ensemble de six glees sous le titre de Flights of Fancy vers 1797/1799 sur des poèmes de Charles Leftley et un autre recueil de Eight Glees en 1832) et des chansons (Eight Songs for Tenor or Soprano en 1809). Sa production littéraire (il a écrit plusieurs romans dans la première décennie du xixe siècle) ne manque pas d’intérêt non plus. Il fournit de plus plusieurs mélodies de psaumes à la Collection of Sacred Music compilée par J. M. Coombs Jr. de Chippenham à laquelle il s’était abonné et édite en 1816 des Shakespeare’s Dramatic Songs (2 volumes en 1815-1816) contenant des contributions de lui-même et d’autres auteurs.

Le Dictionary of National Biography précise dans l’article qu’il consacre à William Linley qu’il « se rendait parfois à Bath et que plusieurs de ses anthems ont été exécutés à Bath Abbey Church et à St. Margaret's Chapel, dont il était copropriétaire. » L’année de sa mort, William Lisle Bowles lui consacre une série de « Souvenirs », Recollections of the late William Linley, Esq., dans le Gentleman's Magazine de janvier-juin 1835 (pages 574-576). Dernier né de la grande famille des Linley musiciens, c’est lui qui lègue toute la collection de portraits familiaux à la Dulwich Picture Gallery.

Les personnes intéressées à découvrir sa musique trouveront chez Hyperion un CD de 1994 consacré à ses œuvres et contenant son morceau le plus apprécié, « Down in the gleamy vale » que les personnes utilisant Spotify peuvent du reste écouter en ligne.

François Buhler
octobre 2026.

 

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1. Richard Tickell (1751– Londres, 4 novembre 1793) est le deuxième fils des trois garçons et deux filles de John Tickell (1729–1782), greffier et magistrat à Dublin, et de sa femme Esther Pierson, et le petit-fils du poète Thomas Tickell, qui avait épousé l’héritière irlandaise Clotilde Eustace, la fille de Sir Maurice Eustace de Harristown. On ne peut avancer que des suppositions sur ce qu’ont été les dix-sept premières années de sa vie. Il est possible qu’il soit né à Bath, ait fait ses études soit à Hampton (Londres) soit à Winchester et, plus douteux encore, ait été assistant à Eton. Les faits avérés de son existence commencent le 8 novembre 1768, date à laquelle il commence des études de droit au Middle Temple de Londres où il devient par la suite l’un des soixante commissaires à la faillite. Il perd cette place en 1778 mais la regagne grâce à une pétition en sa faveur adressée par David Garrick à Lord Chancellor Bathurst. Le 15 octobre de la même année, il écrit un divertissement musical, The Camp, qui remporte un grand succès au théâtre de Drury Lane. Trois semaines plus tard il décline l’offre de David Garrick d’écrire un prologue en raison d’autres engagements, tels que la rédaction de son pamphlet Anticipation. Il produit d’autre pièces et pamphlets dont il faut citer en particulier, en ce qui concerne ces années 1778 et 1779, The Wreath of Fashion (1778) et The Green Box of Monsieur de Sartine, une adaptation d’une œuvre française (1779). C’est le 25 juillet 1780 qu’il épouse Mary Linley bien que la rumeur coure qu’à cette époque il vivait maritalement avec une certaine Miss B. Après son mariage, on lui donne un appartement à Hampton Court Palace. Son opéra en trois actes The Carnival of Venice, représenté avec succès à Drury Lane le 13 décembre 1781, présente un intérêt particulier en ce qu’Elizabeth Linley y contribue par quelques-uns des airs et Mary par sa musique. En 1784-1785 il participe avec French Laurence et d’autres à une œuvre collaborative, La Rolliade, une satire dirigée contre l’administration de William Pitt. L’adaptation de The Gentle Shepherd d’Allan Ramsay, créé le 27 mai 1789, est sa dernière œuvre pour le théâtre. Comme The Camp, cette œuvre est mise en musique par Thomas Linley l’Aîné.

Après la mort de Mary en 1787, Tickell se remarie en 1789 avec une jeune fille elle aussi d’une grande beauté, Sarah, la fille du capitaine Ley de la flotte de la Compagnie des Indes orientales, âgée de 18 ans. En 1793 il est toutefois sujet à de graves difficultés financières qui le jettent dans une dépression telle que le 4 novembre il se suicide en se jetant dans le vide du haut de Hampton Court. Sheridan convainc alors le médecin légiste de remplacer « suicide » par « mort accidentelle » sur le certificat de décès et prend soin des trois enfants nés du mariage de Tickell et Mary Linley. C’est lui qui obtient que l’aîné, Richard Tickell (1782–1805), soit admis dans la Navy et que le second, Samuel (1785–1817), reçoive un poste d’écrivain en Inde. Selon Sir Eustace Francis Tickell, le troisième enfant était une fille, Elizabeth Ann (1781–1860), qui reste célibataire et vit jusqu’à sa mort à son domicile londonien de Bedford Square.

2. Black. op. cit., p. 21 du site.

3. Thomas Moore, Memoirs of the Life of the Right Honourable Richard Brinsley Sheridan, p. 392-396.

4. Emma Hart (née Amy Lyon, Neston, Cheshire, 26 avril 1765 – Calais, 15 janvier 1815), est l’un des noms de la future Dame Emma Hamilton, ou Lady Hamilton. D’abord femme de ménage illettrée, femme de chambre, puis chanteuse, danseuse, actrice et modèle préféré du portraitiste George Romney (qui fit quarante-cinq fois son portrait et, selon d’autres sources, posa pour lui plus de cent fois), elle gravit tous les échelons de l’échelle sociale en devenant la femme de William Hamilton, l’ambassadeur britannique au royaume de Naples, la maîtresse de plusieurs hommes riches dont Charles Francis Greville, le 2e Comte de Warwik dès 1782 et finalement la maîtresse de Lord Nelson et l’amie très proche et conseillère de la reine Marie-Caroline d’Autriche, sœur aînée de Marie-Antoinette. Nelson décédé, elle termine sa vie ruinée et déchue, comme la plupart des courtisanes.

5. Henry Charles William Malevolti, surnommé Angelo (Londres, 5 avril 1756 – Twickenham, 1835) est un mémorialiste et maître d’escrime anglais, né dans une dynastie d’escrimeurs d’origine italienne qui domine cet art en Europe pendant plus de cent ans. Sa célébrité est telle que le fameux Thomas Rowlandson lui consacre vingt-quatre aquarelles.

6. Angelo, Henry, Reminiscences of Henry Angelo: With Memoirs of His Late Father and Friends, vol. 2, Colburn and Bentley, p. 240–241.

7. Samuel Pepys l’appelait dans son journal « the jig of the ship ». Considérée à la même époque par le fameux capitane Cook comme un excellent exercice de fitness, la danse était exécutée dans ce but pour maintenir en forme les marins dans l’espace confiné d’un navire au son d’un hornpipe, (le terme désignant aussi un ancien instrument à vent à anche simple, muni d'un pavillon en corne).

8. The Life and Death of King John est une pièce de William Shakespeare de c. 1596 qui dramatise le règne de John Lackland (Jean sans Terre), roi d’Angleterre de 1199 à 1216, fils d’Henri II et d’Eleanor d’Aquitaine et père d’Henri III. 

9. Chedzoy, op. cit., p. 229-230.

10. Cet air se trouve dans la troisième et dernière partie de l’oratorio Le Messie (HWV 56) de Georg Friedrich Haendel dont le texte est tiré du Livre de Job et de la Première épître aux Corinthiens.

11. Samuel Shelley (Whitechapel, Londres, 1750 – Londres, 22 décembre 1808), miniaturiste, aquarelliste et illustrateur anglais, est un des fondateurs de la Watercolour Society.

12. Au début du XIXe siècle, Dulwich n’est encore qu’un petit village rural du comté de Surrey à quelques kilomètres au sud de la capitale, de l'autre côté de la Tamise et formant une unité administrative indépendante. Ce n’est qu’après la mort d’Ozias qu’il devient un quartier du Grand Londres.

13. Charles Ward est lui aussi resté relativement inconnu. Selon The Linleys of Bath de Clementina Black, il est une figure sans grand relief et il est vrai qu’on peut relever quelques maladresses dans ses lettres à sa fiancée. Il semble du reste que leur couple ait battu de l’aile, notamment pour des problèmes d’argent que Jane décrit dans son journal. Ils ont au moins deux enfants, prénommés Charles Thurston (Iver, Buckinghamshire, 29 décembre 1802 – Torquay, Devon, 9 juillet 1824) et Mary Ester Ward (29 mai 1805 - Iver, Buckinghamshire, 13 avril 1833).

14. Black, op. cit., p. 187 (223).

15. La Compagnie des Indes orientales (EIC), fondée en 1600 et dissoute en 1874, une société par actions anglaise, puis britannique, était à son apogée la plus grande compagnie du monde et représentait la moitié du commerce mondial. A l’époque où William Linley s’embarque, elle venait cependant de subir la grave crise dite « du crédit britannique » dans les années 1772-1773.

 

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ISSN 2269-9910.

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Samedi 24 Octobre, 2026