La famille Linley (5/8)
Thomas Linley le Jeune, le « Mozart anglais » (1) : Enfance et famille ; Voyage en Italie ; La rencontre de Mozart et de Tom Linley ; La carrière de Tom Linley comme interprète et compositeur ; La mort de Tom Linley.
Thomas Linley le Jeune,
Vers 1772 ,
Huile sur toileThomas Gainsborough (1727-1788),
Dulwich Picture Gallery.
Enfance et famille
Thomas Linley le Jeune (Abbey Green, Bath, 5 ou 7 mai 1756 – Château de Grimsthorpe, 5 août 1778), baptisé à St. James’s Church de Bath le 11 juin et également connu comme Tom Linley pour le distinguer de son père, est le fils aîné survivant des douze enfants du claveciniste, organiste, chef de chœur, chef d’orchestre, compositeur, chanteur et professeur de chant Thomas Linley senior (Badminton, 17 janvier 1733 – Londres, 19 novembre 1795) qui laisse son nom à des chansons et des madrigaux qui se classent parmi les meilleures productions anglaises de son époque, et de son épouse Mary Johnson (c. 1729 – Covent Garden, 18 janvier 1820) qu’il épouse très jeune, le 11 mai 1752 déjà, à Batheaston (à 3 kilomètres à l’est de Bath) et qui lui survit pendant vingt-cinq ans.
Huit de ces douze enfants vivent au-delà de l’enfance, tous sont musiciens et sept font une carrière musicale ou théâtrale que l’on peut appeler professionnelle, du moins pendant un certain temps : Elizabeth Ann (Bath, 5 septembre 1754 – Bristol, 28 juin 1792), soprano, épouse de Richard Brinsley Sheridan, Thomas le Jeune (Abbey Green, Bath, 5 ou 7 mai 1756 – 5 août 1778), Mary (Bath, 4 janvier 1758 – Clifton, Bristol, 27 juillet 1787), soprano, qui épouse en 1780 le dramaturge Richard Tickell, Samuel (1760–décembre 1778), chanteur et hautboïste extrêmement talentueux avant de se faire marin, Maria (octobre 1763 – septembre 1784), formée comme chanteuse par son père, décédée très jeune mais qui participe avec grand succès aux oratorios de Drury Lane et aux concerts de 1776 à sa mort, Ozias Thurston (Bath, août 1765 – Londres, 6 mars 1831), clergyman à Norwich et organiste à Dulwich, William, (Bath, février 1771 – Londres, 6 mai 1835), compositeur de chansons, de glees et écrivain, qui lègue l'ensemble de sa collection de portraits de famille à la Dulwich Picture Gallery. Seule Jane Nash (18 janvier 1768–Iver, Buckinghamshire, 8 janvier 1806), qui n’a jamais eu la chance de recevoir une formation musicale aussi complète que des frères et sœurs, reste amateure.
Parmi les douze, seuls deux d’entre eux, les derniers nés, parviennent à la quarantaine. Musicalement, ce ne sont pas les plus connus, vraisemblablement parce que, comme Jane, ils vivent leur enfance hors du cadre familial et ne bénéficient que tardivement de l’enseignement réputé extraordinaire de leur père. Ils se différencient aussi de leurs aînés plus talentueux en ce qu’ils mènent une existence qui n’est pas entièrement consacrée à la musique.
La mère des enfants Linley, Mary Johnson-Linley, plus âgée que son mari, avait pour elle une belle voix et, suppose-t-on1, de la beauté, même si, d’après un témoignage tardif, celle-ci avait entièrement disparu au moment où est faite cette remarque, ce qui ne semble pas contradictoire à cette époque pour une femme ayant eu douze enfants et déjà âgée de plus de cinquante ans. Des témoignages concordants lui prêtent un caractère aussi fort que son mari avec lequel elle a de fréquentes disputes et ceci passera à ses filles qui se rebelleront toutes contre leur père. Son manque d’éducation faisait quelque peu tache dans la brillante société à laquelle se mêlaient les Linley et ses enfants étaient parfois gênés par ses manières vulgaires mais il faut rappeler qu’elle et Thomas Linley l’Aîné se sont connus alors qu’il n’était encore à Badminton que l’ouvrier charpentier de son père. Les contemporains la jugeaient trop bavarde mais aimable (bien que souvent irascible selon Black), bonne épouse, bonne mère de famille, perspicace, intelligente et très économe, voire pingre ou même « d’une parcimonie légendaire » comme l’écrit Aspden, gérant parfaitement son foyer. Ce sens bienvenu de l’économie domestique, qui l’incitera à travailler comme costumière au Théâtre de Drury Lane pour apporter sa contribution aux revenus familiaux, n’empêchera pas son mari de connaître des difficultés financières en fin de vie. Décédée à l’âge vénérable pour l’époque de 91 ans, elle verra mourir tous ses enfants sauf deux, la plupart pendant la petite enfance ou pendant leur extrême jeunesse.
Mais si Thomas Linley l’Aîné devient un remarquable musicien, que Charles Burney appelle « un virtuose du clavecin », et les sœurs de Tom les plus proches de lui par leur naissance, Elizabeth Ann (née en 1754), Mary (née en 1758) et Maria (née en 1763) des chanteuses et actrices accomplies, Tom s’annonce dès l’enfance comme un génie. Excellent chanteur et danseur dès l’enfance, mais surtout violoniste supérieurement doué, jouant déjà en public à Bristol un concerto pour violon à l'âge de 7 ans le 29 juillet 1763, comme l’annonce le Bath Journal dès le 25 juillet, Thomas Linley junior est un enfant prodige, non seulement l’un des plus précoces interprètes et compositeurs nés en Angleterre entre Purcell et Elgar mais aussi le plus prometteur, associant un prodigieux talent à une personnalité attachante. Ayant reçu, comme son père, ses premières leçons de composition de William Boyce2 qui le garde comme apprenti pendant cinq ans dès l’âge de 7 ans et déjà capable en 1768 d’écrire sous son enseignement six solos pour violon. Il est un compositeur confirmé avant de se rendre à Florence entre 1768 et 1771 pour poursuivre ses études de violon et de composition avec Pietro Nardini (Livourne,12 avril 1722 - Florence, 7 mai 1793), un élève de Tartini ami de Léopold Mozart, ce qui lui permet de rencontrer dans cette ville Wolfgang Amadeus, né la même année que lui, quelque trois mois plus tôt. Aussitôt, une grande amitié naît entre les deux adolescents âgés tous deux de 14 ans. C’est en référence à leurs dons communs, à leur amitié et à la parenté de leur style musical que Thomas Linley est appelé le « Mozart anglais ». L’un deviendra l’une des plus grandes figures musicales de tous les temps, l’autre se noiera dans un accident de bateau à l'âge de 22 ans lors d’une visite au duc d’Ancaster à Grimsthorpe dans le Lincolnshire. Selon les contemporains tous deux semblaient au départ également doués.
Michael Kelly3 raconte dans ses Reminiscenses que, dix ans après, lorsqu’il rencontra Nardini, celui-ci lui « parla avec beaucoup d’affection de son élève favori, Thomas Linley, qui, selon lui, possédait de puissantes aptitudes. »
Dès son retour d’Italie le jeune Linley devient une figure de proue de la vie musicale anglaise car il trouve aussi bien à Bath, où il est nommé violon solo de l’orchestre du Théâtre royal Drury Lane en 1773, que dans la capitale de nombreuses occasions de se mettre en valeur comme violoniste et compositeur. De plus, son père, qui s’est mis à écrire pour le théâtre en 1767, réalise en 1776 l’affaire de sa vie : s’étant associé à James Ford, le médecin de la cour du roi George III, et à son propre gendre, le dramaturge irlandais Richard Brinsley Sheridan, le principal bailleur de fonds, pour acquérir les parts de propriété de David Garrick du Théâtre royal de Drury Lane que celui-ci dirigeait depuis 1747. Il devient cette année-là directeur musical de l’établissement, ce qui ouvre de nouvelles possibilités à toute la famille.
Pour se rapprocher du quartier des théâtres de la capitale les Linley quittent Bath pour Londres en juin de la même année et s’installent dans une maison de Norfolk Street, une rue construite à la fin du xviie siècle sur les anciens jardins de la famille Howard (les ducs de Norfolk) qui relie le Strand à la Tamise, un endroit déjà très prisé à cette époque mais encore relativement tranquille bien que situé en plein cœur de la ville.
Parke écrit qu’à cette époque le jeune Tom est déjà « l’un des meilleurs violonistes européens de son époque »4 mais si l’on en juge par les sonates et concertos pour violon qu’il a écrits et lui-même joués à Drury Lane depuis son retour d’Italie et qui ont été « accueillis avec des applaudissements déchaînés »5, il y a déjà plusieurs années qu’il en est ainsi. L’Aîné, nommé directeur musical contre des appointements annuels de 500 £ à la retraite de John Christopher Smith (né Johann Christoph Schmidt (1712-3 octobre 1795), un ancien étudiant et copiste de Händel, reste pendant une quinzaine d’années à ce poste qu’il partage tout d’abord avec le compositeur, claveciniste et organiste aveugle John Stanley (17 janvier 1712- 19 mai 1786), un ami de Händel, puis, dès 1786, avec Samuel Arnold (10 août 1740- 22 octobre 1802), compositeur et organiste de la Chapelle royale, avant d’occuper les mêmes fonctions à l’abbaye de Westminster. Le 2 novembre 1777 il est admis à la Royal Society of Musicians fondée en 1738, la plus ancienne institution de charité pour musiciens de Grande-Bretagne.
Pendant ces années capitales de la carrière de son père, Linley le Jeune, devenu la coqueluche de Londres dès le début de la décennie après avoir été celle de Bath dans son enfance et au début de son adolescence, écrit des œuvres largement acclamées, dont l’anthem Let God Arise pour le Festival des Trois Chœurs de Worcester le 6 septembre 1773 et repris le 14 à Gloucester, de la musique de scène pour La Tempête et pour La Duègne, l'oratorio The Song of Moses et, surtout, l'Ode lyrique des fées, des êtres aériens et des sorcières. (Ode de Shakespeare). Il obtient son plus grand succès en 1775 avec La Duègne ou la Double Fugue : partageant cette tâche avec son père, il compose la majeure partie de la musique de cet opéra-comique sur le texte de Richard Brinsley Sheridan, le mari de sa sœur aînée Elizabeth Ann. L’œuvre tient l’affiche à Drury Lane pendant 75 représentations à partir de la première du 21 novembre 1775 au Covent Garden de Londres, un triomphe jusque-là sans précédent en Angleterre.
Deux ans et demi plus tard, Tom se noie lors d'une sortie en bateau, provoquant ainsi chez son père une attaque de fièvre cérébrale dont celui-ci ne se remettra jamais.

La rencontre de Mozart et de Tom Linley
À Florence, Tom rencontre Wolfgang Amadeus Mozart dans les premiers jours d’avril 1770 chez Corilla Olimpica6 à Florence, puis fait en septembre la connaissance de Charles Burney. Celui-ci écrit plus tard, le 10 septembre 1770, dans son célèbre ouvrage L’État actuel de la musique en France et en Italie (1771) :
Mon petit compatriote, Linley, qui a étudié deux ans auprès de Signor Nardini, était à Florence à mon arrivée et était universellement admiré. Le Tommasino, comme on l’appelle, et le petit Mozart, sont connus dans toute l’Italie comme les génies les plus prometteurs de notre époque.
Cette rencontre avec Mozart a fait couler beaucoup d’encre. Tom et Wolfgang, tous deux des adolescents de 14 ans, nouent une étroite amitié à Florence, composent et font de la musique ensemble pendant cinq jours au tout début du mois d’avril, de telle sorte que, comme l'explique Robert Gutman, leur séparation quand Mozart part pour Rome « est un moment difficile pour tous deux, Thomas suivant mélancoliquement la calèche de Mozart lorsque celle-ci s’ébranle ».
Le 7, quand les Mozart partent pour Rome, et que Thomas apprend ce départ précipité, il verse des larmes amères et, le matin même, remet à Wolfgang un sonnet en italien qu’il a fait rédiger par Corilla Olimpica en son nom la veille au soir.
Thomas Linley à Wolfgang Amadeus Mozart, Florence, 6 avril 1770, copie de Leopold Mozart, Mozarteum, Salzburg, Bibliotheca Mozartiana, DocBD 177.
Un moment merveilleux, béni soit ce jour :
Je t'ai entendu jouer, et j'ai contemplé les dieux.
Pour moi, le bonheur et la vérité m'attendaient.
Puis j'ai pris conscience que je t'aimais.
Cette journée était pleine de joie, de délices et de rires.
Oh, puissé-je me souvenir de cet instant pour toujours.
Leopold Mozart mentionne la rencontre avec Tom Linley dans une lettre du 21 avril 1770 adressée de Rome à sa femme et à sa fille7,à laquelle Wolfgang ajoute un mot pour sa sœur. Leopold écrit que « der kleine Tomaso » est « ein allerliebster Knab welcher wunderschön spielt », joint à sa lettre une copie du poème que Corilla Olimpica donne à Tom et que celui-ci offre à Wolfgang, et décrit la très brève rencontre entre les deux adolescents qui ne devaient jamais plus se revoir. Ci-dessous la lettre originale et le début du texte, fidèlement retranscrit par le Mozarteum, puisqu’il est difficile à déchiffrer8. Le texte étant relativement banal, nous renonçons à la suite de la transcription. Mais le paragraphe final décrivant cette rencontre étant essentiel à notre propos, nous l’avons traduit en français.
Lettre du 21 avril 1770 de Leopold mozart, adressée de Rome, à son épouse, avec la copie du poème de Corilla Olimpica, Internationale Stiftung Mozarteum, Bibliotheca Mozartiana (avec la transcription).
Roma dς 21 aprilis 1770.
Dein Schreibς vom 2tς und das vom 6tς sind, so viel ich vermuthe die Beantwortung meiner Beÿdς schreibς aus Bologna. Entzwischς wirst du eines aus Florenz und mein erstes aus Rom bereits in handς habς, in welchem letztern ich dir in Eÿle unsere schlechte Witterung und müheseelige Reise beschriebς, aber zu meldς vergessς habe, daß wir unter Blitz und Doner um Mittagszeit angelanget sind, und das Wetter eine gute Stunde ausser Rom so, wie man die grossς Herrn mit abfeurung des schwerς Geschützes, uns mit Krachς und Blitzς empfangς, und nach Rom begleitet hat. Bis itzt war imer Regenwetter, und heute ist der erste tag, an welchem wir sicher ein und andere Sachς besehς konntς [...]
Rome, le 21 avril 1770.
Ta lettre du 2 et celle du 6 sont, je suppose, la réponse à mes deux lettres de Bologne. Entre-temps, tu auras déjà reçu celle de Florence et ma première lettre de Rome, dans laquelle je t’ai décrit à la hâte notre mauvais temps et notre voyage pénible, mais j’ai oublié de mentionner que nous sommes arrivés vers midi sous le tonnerre et les éclairs, et que le temps est resté ainsi pendant une bonne heure à l’extérieur de Rome tandis que les grands seigneurs nous accueillaient en tirant au gros canon et nous accompagnaient jusqu’à Rome au milieu du fracas et des éclairs. Jusqu’à présent, il a toujours plu, et aujourd’hui est le premier jour où nous avons pu voir l’une ou l’autre chose [...]
Le dernier paragraphe de cette lettre avec une traduction moderne
Wolfgang Amadeus Mozart et Tom Linley
chez la famille Gavard des Pivets à Florence,
huile sur toile, anonyme, qu'on relie au
5 avril 1770.
Le tableau ci-dessus représente une famille de notables de Florence connue pour son implication dans la musique et les cercles littéraires. Le père est administrateur général des finances du Grand-Duc de Toscane. Son fils aîné, Enrico Giacinto, a 20 ans en 1770, mais il est peut-être l’enfant représenté sur le tableau puisque le peintre a fait le choix de représenter aussi Wolfgang et Tom comme des enfants et non comme des adolescents. Cet Enrico deviendra poète et compositeur, ami du dramaturge Vittorio Alfieri, il continuera la tradition familiale en organisant de nombreuses réunions musicales chez lui.
Selon le communiqué de presse du Mozart-Linley-Kraus10 250th Anniversary Festival en 2006 où l’on joue entre autres l’ouverture de La Duègne, Tom Linley aurait gardé pendant le reste de sa courte vie une lettre reçue de Mozart écrite le 10 septembre 1770. Cette lettre appartient aujourd'hui à une collection particulière, mais le Mozarteum de Salzburg en donne une transcription que nous traduisons :
Mon cher ami,
Voici enfin une lettre de ma part ! Je suis en retard, et même très en retard, pour répondre à votre très aimable lettre que vous m’avez envoyée à Naples, et que je n’ai toutefois reçue que deux mois après que vous me l’aviez écrite. Mon père avait prévu de prendre la route de Loreto vers Bologne, puis de passer par Florence, Livourne et Gênes pour rejoindre Milan, et ainsi de vous faire une surprise en arrivant à Florence à l’improviste ; mais mon père eu la malchance de se faire une grave entorse à la jambe | : le cheval de tête de la calèche étant tombé :| cette blessure l’obligea non seulement à rester trois semaines alité, mais le retint sept semaines à Bologne ; ce grave accident nous oblige à changer d’avis et à passer par Parme pour rejoindre Milan [...].
Premièrement, nous avons perdu le temps nécessaire pour faire ce voyage ; et deuxièmement, ce n’est pas le moment idéal pour le faire, | : puisque tout le monde est à la campagne : | et pour en couvrir ne serait-ce que les frais de voyage. Soyez assuré que cet incident nous déplaît infiniment. Je ferais tout mon possible pour avoir le plaisir d’embrasser mon cher ami ; et mon père, tout comme moi, aurait le plus grand désir de revoir M. Gavard, ainsi que sa très chère et très aimable famille, tout comme la Mme Corilla et M. Nardini, comme vous le savez, puis de revenir à Bologne, s’il y avait un espoir certain de pouvoir également couvrir les frais du voyage. Quant aux estampes perdues dont vous avez parlé, mon père a pensé pouvoir vous rendre service ; et son avis est parvenu à temps pour qu’il puisse en réserver deux. Veuillez donc bien vouloir m’indiquer rapidement un moyen de vous les envoyer :
conservez-moi votre chère amitié ; et croyez-moi que, avec une affection inaltérable, je suis et resterai toujours
votre très dévoué serviteur, et
votre très cher ami
Amadeo Wolfgang Mozart
Bologne, le 10 septembre 1770.
La carrière de Tom Linley comme interprète et compositeur
À son retour d’Italie en 1771 Tom est très tôt reconnu comme l’un des meilleurs virtuoses du violon de Grande-Bretagne et devient rapidement une figure de proue de la vie musicale londonienne. La Bath Chronicle and Weekly Gazette l’appelle « un des plus grands violonistes du royaume » dans le compte rendu d’un concert donné le 10 septembre 1774 à Winchester à l’occasion d’un festival de musique de trois jours et le compositeur Matthew Cooke11, dont le Short Account of the late Mr. Thomas Linley Junior (1812) conservé entre les pages de la partition d’une des œuvres de Tom Linley est l’une des rares sources de première main d’information biographique sur le jeune homme, déclare lui aussi que « son travail acharné et sa persévérance infatigable font de lui un des plus éminents violonistes de son époque. »
En mars 1773, une des cantates de Tom, In yonder grove, est exécutée lors de son concert-bénéfice au Haymarket par sa sœur Elizabeth et son frère Samuel. La même année il devient violon solo au Drury Lane et le reste jusqu’à sa mort en 1778. Dans ce théâtre, il joue fréquemment des concertos entre les actes d’opéras et d’oratorios. 1773 voit aussi sa première œuvre d’envergure, l’anthem Let God arise, composée pour le Festival des Trois Chœurs de Worcester organisé le 6 septembre. La pièce est reprise au même festival à Gloucester en 1775 avec des arias supplémentaires dont certaines ont probablement été composées pour le castrat italien Venanzio Rauzzini12. Dans le Jackson's Oxford Journal du 26 août 1775 l’annonce de cet événement prestigieux montre que Tom, qui venait de fêter son dix-neuvième anniversaire, occupait la place qui lui revenait parmi les plus grands noms, son anthem figurant dans le programme entre le Coronation Anthem de Händel et le nouvel oratorio de Giardini.
Jackson's Oxford Journal du 26 août 1775 :
GLOCESTER MUSIQUE MEETING. La rencontre des Trois chœurs de Glocester, Worcester et Hereford au bénéfice des veuves et orphelins du pauvre clergé des trois diocèses se tiendra à Glocester le mercredi 13 septembre et les deux jours suivants. À la Cathédrale, le mercredi matin, un sermon sera prononcé par l'Honorable et Très-révérend évêque de Landaff : seront interprétés un TE DEUM et un JUBILATE mis en musique par les plus éminents compositeurs italiens ; un HYMNE du Dr Boyce ; et L’HYMNE DU COURONNEMENT de M. Haendel. – Le soir, à la salle Booth, l’oratorio ISRAEL EN EGYPTE, et entre les deux parties de l’oratorio, un ACTE VARIÉ, composé de chants interprétés par M. Rauzzini et Mlle Linley, et de morceaux instrumentaux joués par MM. Giardini, Fischer et Crosdill. Le jeudi matin, à la Cathédrale, le Dettingen Te Deum13 de M. Haendel, le Jubilate et Coronation anthem, ainsi qu’un anthem composé par M. Linley junior. – Le soir, à la salle Booth, l’oratorio de Ruth, composé par M. Giardini, qui n’a encore jamais été joué lors de ces concerts ; un solo de violon de M. Giardini, et un concerto pour hautbois de M. Fischer. Le vendredi matin, à la Cathédrale, Le Messie. – Le soir, à la salle Booth, un grand concert VARIE, comprenant de remarquables chansons et chœurs, ainsi que des pièces instrumentales. Principaux interprètes vocaux : – Miss Linley ; le très-admiré Signor Rauzzini, chanteur principal de l’opéra sérieux ; Miss Salmon, Miss Radcliffe, et le chœur de femmes du Nord ; MM. Norris, Matthews et Price. Instrumental : – MM. Giardini, Fischer, Crosdill, Malchair, Parke ; les autres parties de l'orchestre instrumental [seront] interprétées par les musiciens les plus réputés actuellement en Angleterre. Les chœurs sont censés être particulièrement riches. Le tout sera dirigé par M. Isaac. Les exécutants sont attendus à Glocester le dimanche soir pour répéter le lundi matin 11, et souper le même jour avec les Stewards14 au King's-head. L’Honorable John Tracy, D. D. – Sir William Guise, Bart : Stewards.
»»
Tom continue de se produire sous la direction de son père à Bath et à Londres, au Drury Lane. Par exemple, le jeudi 16 mars 1775 paraît l’annonce suivante dans le Bath Chronicle and Weekly Gazette précédée de la représentation topographique ci-dessous :
BATH. AUX NEW ROOMS, le vendredi 17 mars, sera interprétée la célèbre ODE tirée de ALEXANDER'S FEAST15 mise en musique par M. Haendel. Le premier violon sera M. Linley jun. Les principales parties vocales [seront chantées] par Miss Linley, Miss M. Linley, M. Linley, M. Brett, M. Matthews et Master Samuel. Entre les Ire et 2e parties, un acte varié. – Concerto pour orgue. – Song, Miss Linley. – Concerto pour violon, Linley jun. – Duetto Sacchini. Pour les abonnés, cinq billets pour une guinée. Billets à l'unité à 5 shillings chacun aux Upper et Lower Rooms, à la Pump-Room et chez Rookfellers, où l'on peut se procurer les livrets de la représentation à 6 pence chacun. Début à six heures et demie. Au M. Gyde's Rooms le vendredi 24 mars, le célèbre divertissement d’Acis et Galatée16.– Avec des morceaux supplémentaires, comme cela sera précisé sur les affiches.
Les New [Assembly] Rooms de Bath. [Représentation topographique] publiée le 3 mars 1779 et vendue par T. Malton, Poland Street, et J. Gandon, n° 48, Broad Street, Carnaby Market. (James Gandon, 1779, Collection topographique du roi de la British Library, cote de la British Library : Maps K.Top.37.26.a.3.).
Mais parfois aussi, c’est Tom « qui tient la baguette », comme le rapporte le Bath Chronicle and Weekly Gazette du 29 février 1776 dans une critique élogieuse de la représentation d'Acis et Galatée de Haendel.
The Duenna or The Double Elopement est une collaboration entre Richard Brinsley Sheridan, qui écrit la pièce, et divers musiciens, dont Thomas Linley l’Aîné et Thomas Linley le Jeune qui compose la plus grande partie de la musique et des airs d’opéras contemporains célèbres et d’autres choisis par Elizabeth Ann et son mari. L’œuvre est créée à Covent Garden en novembre 1775 et obtient un grand succès, avec 75 représentations la première saison et un total de 254 pendant le xviiie siècle. Sa popularité est telle que le roi George III emmène sa famille la voir à plusieurs reprises et l’on peut supposer que ce succès a fait perdre à Garrick une bonne partie de son public au profit du Théâtre de Drury Lane tout proche [les deux théâtres ne sont distants que de 400 à 500 mètres]. Elle reste à l’affiche dans toute la Grande-Bretagne pendant plus de soixante ans, jusqu’au milieu du xixe siècle.
Dès lors, l'ampleur prise par les œuvres de Tom s'accroit considérablement. En 1776, il écrit son ode shakespearienne connue sous le nom d’Ode on the witches, fairies and aerial beings of Shakespeare. La critique la plus élogieuse de la pièce est celle du Morning Post du 21 mars 1776 qui écrit :
« Il faut reconnaître que cette composition est un extraordinaire élan de génie chez un homme si jeune, la fugue de l’ouverture est magistrale, l'air « There in old Arden’s inmost shade » ne ferait honte ni à Sacchini ni à Bach [Johann Christian], l'air de hautbois de la deuxième partie montre que ce jeune compositeur possède cette brillance et cette chaleur d’invention caractéristiques du printemps de la vie. Son mérite, même à ce stade précoce de la vie, est certainement suffisant pour mériter les encouragements les plus chaleureux de la part du public, même si nos amateurs ne sont pas encore prêts à fermer les yeux sur le malheur qu'il a d’être – Anglais ».
Selon Matthew Cooke, entre les années 1771 et 1776, Tom Linley a « composé pas moins de vingt concertos pour violon dont beaucoup ont été interprétés par lui à Drury Lane et accueillis par des applaudissements sans fin. » Pour Black, il faut limiter cette période aux années 1773-1775. On suppose que tous ont disparu dans l’incendie du Drury Lane du 24 février 1809, de même que ses sonates pour violon.
En 1777 Tom compose ce qui est considéré par certains comme son chef-d’œuvre, The Song of Moses, un oratorio sur le passage de la mer Rouge créé le 20 mars à Drury Lane et repris en 1778 dans une version légèrement modifiée. De la même année et même avant The Song of Moses, date la nouvelle musique de scène pour la pièce de Shakespeare The Tempest qui, d'après le communiqué de presse du Festival du 250e anniversaire de Mozart-Linley-Kraus, « est représentée à Londres pendant une quarantaine d’années après la mort de Linley, avant d’être supplanté par la Tempest de Frederic Reynolds et Henry Bishop17 [1821]. » En plus de ce chœur, Tom compose un air pour la première apparition d’Ariel, réarrange une partie de la musique de la pièce, y compris certains des numéros écrits par Thomas Arne, et compose une version distincte de « Hark, hark, the watch-dogs bark » (il existait une version célèbre de Purcell dans les années 1690) dans laquelle les instruments de l’orchestre reproduisent le son des aboiements des chiens. Cette dernière production continue donc la tradition d’éclectisme caractérisant à la fois la musique de l’époque (depuis Shakespeare lui-même qui intégrait à ses pièces des airs et des danses disparates) et celle de Tom Linley : en effet, Sheridan a peut-être mélangé à la musique de son beau-frère des compositions de John Weldon et de Thomas Arne. A ce sujet, il ne faut donc pas oublier que, comme le précise très justement Julia Muller18, « the Restoration Tempest is a thing of shreds and patches).
Contrairement au succès retentissant de La Duègne, sa dernière œuvre théâtrale, le charmant opéra-comique en trois actes The Cady19 of Bagdad sur un livret d’Abraham Portal20, une afterpiece (i. e. une pièce courte jouée après la pièce principale de la soirée) dont l’ouverture en trois mouvements, seule pièce reconstituée dans son entier, reste particulièrement prisée pour son orchestration, est un relatif échec dû essentiellement à la faiblesse du livret. Après la première du 19 février 1778 à Drury Lane, cet opéra n’a que deux autres représentations dans le même théâtre et aucune ailleurs. La musique en a longtemps été faussement attribuée à son père. Le manuscrit, conservé à la British Library sous la référence Add MS 29297, est peut-être de la main du compositeur, seuls les airs, les duos et le final ont été imprimés.
La mort de Tom Linley
Tom, accompagné de sa sœur Mary et de « son compagnon M. Olivarez21, le maestro italien », était l’hôte du duc d’Ancaster au château de Grimsthorpe dans le Lincolnshire lorsqu’il se noie dans un accident de bateau trois mois après son vingt-deuxième anniversaire. Voici trois comptes rendus de la presse de l’époque des circonstances de sa mort :
Drewry's Derby Mercury, vendredi 14 août 1778 :
Le 5 de ce mois s’est produit un tragique accident à Grimsthorpe, dans le Lincolnshire, résidence de Son Excellence le duc d'Ancaster : M. Thomas Linley, le fils aîné de M. Linley, un des propriétaires du théâtre de Drury Lane, M. Olivarez, un maestro italien, et une autre personne, convinrent d’aller sur le lac dans le parc de Sa Grâce, à bord d’un bateau à voile que M. Linley disait pouvoir aisément manœuvrer. Mais à peine avaient-ils atteint le milieu du lac qu'un brusque coup de vent se leva et fit chavirer le bateau. Tous s’accrochèrent quelque temps au mât et gréement, jusqu'à ce que M. Linley déclare qu'il jugeait inutile d'attendre les secours et que par conséquent, bien qu'il eût ses bottes et son grand manteau22, il était déterminé à nager jusqu'à S*. Dans cette intention, il quitta sa prise, mais n'avait pas nagé plus de 100 mètres qu’il coula jusqu’au fond et, malheureusement, se noya. Sa Grâce la duchesse d'Ancaster vit toute la scène de la fenêtre du cabinet de toilette et envoya immédiatement plusieurs serviteurs à leur secours dans un autre bateau qui n'arriva malheureusement que juste à temps pour sauver M. Olivarez. M Linley resta sous l’eau presque 40 minutes, de sorte que tous les efforts faits pour le ramener à la vie se révélèrent vains. Cet accident prive la profession à laquelle il appartenait d’un de ses principaux ornements, et la société d’un membre très distingué et très précieux.
Jackson's Oxford Journal, samedi 15 août 1778 :
Mercredi 5 de ce mois, M. Thomas Linley, le fils aîné de M. Linley, un des Propriétaires du Théâtre de Drury-Lane, est tombé d’un bateau dans un lac appartenant à sa Grâce le Duc d’Ancaster, à Grimsthorpe dans le Lincolnshire, et s’est malheureusement noyé. Les circonstances de sa mort ont été relatées par une personne qui venait d’arriver de Grimsthorpe : M. Linley et M. Olivarez, un maestro italien, et une autre personne avaient convenu d’aller sur le lac dans un bateau à voile que M. Linley disait pouvoir gouverner ; mais à peine avaient-ils fait voile jusqu’au milieu du lac qu’une violente rafale de vent se leva soudain et renversa le bBateau. Cependant, ils restèrent tous accrochés au mât et au gréement pendant un certain temps, jusqu’à ce que M. Linley déclare qu'il était vain d'attendre une assistance et, bien qu'il fût vêtu de ses bottes et de son manteau, qu'il était déterminé à nager jusqu'à S*. Dans ce but, il quitta sa prise, mais n'avait pas parcouru plus d'une centaine de Yards qu’il coula. Sa Grâce la duchesse d'Ancaster vit toute la scène de la fenêtre du cabinet de toilette, et ordonna immédiatement à plusieurs serviteurs de prendre un autre bateau et d'aller leur porter secours, mais ceux-ci n'arrivèrent malheureusement que juste assez tôt pour pouvoir récupérer M. Olivarez, son compagnon, le corps de M. Linley n'ayant pu être retrouvé qu'au bout de plus de quarante minutes. – Mlle M. Linley est venue en ville pour annoncer la triste Nouvelle de ce désastre, et elle est actuellement gravement malade chez le Duc d'Ancaster, à Berkeley square ; Mme Sheridan est elle aussi bouleversée par la perte d’un frère si cher ; et M. Linley, son père, dont la douleur face à cet événement dépasse toute expression23, s’est rendu sur place pour rendre un dernier hommage à son fils bien-aimé.
Ipswich Journal, samedi 15 août 1778 :
Mercredi dernier, un accident des plus tristes s’est produit à Grimsthorpe, le domaine du duc d’Ancaster dans le Lincolnshire. Alors que M. Linley fils (qui, avec sa sœur, passait l’été là-bas en compagnie du Duc et de la Duchesse), se trouvait à bord d’un bateau sur un grand plan d’eau dans le parc, à la suite d’une manœuvre maladroite, le vent soufflant fort, le bateau a coulé, et M. Linley, en tentant de nager jusqu’à s*, s’est malheureusement noyé. Son corps fut repêché au bout d’environ 40 minutes, et toutes les méthodes possibles (selon les techniques de M. Hawes [William Hawes, le médecin cofondateur de la Royal Humane Society, une organisation créée précisément pour réanimer les personnes victimes de noyade]) furent utilisées pour le réanimer, mais malheureusement sans succès.
Les obsèques de Tom ont lieu en l’église paroissiale St Michael and all the Angels d’Edenham où est apposée une plaque funéraire à sa mémoire mais les registres paroissiaux semblent indiquer que ce n’est pas là qu’il a été enterré. Selon la rumeur locale, son corps aurait été transporté à Bath.
La mort de Tom est un grand choc pour ses contemporains et immédiatement considérée non seulement comme une tragédie humaine mais comme une tragédie pour les arts et pour la musique en particulier. Le roi George III commande une édition commémorative de ses œuvres. Sa sœur Elizabeth Ann, qui dira par la suite souffrir tout le reste de sa vie d’une « horreur de l’eau »24 (dont le déclencheur avait été sa dramatique traversée de la Manche lors de sa fugue avec Sheridan), lui consacre les vers suivants sous le titre de On my brother’s violin25 .

Une autre œuvre sur la mort de Thomas le Jeune paraît en 1778, A Monody after the manner of Milton’s Lycidas on the Death of Mr. Linley, who was drowned August 5th, 1778. C’est un auteur resté anonyme qui écrit ce poème épique de treize pages publié à Londres qui s'ouvre sur les trois vers terminant le premier paragraphe du Lycidas de Milton pleurant son ami Edward King (vers 12-14) :

Nous ne citons ici que les quelques vers initiaux de ce long poème riche en références mythologiques, aux Muses, aux vents éoliens et aux nymphes aquatiques qui décrit par la suite l’accident mais ne nous en apprend pas davantage que les coupures de journaux ci-dessus.

Dans ses mémoires, Reminiscences (1826 ?), Michael Kelly raconte qu’étant invité à un souper après un concert à Vienne vers 1786, il se trouva placé entre Mozart et Constance Weber et que Mozart, auquel il était présenté pour la première fois, lui « parla abondamment et avec une grande affection de Thomas Linley [...] dont il avait été l’intime à Florence, [disant] qu’il était un véritable génie et qu’il pensait que, s’il avait vécu, il serait devenu l’un des plus grands ornements du monde musical ».
François Buhler
octobre 2026
1. Cette supposition ne repose sur aucun fait ni témoignage. Comme il est mentionné plus haut, elle n’a été probablement émise que pour tenter d’expliquer la beauté frappante de la plupart de ses enfants.
2. William Boyce (baptisé le 11 septembre 1711 – 7 février 1779), organiste et compositeur, qui, comme Beethoven, devient sourd et continue de composer jusqu’en 1758 avant de se consacrer à l’édition de musique sacrée. Il côtoie Haendel, Arne, Gluck, Abel, Johann Christian Bach et Mozart enfant, qui tous respectaient son œuvre. Maître de la musique du roi à partir de 1757, organiste de la Chapelle royale dès l’année suivante, on se souvient aujourd’hui de lui surtout comme un précurseur de la symphonie instrumentale. Il a travaillé pour Drury Lane en fournissant à David Garrick dans les années 1750 des chansons et d’autres musiques. Chose étrange, son père John était menuisier et ébéniste, pratiquant donc un métier assez semblable à celui du père de Thomas Linley l’Aîné. C’est grâce à sa fille que l’on sait que les Linley père et fils ont été ses élèves en contrepoint entre 1763 et 1768.
3. Michael Kelly (Dublin, 25 décembre 1762 – Margate, 9 octobre 1826), ténor irlandais et mémorialiste d’autant plus intéressant qu’il était un proche collaborateur de Sheridan. Cependant, de sérieux doutes ont été émis sur la fiabilité de son récit, à tel point qu’on a même considéré « toute déclaration de Kelly comme immédiatement suspecte ».
4. Parke, Musical Memoirs, vol. I, p. 204.
5. Black, op. cit., p. 110 du site, 135 du livre.
6. Maria Maddalena Morelli (1727-1800), membre de l'Accademia dell'Arcadia sous le nom de Corilla Olimpica. Ce cénacle réservé aux hommes à sa fondation à Rome en 1690 essaime dès 1692 dans d’autres villes, d’abord à Arezzo, puis à Sienne et à Pise avant de s’étendre dans toute l’Italie. Il s’ouvre aux femmes dès le début du xviiie siècle et les accepte comme des membres actifs, ceci contrastant avec les autres institutions culturelles qui ou bien leurs restent fermées ou ne leur accordent pas un statut à part entière. Le nombre de pastorelle augmente si vite qu’il atteint 450 à la fin du siècle. Ce chiffre reste néanmoins relativement bas comparé aux plus de 9 600 membres travaillant et échangeant par correspondance avec le siège romain.
7. Lettre à Anna Maria Walpurga Mozart (la mère de Wolfgang) et Maria Anna Mozart (Nannerl, la sœur aînée de Wolgamg). Mozarteum Foundation Salzburg and The Packard Humanities Institute Salzburg. No. 177 (Bd. 1, S. 337–340). Cette lettre est citée par Robert Gutman dans son livre de 1999 : Mozart: A Cultural Biography. San Diego, Elle est reproduite sur le site du Mozarteum de Salzburg.
8. Graphologiquement, l’écriture de cette lettre, très petite, serrée, tassée entre les lignes, sans marges, illustre indiscutablement le sens de l’économie touchant à l’avarice du scripteur. Les abréviations et simplifications et leur systématisme vont dans le même sens mais témoignent aussi de son intelligence.
9. Voilà une affirmation qui s’accorde mal avec le tableau commémorant cet événement où les deux adolescents de 14 ans sont représentés comme s’il n’avaient presque que la moitié de cet âge.
10. Il s’agit ici de l'Allemand-Suédois Joseph Martin Kraus (Miltenberg, 20 juin 1756 – Stockholm, 15 décembre 1792), appelé le « Mozart suédois » à la manière de Linley, considéré comme le « Mozart anglais ». Il meurt à 36 ans, un an après Mozart.
11. Matthew Cooke l’Aîné (c. 1761 – 1829) est l’organiste de St George's Bloomsbury et, brièvement, de Curzon Chapel, Mayfair.
12. Venanzio Rauzzini (Camerino dans l'actuelle province de Macerata, 18 décembre 1746 – Bath, 8 avril 1810) était aussi compositeur.
13. Le Te Deum HWV 283 célèbre la victoire remportée le 27 juin 1743 dans le cadre de la succession d’Autriche par les Britanniques, les Hanovriens et les Autrichiens sur l’armée française conduite par le duc de Noailles près du village de Dettingen en Bavière. C’est au retour à Londres du roi George II, qui conduisait en personne l’armée britannique, que Haendel, à cette époque Composer of the Musick to the Chapel Royal, reçoit la commande de ce Te Deum. L'œuvre est composée entre les 17 et 29 juillet 1743 et sa première exécution a lieu le 27 novembre 1743 dans la chapelle royale du Palais St. James à Londres.
14. Les stewards (intendants, commissaires) sont des notables, presque toujours issus de la gentry ou du clergé supérieur, dont la fonction essentielle est de garantir le succès de la manifestation. Ils assument la responsabilité financière du festival, couvrent les frais d'organisation si la billetterie n’y suffit pas, reversent les profits à des œuvres de bienfaisance diocésaines, prennent en charge les aspects pratiques des concerts tels que la billetterie, le placement des invités de marque, etc.
15. Alexander's Feast (Le Festin d'Alexandre), HWV 75, une ode dramatique de Haendel composée en 1736 sur un livret de Newburgh Hamilton adapté de John Dryden, célèbre le pouvoir de la musique sur les émotions illustré par le musicien Timothée influençant l'humeur d'Alexandre le Grand lors de sa victoire en Perse.
16. Acis et Galatée (HWV 49a/49b) est un semi-opéra en deux actes de Georg Friedrich Haendel, néanmoins décrit à l’époque sous différentes appellations telles que sérénade, masque, pastorale, opéra pastoral, « petit opéra » (par Haendel lui-même), divertissement et même oratorio sur un texte en anglais de John Gay incorporant vraisemblablement des adaptations ou des pages originales d'autres auteurs dont Pope et Hughes, d'après la légende d'Acis et Galatée tirée des Métamorphoses d'Ovide. Composé en 1718, il est créé la même année ou peu après à Cannons chez James Brydges, le futur duc de Chandos, sous la forme d’un masque en un acte, puis à Londres en 1731 et, le 10 juin 1732, comme sérénade en trois actes, chanté en italien avant d’être encore retravaillé plusieurs fois, notamment en deux actes et en anglais en 1739. Il est encore adapté à de nombreuses reprises par la suite, un des arrangements les plus connus étant celui de Mozart en 1788. Le divertissement pastoral dont il est question ici se trouve dans l’acte I.
17. Sir Henry Rowley Bishop (Londres, 18 novembre 1786 – 20 avril 1855) est un compositeur anglais célèbre de son temps pour ses 80 opéras (sur 120 œuvres dramatiques) souvent composés sur des textes de Shakespeare et mis en scène par Reynolds dont seuls quelques airs sont encore chantés aujourd’hui.
18. Julia Muller, (1994), Music as meaning in the Tempest. Reclamations of Shakespeare (Volume 15 of the DQR Studies in Literature series) p. 188.
19. Un cady (ou qadi) est un juge ou un magistrat dans le système juridique islamique, chargé de trancher les litiges en se basant sur la charia.
20. Abraham Portal (Clowne, 10 mai 1726 – 1809), descendant de huguenots français expatriés à la suite de la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, était orfèvre, bijoutier, libraire, dramaturge et finalement guichetier au théâtre de Drury Lane pour lequel il écrivit plusieurs autres pièces.
21. Il est probable que ce M. Olivarez, « maestro italien » au nom si peu italien, était en fait le violoniste, flûtiste et compositeur espagnol très connu Juan Oliver Astorga (1733-1830) qui mourut à Madrid dans la misère après une longue vie itinérante pleine de succès, notamment en Italie, d’où peut-être cette appellation de « maestro italien ». Mais au XVIIIe siècle en Angleterre, on appelait aussi fréquemment « italiens » les personnes provenant de quel que pays que ce soit du sud de l’Europe. « L’autre personne » à bord du bateau est restée inconnue.
22. Tom Linley était paraît-il excellent nageur mais n’avait aucune chance d’attendre la rive. En Angleterre, en 1778, un greatcoat tombait jusqu’aux mollets, parfois même aux chevilles, et pesait entre 3 et 4,5 kilos. Il était en pure laine, de sorte que dans l’eau, son poids était multiplié par 4, donc entre 12 et 16 kg environ, emprisonnait les bras et entravait le mouvement des jambes. De plus, à moins de l’avoir fait avant d’entrer dans l’eau ou de se mettre à nager dans un endroit où l’on n’avait pas pied, il était impossible de le déboutonner entièrement et donc de l’enlever. Autre preuve de l’inconscience inouïe de Tom, sa sœur Mary qui l’accompagnait à Grimsthorpe avait catégoriquement de monter à bord, effrayée par la violence du vent. Restée sur la rive, elle assiste impuissante au drame.
23. Atteint de brain fever (effondrement nerveux accompagné de délires fébriles), il ne récupérera jamais de ce choc psychologique. La mort successive de ses autres enfants, Maria, Mary, Elizabeth et Samuel le conduira à la tombe.
24 . Cette « horreur de l’eau » passera à sa sœur Jane qui écrit dans une lettre « I am a great Coward on the Water ».
25. Nul ne sait ce qu’est devenu ce violon, vraisemblablement de grand prix et d’un célèbre facteur. On suppose, à défaut d’autres renseignements, qu’il a brûlé avec une grande partie des partitions de Thomas le Jeune dans l’incendie du Drury Lane en 1809.



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ISSN 2269-9910.

Samedi 24 Octobre, 2026