Bibliographie
BOUISSOU SYLVIE, Gluck,
Haydn et Rameau : trois visions de la symphonie.
Dans « Philarmonie », Luxembourg, 2008,
p. 3-13.
Encyclopédie de
Diderot et d'Alembert
SYMPHONIE, s. f. mot formé du grec syn, avec,
& phoné, voix, signifie dans la musique ancienne,
cette union de voix ou de sons qui forme un concert.
C'est un sentiment reçu que les Grecs ne connoissoient
pas l'harmonie, dans le sens que nous donnons aujourd'hui
à ce mot. Ainsi leur symphonie ne formoit pas
des accords ; mais elle résultoit du concours
de plusieurs voix ou instrumens chantans & jouans
la même partie. Cela se faisoit de deux manieres
: ou tout concertoit à l'unisson, & alors
la symphonie s'appelloit plus particulierement homophonie,
; ou la moitié des parties étoit à
l'octave, ou même à la double octave de
l'autre, & cela se nommoit antiphonie, . On trouve
la preuve de tout cela dans les problêmes d'Aristote.
Aujourd'hui le mot de symphonie s'entend de toute
musique instrumentale, tant de pieces qui ne sont destinées
que pour les instrumens, comme les sonates & concerto,
que de celles où les instrumens se trouvent mêlés
avec les voix, comme dans nos opéra & dans
plusieurs autres sortes de musiques. On distingue la
musique vocale en musique sans symphonie, qui n'a d'autres
accompagnemens que la basse continue, & musique
avec symphonie, qui a au moins un dessus d'instrumens,
violons, flûtes ou hautbois. On dit d'une piece
qu'elle est grande symphonie, quand outre la basse &
les dessus, elle a encore deux autres parties instrumentales
; savoir, taille & quinte de violon. La musique
de la chapelle du roi, celle de plusieurs églises,
& celle de nos opéra, sont presque toujours
en grande symphonie.
A cet excellent article, je ne joindrai que quelques-unes
des réflexions de M. l'abbé du Bos, après
avoir indiqué le sens du mot symphonie chez les
anciens. Ils attachoient trois significations principales
à ce mot symphonie, , qui veut dire consonnance.
1°. Ils désignoient par-là les
rapports entre certains sons qui se succédoient
les uns aux autres dans ce qu'on appelle mélodie,
chant simple, modulation ; ainsi l'intervalle de la
quarte, celui de la quinte, & celui de l'octave
avec leur répétition, se nommoient symphoniques.
Il n'en étoit pas de même des autres intervalles,
quoique reçus dans le chant simple ou la mélodie,
tels que le ton, la tierce, la sixte, &c. Ils ne
formoient point, selon les anciens, une véritable
symphonie, mais seulement emmelie, c'est-à-dire,
concinnitas, convenance. 2°. On entendoit par ce
terme symphonie, le concert de plusieurs voix, celui
de plusieurs instrumens, ainsi que le mêlange
de ceux-ci avec les voix, soit que les uns & les
autres fussent à l'unisson, soit qu'ils fussent
à la tierce ou à la double octave, soit
qu'ils jouassent ou chantassent un sujet, soutenu d'un
simple bourdon. 3°. Enfin l'on employoit ce même
mot, pour spécifier plus particulierement cette
sorte de concert de plusieurs voix, ou de plusieurs
instrumens, qui chantoient & jouoient à l'unisson
ou à la tierce.
La musique, dit M. l'abbé du Bos, ne s'est
pas contentée d'imiter dans ses chants le langage
inarticulé de l'homme & tous les sons naturels
dont il se sert par instinct. Cet art a voulu encore
faire des imitations de tous les bruits qui sont les
plus capables d'agir sur nous lorsque nous les entendons
dans la nature. La musique ne se sert que des instrumens
pour imiter ces bruits dans lesquels il n'y a rien d'articulé,
& nous appellons communément ces imitations
des symphonies.
La vérité de l'imitation d'une symphonie,
consiste dans la ressemblance de cette symphonie avec
le bruit qu'elle prétend imiter. Il y a une vérité
dans une symphonie, composée pour imiter une
tempête, lorsque le chant de la symphonie, son
harmonie & son rithme nous font entendre un bruit
pareil au fracas que les vents font dans l'air, &
aux mugissemens des flots qui s'entrechoquent, ou qui
se brisent contre les rochers.
Ainsi quoique ces symphonies ne nous fassent entendre
aucun son articulé, elles ne laissent pas de
pouvoir jouer des rôles dans des pieces dramatiques,
parce qu'elles contribuent à nous intéresser
à l'action, en faisant sur nous une impression
approchante de celle que feroit le bruit même
dont elles sont une imitation, si nous entendions ce
bruit dans les mêmes circonstances que nous entendons
la symphonie qui l'imite. Par exemple, l'imitation du
bruit d'une tempête qui va submerger un personnage
à qui le poëte nous fait prendre actuellement
un grand intérêt, nous affecte comme nous
affecteroit le bruit d'une tempête prête
à submerger une personne pour laquelle nous nous
intéresserions avec chaleur, si nous nous trouvions
à portée d'entendre cette tempête
véritable. Il seroit inutile d'ajouter ici que
l'impression de la symphonie ne sauroit être aussi
sérieuse que l'impression que la tempête
véritable feroit sur nous ; car on sait que l'impression
qu'une imitation fait sur nous, est bien moins forte
que l'impression faite par la chose imitée.
Il n'est donc pas surprenant que les symphonies nous
touchent beaucoup, quoique leurs sons, comme le dit
Longin, ne soient que de simples imitations d'un bruit
inarticulé ; &, s'il faut parler ainsi, des
sons qui n'ont que la moitié de leur être
& une demi-vie.
Voilà pourquoi l'on s'est servi dans tous
les pays & dans tous les tems du chant inarticulé
des instrumens pour remuer le coeur des hommes, &
pour mettre certains sentimens en eux, principalement
dans les occasions où l'on ne sauroit leur inspirer
ces sentimens en se servant du pouvoir de la parole.
Les peuples civilisés ont toujours fait usage
de la musique instrumentale dans leur culte religieux.
Tous les peuples ont eu des instrumens propres à
la guerre, & ils s'y sont servi de leur chant inarticulé,
nonseulement pour faire entendre à ceux qui devoient
obéir, les ordres de leurs commandans, mais encore
pour animer le courage des combattans, & même
quelquefois pour le retenir. On a touché ces
instrumens différemment suivant l'effet qu'on
vouloit qu'ils fissent, on a cherché à
rendre leur bruit convenable à l'usage auquel
on le destinoit.
Peut-être aurions-nous étudié
l'art de toucher les instrumens militaires autant que
les anciens l'avoient étudié, si le fracas
des armes à feu laissoit nos combattans en état
d'entendre distinctement le son de ces instrumens. Mais
quoique nous n'ayons pas travaillé beaucoup à
perfectionner nos instrumens militaires, & quoique
nous ayons si fort négligé l'art de les
toucher qui donnoit tant de considération parmi
les anciens, que nous regardons ceux qui exercent cet
art aujourd'hui comme la partie la plus vile d'une armée,
nous ne laissons pas de trouver les premiers principes
de cet art dans nos camps : nos trompettes ne sonnent
point la charge comme ils sonnent la retraite : nos
tambours ne battent point la chamade du même mouvement
dont ils battent la charge. (D. J.)
Supplement
Panckoucke
SYMPHONIE, (Luth.) Zarlin parle d'un instrument
toscan qu'il dit être très-ancien &
qu'il nomme symphonie. Suivant sa description, c'étoit
une espece de caisse sur laquelle étoient tendues
des cordes à la quarte, à la quinte &
à l'octave ; on faisoit continuellement raisonner
les trois cordes les plus graves, tandis qu'on exécutoit
un air convenable sur la corde la plus aiguë. Zarlin
ajoute que quelques auteurs, entr'autres Ottomaro-Lucinio,
veulent que cet instrument soit la lyre antique, &
probablement celle dont parle Horace dans l'art poëtique.
Ut gratas inter mensas symphonia discors.
Dans tout ce qui précede ce que nous venons
de rapporter, Zarlin paroît très-persuadé
que les anciens connoissoient cette espece d'harmonie,
& qu'ils avoient des instrumens à corde de
ce genre.
J'avoue que je ne comprends comment cet instrument
étoit accordé, car si la quarte &
la quinte étoient diatoniquement à côté
l'une de l'autre, ce qui paroît probable, il y
avoit une dissonance assez dure, la seconde ou le ton
majeur. Peut-être Zarlin a-t-il voulu dire qu'il
y avoit quatre cordes accordées, ensorte qu'en
appellant, par exemple, la plus aiguë ut, la seconde
fût le sol à la quarte au-dessous, la troisieme
l'ut quinte de ce sol, & octave du premier ut, &
la quatrieme l'ut double octave du premier. Au reste,
la symphonie de Zarlin paroît n'être autre
chose que l'instrument que nous avons nommé buche.
Voyez BUCHE. (Luth.) Suppl. (F. D. C.)
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