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L'opéra est un drame théâtral mis en musique et chanté. Il peut se décliner, selon les époques en plusieurs genres : opéra seria, grand opéra, opéra bouffa, opéra comica, opéra comique, opéra-ballet, Singspiel, etc.
Le théâtre mis en musique est ancien, comme les mystères, les drames liturgiques ou les jeux du Moyen-Âge.
C''est à la fin du XVIe siècle à Florence que des intellectuels, des artistes, des musiciens fréquentant les salons du comte Bardi donnèrent naissance au genre. Ils pensaient revenir aux sources et à la pureté de la tragédie grecque antique. L'un des plus importants théoricien du nouvel art de la camerata est Vincenzo Galilée, le père de l'astronome. Il s'agissait de concevoir un chant alternant des personnages singuliers au choeur et porteur de paroles claires et compréhensibles, ce qui était incompatible avec la polyphonie particulièrement sophistiquée à l'époque.
L'origine de l'Opéra est donc lié à une nouveauté esthétique, la mélodie accompagnée, une voix singulière accompagnée par des accords. La flamboyance de la polyphonie a peut être provoqué une envie de simplification de la texture sonore, mais encore plus qu'une transformation de l'esthétique musicale, il faudrait envisager l'idée d'un déplacement de la scène musicale vers les cours des riches marchands et banquier devenus la nouvelle aristocratie, portant leurs propres exigences de mise en représentation.
Mais encore, en Europe traumatisée par la misère liée à la restructuration bourgeoise de la société, les guerres de religions, les soulèvements paysans, on aspire à l'ordre, à la paix et à un pouvoir identifiable. La polyphonie correspond à la vision d'un monde de destins singuliers soumis à la fois au hasard et à une organisation supérieure peu lisible. La mélodie accompagnée suppose une vision hiérarchique plus tranchée et claire : une voix audible soutenue par une harmonie parfaitement réglée.
Dans cette optique, le premier opéra est certainement représenté au palais Corsi de Florence. Il s'agit de
Dafné de Jacopo Peri (1561-1633, membre de la camerata Bardi) sur un livret d'Ottavio Rinuccini. Ormis quelques fragments, la partition est perdue. En février 1600, à Rome on donne la
Rappresentazione di anima e di Corpo de Cavalieri (1550-1602) qu'on peut considérer aujourd'hui comme un opéra.
Euridice de Peri (présenté comme une tragédie) sur un livret de Rinuccini est représentée au palais Pitti à Florence le 6 octobre 1600 (la musique est conservée).

Monteverdi
Gravure dans le
Flori Poetici 1644
Le 24 février 1607, Monteverdi (1567-1643) crée son premier opéra
Orfeo à Mantoue. Il introduit des caractères durables, comme une nette distinction entre aria et récitatif, l'adoption d'airs de cour, de ritournelles adaptées à l'action et aux sentiments de la pièce. Il rompt avec le sécheresse des récitatifs de Peri.
En 1637 on inaugure à Venise le premier théâtre public d'opéra, le San Cassiano de Venise devenue la capitale du genre. C'est là que «l'opéra-récit» de Florence ou de Mantoue devient un spectacle fastueux. Déjà en 1624,
Il Combattimento di Tancredi e Clorinda de Monteverdi d'après la
Jérusalem délivrée de Le Tasse est un immense succès à Venise. Suivent
Il Ritorno d'Ulisse in Patria en février 1641.

Le couronnement de Poppée de Monteverdi
Festival de Salzbourg 1993
L'Incoronazione di Poppea [Le couronnement de Poppée] créé en 1642 à Venise est considéré à tous points de vue comme le prototype définitif de l'opéra.
La diffusion du genre est rapide. Matthew Locke (1623-1669) présente
Cupid and Death sur un livret de James Shirley en 1659 à Londres, Marc Antonio Cesti crée
Il pomo d'Oro à Vienne en 1667, Jean Baptiste Lully,
Alceste sur un livret de Philippe Quinault en 1674 à Paris, Armide en 1686.

Représentation
d'Alceste de Lully. Versailles 1674
Gravure de Jean Lepautre
Les compositeurs et les interprètes italiens sont demandés par de nombreuses cours en Europe, et c'est Lully, un compositeur italien qui normalise l'opéra français dans les années 1670.

La maison d'opéra au Gänsemarkt de Hambourg en 1726
L'opéra seria du XVIIIe siècle suit le mouvement littéraire et les idées de lumières. Les personnages incarnent des vertus, comme la clémence, le pardon, la tolérance, l'amour-propre, la beauté, le renoncement, sur des modèles inspirés par l'antiquité réinventée. On est friand de la voix des castrats et des traits de virtuosité.

Gluck
Par Houdon
Le contrecoup, le retour supposé à la simplicité de la pureté est illustré par Christoph Willibald Gluck (1714-1787) et son librettiste Ranieri Da Calzabigi avec
Orfeo ed Euridice (1762 Vienne),
Alceste (1767 Vienne) où il expose dans la préface les principes de sa réforme).

«
Achile aux arrêts»
Iphigénie an Aulis de Gluck
dans «Costumes et annales»
En france, on a peu le goût pour le style de chant orné italien (les fameuses roulades par exemple ou les grandes vocalises) On adopte le style dramatique défendu par Gluck, mais on cultive les grands spectacles dits féeriques (Méhul, Spontini, Cherubini).

S
cène de Faniska de Cherubini
Gravure de Weinrauch
L'
opéra bouffa, d'un style libre et populaire est inauguré par la
Serva padrona de Giovani Battista Pergolèse représenté à Naples le 28 août 1733. A la fin du XVIIIe siècle
l'opéra-comique fleurit en France et en Allemagne le
Singspiel dont ceux de Mozart
Die Entfùhrung aus dem Serail (l'Enlèvement au sérail) et
Die Zauberflöte (la Flûte enchantée).
Au XIXe siècle les opéras nationaux s'affirment. En Italie Avec Rossini qui avec
La Semiramide en 1823 achève la tradition formelle du XVIIIe siècle. Bellini et Donizetti inaugurent l'opéra romantique italien, avec un infléchissement vers la tragédie et introduisent des mélodies de tournure populaire. L'Opéra devient plus populaire. Verdi donne à l'opéra italien une grande dimension théâtrale en nationale identifiée à la lutte pour l'indépendance et la République.

Richard Wagner, Der Fliengende Holländer
Opéra de Berlin 1997
Mise en scène Götz Friedrich
En Allemagne, Weber fonde à la fois l'opéra romantique et national avec le Freischütz en 1821. Wagner renforce l'aspect national et tout en s'affranchissant des forme convenues et en donnant plus d'autonomie à l'expression de l'orchestre, tente de donner plus d'unité par l'emploi du Leitmotiv, de thèmes récurrents et en réunissant dans un seul chant aria et récitatif.

Meyerbeer par Gustav Richter
En France la période révolutionnaire donnant la liberté de créer des théâtres (droits de nouveaux restreints sous l'Empire), encourage notablement la création théâtrale. Après l'Empire, dans la tadition de l'
opéra féerique, on crée le
grand opéra. Rossini, installé en France (Guillaume Tell, 1829), Auber et Meyerbeer y contribuent.

Auber. Lithographie de Lafosse 1865

La muette de Portici d'Auber.
Représantation à Hambourg 1829
Dans le même temps, l'opéra-comique connaît un renouveau avec Auber, Boieldieu et Adam. Berlioz en réaction travaille à l'opéra romantique à la française.
Faust de Charles Gounod (1859) ou
Carmen de Bizet (1875) marquent un théâtre populaire prisé par la bourgeoisie. La fin du siècle appréciera Massenet et des intrigues sentimentales.

Scène finale de Carmenr de Bizet
Représentation de 1875 par Leroy
En Russie
La Vie pour le tsar Glinka inaugure en 1836 l'opéra russe, représenté par Moussorgski, Borodine, Tchaïkovski et Rimski-Korsakov. Comme dans les autre spays slaves avec Smetana, Dvorjàk ou Janàcek, l'opéra a recours à des intrigues d'origine locales ainsi qu'à des chants de manières populaires.

Glinka
Tableau de Repin
A la charnière des deux siècles on remarque un mouvement dit
vériste (ou naturaliste) en réacion au sentimentalisme qui s'attache a la représentation des réalités triviales. On peut citer Massenet,
Louise (1900) de Charpentier ou les opéras de Bruneau sur des livrets d'Émile Zola. Puccini en Italie ou Strauss en Allemagne.
Au XXe siècle, alors que l'opéra a été essentiel pour la formation de la mélodie accompagnée et du système tonal, le langage musical connaît une évolution radicale par l'abandon du système tonal. Outre le changement radical de langage, il y a une réaction contre l'opéra populaire bourgeois. L'opéra pourra être plus socialement engagé que ne le fut l'opéra naturaliste. Le XXe siècle est marqué par de très riches recherches esthétiques de forme, d'expression.
En France Pelléas et Mélisande de Debussy marque en 1902 un tournant certain. En 1921, Woccek de Berg est une des plus belles réussites de la technique sérielle. Schönberg met à l'honneur le chanté-parlé d'un grand effet expressif. On peut citer Hindemith, Prokofiev, Bartok, Stravinski, Brittene, Malipiero, Petrassi, Dallapiccola, Luigi Nono. Les expériences démesurées et de scènes simultanées avec Zimmermann (
les Soldats), la satire sociale avec l'
Opéra de quat'sous, de Brecht et Kurt Weil, opéra culte du XXe siècle ouvrant la voie au
happening ou au
théâtre musical d'un Aperghis ou d'un Donatoni.
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Le charme opéra. Guide de nos opéras favoris. Jean-Michel Place,
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- STROHM REINHARD,
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Liens
- Philidor, base de données consacrée
à l’histoire de l’opéra français
de 1655 à 1687, Centre de Musique Baroque
de Versailles http://philidor.cmbv.fr/
- Basses, site de David Droubaud consacré aux voix de basse à l'opéra, http://perso.club-internet.fr/droubaud/david/basses/index.htm
- La naissance de l'opéra. Présentation amusante (ludique) par Jean-Claude Brenac.
- Le magazine de l'opéra baroque : http://www.operabaroque.com/ par Jean-Claude Brenac
- Opéra de Paris (Opéra Bastille / Palais Garnier)
- Opera Glass [site (banque de données) participatif sur l'opéra]
- Opera Schedules Around the World
- Operas Titres, livrets, résumés, histoire des producitons
- Operissimo, un site encyclopédique agréable, peut-être un peu trop organisé autour des formulaires de recherche alors qu'on aimerait feuilleter http://www.operissimo.com/
- Scala de Milan, http://www.teatroallascala.org/
Jean-Marc Warszawski
9 février 2005 Révision 21 novembre 2007
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