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Opéra

Décor de Giacomo Torelli pour l'opéra Bellerofonte de Francesco Sacrati à Vensie en 1642.

L'opéra est un drame théâtral mis en musique et chanté. Il peut se décliner, selon les époques en plusieurs genres : opera seria, grand opéra, opera bouffa, opera comica, opéra-comique, opéra-ballet, Singspiel, etc.

Le théâtre mis en musique est ancien, comme les mystères, les drames liturgiques ou les jeux du Moyen-Âge.

À la fin du XVIe siècle, à Florence, des intellectuels, des artistes, des musiciens fréquentant les salons du comte Bardi donnèrent naissance au genre. Ils pensaient revenir aux sources et à la pureté de la tragédie grecque antique. L'un des plus importants théoriciens du nouvel art de la camerata Bardi est Vincenzo Galilée, le père de l'astronome. Il s'agissait de concevoir un chant alternant des personnages singuliers et un chœur, avec des paroles claires et compréhensibles, ce qui était incompatible avec la polyphonie particulièrement sophistiquée à l'époque.

L'origine de l'Opéra est donc liée à une nouveauté esthétique, la mélodie accompagnée, une voix singulière accompagnée par des accords. La flamboyance excessive de la polyphonie a peut-être provoqué une envie de simplification de la texture sonore, mais encore plus qu'une transformation de l'esthétique musicale, il faudrait envisager l'idée d'un déplacement de la scène musicale vers les cours des riches marchands et banquier devenus la nouvelle aristocratie, portant leurs propres exigences de mise en représentation.

Mais encore, en Europe traumatisée par la misère et les troubles liée à la restructuration bourgeoise de la société, les guerres de religions, les soulèvements paysans, on aspire à l'ordre, à la paix et à un pouvoir identifiable. La polyphonie correspond à la vision d'un monde de destins singuliers soumis à la fois au hasard (ou à la volonté d'un Dieu dont on ne sait les projets qu'il faut craindre), une organisation supérieure peu lisible. La mélodie accompagnée suppose une vision hiérarchique plus tranchée et claire : une voix audible soutenue par une harmonie parfaitement réglée.

Le premier opéra est certainement représenté au palais Corsi de Florence. Il s'agit de Dafné de Jacopo Peri (1561-1633), membre de la Camerata Bardi) sur un livret d'Ottavio Rinuccini. Ormis quelques fragments, la partition est perdue. En février 1600, à Rome on donne la Rappresentazione di anima e di Corpo de Cavalieri (1550-1602) qu'on peut considérer aujourd'hui comme un opéra. Euridice de Peri (présenté comme une tragédie) sur un livret de Rinuccini est représentée au palais Pitti à Florence le 6 octobre 1600 (la musique est conservée).

Monteverdi, Gravure dans le Flori Poetici, 1644.

Le 24 février 1607, Monteverdi (1567-1643) crée son premier opéra  Orfeo à Mantoue. Il introduit des caractères durables, comme une nette distinction entre aria (qui expose les sentimens) et récitatif (qui fait avander l'action), l'adoption d'airs de cour, de ritournelles adaptées à l'action et aux sentiments de la pièce. Il rompt avec le style des des récitatifs de Peri, qui semblent trop secs.

En 1637 on inaugure à Venise  le premier théâtre public d'opéra, le San Cassiano de Venise devenue la capitale du genre. C'est là que « l'opéra-récit » de Florence ou de Mantoue devient un spectacle fastueux.  Déjà en 1624, Il Combattimento di Tancredi e Clorinda de Monteverdi d'après la Jérusalem délivrée de Le Tasse est un immense succès à Venise. Suit Il Ritorno d'Ulisse in Patria en février 1641.

Le couronnement de Poppée de Monteverdi à l'Opéra de Paris. Photographie © Daniel Candé.

L'Incoronazione di Poppea [Le couronnement de Poppée] créé en 1642 à Venise est considéré à tous points de vue comme le prototype définitif de l'opéra.

La diffusion du genre est rapide. Matthew Locke (1623-1669) présente Cupid and Death sur un livret de James Shirley en 1659 à Londres, Marc Antonio Cesti crée Il pomo d'Oro à Vienne en 1667, Jean Baptiste Lully, Alceste sur un livret de Philippe Quinault en 1674 à Paris, Armide en 1686.

Représentation d'Alceste de Lully. Versailles 1674. Gravure de Jean Lepautre.

Les compositeurs et les interprètes italiens sont demandés par de nombreuses cours en Europe, et c'est Lully, un compositeur italien qui normalise l'opéra français dans les années 1670.

La maison d'opéra au Gänsemarkt de Hambourg en 1726.

L'opéra seria du XVIIIe siècle suit le mouvement littéraire et les idées de lumières. Les personnages incarnent des vertus, comme la clémence, le pardon, la tolérance, l'amour-propre, la beauté, le renoncement, sur des modèles inspirés par l'antiquité réinventée. On est friand de la voix des castrats et des traits de virtuosité.

L'opéra est dit sérieux, car on abandonne, pour resserrer l'unité d'action (et en France pour la crédibilité), la succession des scène tragiques et des scènes bouffonnes, y compris l'opéra romain qui met en scène la vie des saints et autres sujets religieux. Opera-Bouffa et &é²&"& vont donc devenir deux genres indépendants.

Christoph Willibald Gluck, par Joseph Siffred Duplessis.

Le contrecoup, le retour supposé à la simplicité de la pureté est illustré par Christoph Willibald Gluck (1714-1787) et son librettiste Ranieri Da Calzabigi avec Orfeo ed Euridice (1762 Vienne), Alceste (1767 Vienne) où il expose dans la préface les principes de sa réforme).

« Achile aux arrêts »,Iphigénie an Aulis de Gluck (dans « Costumes et annales »).

En france, on a peu le goût pour le style de chant orné italien (les fameuses roulades par exemple ou les grandes vocalises)  On adopte le style dramatique défendu par Gluck, mais on cultive les grands spectacles dits féeriques (Méhul, Spontini, Cherubini).

Scène de Faniska de Cherubini. Gravure de Weinrauch.

L'opéra bouffa, d'un style libre et populaire est inauguré par la Serva padrona de Giovani Battista Pergolèse représenté à Naples le 28 août 1733. A la fin du XVIIIe siècle l'opéra-comique fleurit en France et en Allemagne le Singspiel dont ceux de Mozart Die Entfùhrung aus dem Serail (l'Enlèvement au sérail) et Die Zauberflöte (la Flûte enchantée).

Au XIXe siècle les opéras nationaux s'affirment. En Italie Avec Rossini qui avec La Semiramide en 1823 achève la tradition formelle du XVIIIe siècle. Bellini et Donizetti inaugurent l'opéra romantique italien, avec un infléchissement vers la tragédie et introduisent des mélodies de tournure populaire. L'Opéra s'inspire d'idiomes populaire, comme toutes les musiques (avant d'être nationales). Verdi donne à l'opéra italien une grande dimension théâtrale et national identifiée à la lutte pour l'indépendance et la République.

Wilhelmine Schröder-Devrient (1804-1860), première diva des pays germanophones et héroïne wagnerienne, créatrice des rôles de Senta (Der fliegende Holländer), Adriano (Rienzi), Venus (Tannhäuser).

En Allemagne, Weber fonde à la fois l'opéra national avec le Freischütz en 1821. Wagner renforce l'aspect national et tout en s'affranchissant des forme convenues et en donnant plus d'autonomie à l'expression de l'orchestre, tente de donner plus d'unité par l'emploi du Leitmotiv, de thème récurrent figuratif (par exemple attaché à u personnage) et en réunissant dans un seul chant aria et récitatif.

Meyerbeer par Gustav Richter.

 En France la période révolutionnaire donnant la liberté de créer des théâtres (droits de nouveaux restreints sous l'Empire), encourage notablement la création théâtrale. Après l'Empire, dans la tadition de l'opéra féerique, on crée le grand opéra. Rossini, installé en France (Guillaume Tell, 1829), Auber et Meyerbeer y contribuent.

Daniel-François-Esprit Auber, par Hortense Haudebourg-Lescot.

 

La muette de Portici d'Auber. Représantation à Hambourg 1829

Dans le même temps, l'opéra-comique connaît un renouveau avec Auber, Boieldieu et Adam. Berlioz en réaction travaille à l'opéra romantique à la française. Faust de Charles Gounod (1859) ou Carmen de Bizet (1875) marquent un théâtre populaire prisé par la bourgeoisie. La fin du siècle appréciera Massenet et des intrigues sentimentales.

Georges Bizet, Carmen, d'après une aquarelle de Prosper Mérimée

Carmen à l'Opéra-Comique de Paris, 3 mars 1875.

En Russie La Vie pour le tsar Glinka inaugure en 1836 l'opéra russe, représenté par Moussorgski, Borodine, Tchaïkovski et Rimski-Korsakov. Comme dans les autre spays slaves avec Smetana, Dvorjàk ou Janàcek, l'opéra a recours à des intrigues d'origine locales ainsi qu'à des chants de manières populaires.

Glinka, tableau de Repin.

A la charnière des deux siècles on remarque un mouvement dit vériste (ou naturaliste)  en réacion au sentimentalisme qui s'attache a la représentation des réalités triviales. On peut citer  Massenet, Louise (1900) de Charpentier ou les opéras de Bruneau sur des livrets d'Émile Zola. Puccini en Italie ou Strauss en Allemagne.

Au XXe siècle, alors que l'opéra a été essentiel pour la formation de la mélodie accompagnée et du système tonal, le langage musical connaît une évolution radicale par l'abandon du système tonal. Outre le changement radical de langage, il y a une réaction contre l'opéra populaire bourgeois. L'opéra pourra être plus socialement engagé socialement que ne le fut l'opéra naturaliste. Le XXe siècle est marqué par de très riches recherches esthétiques de forme, d'expression. Particulièrement sous la forme de théâtre musical.

En France Pelléas et Mélisande de Debussy marque en 1902 un tournant certain. En 1921, Wozzeck de Berg est une des plus belles réussites de la technique sérielle. Schönberg met à l'honneur le chanté-parlé d'un grand effet expressif. On peut citer Hindemith, Prokofiev, Bartók, Stravinski, Britten, Malipiero, Petrassi, Dallapiccola, Luigi Nono. Les expériences démesurées et de scènes simultanées avec Zimmermann ( Les Soldats), la satire sociale avec  l'Opéra de quat'sous, de Brecht et Kurt Weil, opéra culte du XXe siècle ouvrant la voie au happening ou au  théâtre musical d'un Aperghis ou d'un Donatoni.

Bibliographie

 

Jean-Marc Warszawski
9 février 2005
Révision 21 novembre 2007
Corrections, révision de l'iconographie, 4 avril 2015
Idem, 8 juillet 2016

 

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