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Brisson Elisabeth,
Opéras mythiques

 

Brisson Elisabeth, Opéras mythiques (préface par Lionel Esparza).
« Biographies Historiques », Éditions Éllipse, Paris 2008
[ 744 p. ; ISBN 978-2-22098-4088-4 ; 32 €]

Voici un livre issu d'une démarche intelligente, d'un point de vue en va-et-vient, entre le détail de quelques œuvres et l'ensemble d'un genre. Ce n'est pas une histoire générale de l'opéra, comme on en connaît quelques-unes, ni un travail de recension documentaire exhaustif, comme l'informatique permet aujourd'hui d'en faire. Il s'agit d'abord du choix d'un nombre réduit d'œuvres qui balisent le genre sur la longue durée. Le titre les dit « mythiques », malgré le fait qu'ils soient très connus. On pourrait dire « fondateurs », sens qui est, en fait développé. Cet aspect me plaît. Cela ma plaît de penser que toute action humaine est fondatrice de l'histoire et non pas sa conséquence.

Ainsi le premier des opéras abordés, « Orfeo » de Claudio Monteverdi (1607), et le dernier, «Wozzeck » d'Alban Berg (1925), sont tous les deux fondateurs. Entre ces deux œuvres, on aborde « Don Giovanni » et la « Flûte enchantée » de Mozart, « Fidelio » de Beethoven, « La Traviata » de Verdi, « Tristant et Isolde », de Wagner, « Boris Goudounov » de Moussorgski,  « Carmen », de Bizet, « Tosca » de Puccini, «Pelleas et Mélissande » de Debussy, et « Le château de Barbe-Bleu » de Bartók.

Chacun de ces opéras est abordé avec le souci d'une information érudite dense et précise, sur leur création, et aborde leur insertion dans l'ensemble du genre, de la musique ou de la culture en général, de l'idéologie et des mentalités. Sans aucun doute, les opéras choisis sont des monuments, et des jalons incontournables, pour la connaissance, pour avoir une vue juste de l'ensemble, du paysage. On ne peut se tromper dans le choix de ces opéras, mais peut-être des œuvres ayant eu moins de succès sur la durée, pourraient-elles en dévoiler autant, dans l'ancrage aux mouvements de la société, et des usages musicaux ?

L'analyse de chaque opéra est très méticuleuse, et ouvre de nombreuses approches. Le choix de l'auteur, peut-être pour des choix de lisibilité dans la profusion, est de traiter ces approches en paragraphes visant à l'autonomie, en « fiches », ce qui d'un côté provoque de nombreuses redites, dans le cas d'une lecture linéaire, mais renforce la compréhension, dans le cas d'une lecture diagonale.

Les questions musicales purement techniques, ne me semblent pas toujours bien assurées, par exemple la question du dépassement de la modalité pour ce qui concerne la « seconde pratique » de Claudio Monteverdi. Mais les problématiques sont parfaitement posées, ce qui est l'essentiel.

Un livre à garder à portée de mains.

Jean-Marc Warszawski
3 février 2009

Présentation de l'éditeur

Issu des représentations du mythe d’Orphée, célébrant le pouvoir d’une musique plus puissante que la mort, l’opéra a été à son tour créateur de mythes. Ainsi, à partir de récits très connus, Don Giovanni de Mozart ou Tristan et Isolde de Wagner sont à l’origine des mythes de Don Juan et de Tristan. Comment ?

Par la rencontre du théâtre, qui met l’émotion à distance, et de la musique, qui s’adresse au tréfonds de l’être, notamment grâce à la voix, l'instrument sensuel par excellence.

Mélomanes comme néophytes trouveront dans cet ouvrage une présentation des opéras fondateurs de mythes ; des oeuvres majeures révélant les dimensions essentielles de la condition humaine que seul le montage artistique peut exprimer. D’Orfeo de Monteverdi (1607) à Wozzeck d’Alban Berg (1925), les douze opéras retenus mettent ainsi en acte le désir, la mort, la vérité de l'être : Don Giovanni et La Flûte enchantée de Mozart, Fidelio de Beethoven, La Traviata de Verdi, Tristan et Isolde de Wagner, Boris Godounov de Moussorgski, Carmen de Bizet, Tosca de Puccini, Pelléas et Mélisande de Debussy, Le Château de Barbe-Bleue de Béla Bartok.

Chacun des douze opéras est présenté dans son contexte historique de composition et de création. Une approche musicale permet ensuite de mesurer les enjeux des choix du compositeur et du librettiste et les significations qui en découlent. Enfin, les avatars de la réception de chacun des opéras montrent comment s’est fondée l’importance qu’ils ont prise dans la culture occidentale, voire dans la culture mondiale.

Élisabeth Brisson, agrégée d’histoire et docteur en histoire, a publié plusieurs ouvrages sur la musique : La Musique (Belin, 1993), Le Sacre du musicien (CNRS éditions, 2000), Beethoven (Mirare / Fayard, 2004) et le Guide de la musique de Beethoven (Fayard, 2005).

©Références / Musicologie.org 2008