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Dans le cadre des premières
journées de la musique du IIIe Reich, du 22 au 29 mai 1938, une exposition
intitulée « Entartete Musik » (musique dégénérée) est inaugurée à
Düsseldorf le 24 mai, elle accueille le public jusqu'au 14 juin.
Cette exposition est
organisée par le docteur Hans Serverus Ziegler (1893-1978), Gauleiter de
Thuringe dès 1933, Conseiller d'État, et Directeur des théâtres du régime
hitlérien. Après la guerre, il dirige des théâtres, enseigne, et dans sa
vieillesse, publie des livres orientés à l'extrême droite, notamment des
ouvrages biographiques sur Adolf Hitler.
Goebbels y prononce un
discours de politique musicale, le 22 mai, Richard Strauss y assure la
partie musicale.
Il s'agit pour les nazis de
préserver la pureté de la musique allemande, de montrer ce qui a été
censuré (nettoyé) depuis 5 ans. On y retrouve l'irrationalité de
leurs thèmes, les condamnations outrancières, la propagande massive
et spectaculaire, les slogans haineux, et en arrière-plan, la propagation
d'un mot d'ordre, « l'Allemagne, pays de la musique », qui a encore
aujourd'hui de la résonance.
C'est pour que l'Allemagne
devienne le pays de la musique classique, qu'il faut la purifier, la
libérer de la « presse d'égoût » et de la «
domination juive ». Grâce au National
Socialisme, les artistes se trouvent devant un avenir pur et non falsifié,
dit Goebbels dans son discours du 28 mai (en y amalgamant un «
l'expresssionnisme atonal ».
C'est une exposition,
diffamatoire contre des artistes, qui utilise l'attirail idéologique
incohérent et bricolé de la droite populiste, raciste, nationaliste, et
antidémocratique. On y retrouve également des éléments de
polémique, autour des musiques atonales, jugées, dès 1920,
« bolchéviques », par le compositeur Hans Pfizner.
Dans la visée, autour de la
thématique « musique et race », les musiques atonales, celles de la
seconde École de Vienne (musique sérielle), le jazz « nègre », la
musique tzigane, les compositeurs de confession juive, ou issus de
familles de confession juive, les compositeurs de gauche, une grande
partie des musiques « modernistes » du premier tiers du XXe
siècle.
Une liste d'œuvres interdites
aux orchestres est établie. Un dictionnaire des juifs dans la musique est
publié en 1940.
Plus de deux cents
compositeurs sont mis à l'index. Les musiciens contemporains sont privés
de travail, sous le régime hitlérien, certains s'exilent, d'autres sont
assassinés dans les camps de concentration.
L'affiche, un musicien noir affublé d'une croix de David, et jouant du
saxophone, est une référence à l'opéra « Jonny spielt auf » (traduit
en français par « Johnny mène la danse », d'Ernst Krenek, qui met en scène
les amours entre blancs et noirs. Cet opéra, composé en 1925, a connu un
très grand succès international jusqu'en 1930.
Parmi les artistes dégénérés,
on trouve : Giacomo Meyerbeer ; Félix Mendelssohn (1819-1847) le musicologue
nazi, Karl Blessinger, décrit Menselssohn, comem
l’archétype du juif assimilé falsificateur
de culture ;
Gustav Mahler (1860-1911) ; Béla Bartók (1881-1945) qui a demandé,
comme un honneur, de figurer dans cette exposition) ; Igor Stravinsky
(1882-1971) ; Darius Milhaud (1892-1974) ; Arnold Schoenberg
(1874-1951) ; Franz Schreker (1878-1934) ; Kurt Weill
(1900-1950) ; Berthold Goldschmidt (1903-1996) ; Hanns Eisler
(1898-1962) ; Anton Webern (1883-1945), favorable au régime ; Paul
Hindemith (1895-1963) ; Alban Berg (1885-1935) ; Karl Amadeus
Hartmann (1905-1963) ; Boris Blacher (1903-1975) ; Viktor
Ullmann (1898-1944) ; Joseph Marx (1882-1964) ; Pavel Haas
(1899-1944) ; Franz Schmidt (1874-1939) ; Erwin Schuloff (Jefim
Golyscheff) (1894-1942) ; Erich Korngold (1897-1957) ; Miklos Rozsa
(1907-1995) ; Eric Zeisl (1905-1959) ; Franz Waxman (1906-1967) ;
Alexander von Zemlinsky (1871-1942) ; Rudolf Karell (1880-1945) ; Léon
Jessel (1871-1942) ; Norbert Glanzberg (1910-2001), etc.
Liens / bibliograhie
24. Mai 1938 :
Ausstellungseröffnung "Entartete Musik" in Düsseldorf. Site «
NRW 2000 »)
Le
Musicien et l'idéologue, dans « Revue Musica Falsa » (8), Paris,
avril-mai 1999, première partie, p. 25-27 ; (9), juin-juillet-août 1999,
seconde partie, p. 50-51
Francois
Coadou,La musique
dégénérée : une catégorie esthétique ?
Schnapper Laure,
La
musique « dégénérée
» sous l’Allemagne nazie.
Dans « Raisons politiques » (14)
2004, p. 157 à 177. Site « CAIRN »
Jean-Marc Warszawski
18 novembre 2008
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