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Extrait du texte de Jean During accompagnant
le disque « Musique des Ouïgours »,
disque INEDITS / Maison des Cultures du Monde, 2002.
Le beau et savant livret est consultable au complet
: http://mcm.bois.free.fr/booklet260113.pdf
Les Ouïgours constituent une
grande et ancienne ethnie turque orientale issue des
Huns. D'abord établis dans l'actuelle Mongolie
où ils formèrent un empire, ils occupèrent
progressivement le Xinjiang à partir du IXe siècle.
Ils vivent de nos jours principalement dans cette aire
qui est devenue la plus vaste province de Chine Populaire.
Les fresques bouddhistes de Qyzyl,
près de Kucha, (vers l'an 500) montrent des divinités
musiciennes ou des scènes du paradis représentant
des luths ronds à long manche et à trois
cordes, des luths piriformesà quatre cordes,
ainsi que des orchestres réunissant harpe arquée,
cithare, hautbois, flûte traversière, flûte
de pan, orgue à bouche, tambour en sablier, et
divers idiophones.
Largement majoritaires au Xinjiang
avec plus de 8 millions d'âmes, les Ouïgours
se trouvent également à l’ouest, au Kazakhstan,
dans la vallée de l’Ili, tandis qu’une importante
diaspora s’est constituée dans différentes
républiques voisines, en particulier durant la
révolution culturelle chinoise. Ils sont 200.000
au Kazakhstan, et 300.000 en Ouzbékistan.

La musique des Ouïgours prend
racine dans un passé culturel brillant, accumulant
des éléments des antiques civilisations
indo-iraniennes (Tokhariens, Sogdiens), le bouddhisme,
le manichéisme, la culture turcique et enfin
musulmane.
Les Ouïgours sont proches
des Ouzbeks par leur langue et leurs coutumes.Un de
leurs points communs est la mise en forme du répertoire
en grandes suites comparables aux nuba arabo-andalouses
ou au Shash Maqâm tadjikouzbek. L’influence de
la culture musulmane contribua peut-être à
cette structuration et systématisation du répertoire,
mais il ne faut pas perdre de vue que le principe de
la suite (muqâm au sens où l'entendent
les Ouïgours ainsi que les Tadjiks et Ouzbeks)
existait bien avant la nuba moyen-orientale et pourrait
même en être l'origine.
Le monument de la musique ouïgoure
est le Onikki Muqâm, les « 12 Suites »
dans douze modes (muqâm) différents, durant
chacune environ deux heures dans la tradition de la
région de Kachgar
Dans la version canonique de Kachgar,
qui est la plus étendue, la totalité de
ce répertoire comprend 242 mélodies, chantées
sur 1.235 distiques. D’autres recensement font état
de 316 unités (âhang). Dans la version
kachgarienne, chaque muqâm comporte trois sections
en plus de l'ouverture non mesurée (muqâm
bashi).
L'idée de grouper les pièces
en suites est liée à la culture des grandes
villes et à la présence d'un pouvoir central.
Ainsi dans chaque cité d'Asie Centrale s'est
élaboré un répertoire de ce type.
Ces suites ne sont pas destinées à la
danse mais à l’écoute attentive, notamment
dans les réunions mashrap, c’est pourquoi leurs
mélodies sont plus élaborées que
celles des suites de chansons et d'airs à danser
appelées sanam.
En plus de ces répertoires,
il existe dans chaque région, et notamment à
Kachgar et Ili, un très grand nombre de chansons
anciennes.
 Dutär
de Kashgar au Xinjiang (chine)
Le dutâr (dont le nom signifie
« deux cordes ») est un luth à long
manche largement répandu, sous des formes différentes,
depuis le Kurdistan jusqu'au Xinjiang. En Asie centrale
il est toujours monté de cordes en soie accordées
en quinte, quarte ou à l'unisson, tandis qu'au
Turkménistan et au Khorasan les cordes sont en
métal depuis environ un demi-siècle.
Le dutâr ouïgour est le
plus grand des instruments de cette famille, la longueur
de corde vibrante atteignant 105 cm. Il est entièrement
fait de bois de mûrier finement décoré
d'incrustations d'os et de corne.
Le luth à long manche tanbur
appartient également à cette aire. La
forme ouïgoure est plus longue que les spécimens
ouzbek, tadjik ou kashmiri, la corde vibrante atteignant
125 cm et couvrant deux octaves et demi.
Le ghijak est répandu dans
toute l'Asie sous des noms et des formes variées.
Il s’agit là d’une viole à pique dont
la caisse est une sphère tronquée recouverte
d’une peau de chèvre ou de poisson (image à
gauche)
Discographie
Asie
centrale MUSIQUE DES OUÏGOURS Traditions
d’Ili et de Kachgar disque INEDITS / Maison des Cultures du Monde, 2002.
Ayshamgul Mamat, chant – Abdulaziz
Hashimov, tanbur – Abdurashid Nâdirev, chant &
dutâr – Aripjân Muhamadov, ghijak – Abdughani
Tokhtiev, tanbur – Akram Hashimov, dutâr.
1.. Muqâm Rokhsari : muqâm
bashi - 2. Chants de Kachgar - 3. Muqâm Chargâh
: muqâm bashi - 4. Muqâm Oshshâq
: dâstân & marghul - 5. Onikki Muqâm
: marghul 1, 2, 3 - 6. Kocha nakhshes - 7. Dostlarim
âmân - 8. Yâru - 9. Chants d’Ili [67]
Turkestan
chinois LE MUQAM DES DOLAN Musique des Ouïgours
du désert de Taklamakan Disque INEDIT / Maison
des Cultures du Monde, W 260126, 2005
1. Bash Bayawan -
2. Zil Bayawan - 3. Chöl Bayawan - 4. Ötang
Bayawan - 5. Hudek Bayawan - 6. Dugamet Bayawan - 7.
Bom Bayawan - 8. Sim Bayawan - 9. Jula
Liens
Le blog de Dilnur Polat, une Ouïgoure,
étudiant en France, au CNRS : http://ouigour.over-blog.com/
Le Xinjiang de l’Ouest et du Nord, site Beijing Informations : http://www.bjinformation.com/fw-2005/2005.29/2005.29-w-china1.htm
Les Ouïgours, site de Chine Nouvelle : http://www.chine-nouvelle.com/chine/ethnies/ouigours.html |