musicologie

Paris, Cathédrale Saint-Louis, 10 mars 2020 —— Jean-Marc Warszawski.

Un Charpentier d’apparat pour les 350 ans de l’Hôtel des invalides

Hervé Niquet, Cathédrale Saint-Louis des Invalides, 10 mars 2020. Photographie © musicologie.org.

Voici 350 ans Louis xiv ordonnait l’édification de l’Hôtel des invalides, pour qu’on y prenne soin des vétérans, des blessés, des invalides de ses armées, un lieu à la fois hospice, hôpital, caserne, monastère.

Le musée des Armées, tout à fait valide quant à lui, a pris possession d’une grande partie des bâtiments et depuis plus de vingt-cinq ans réquisitionne régulièrement le grand salon et la cathédrale Saint-Louis pour des cycles de concert, souvent en relation avec ses expositions ou des événements mémoriels.

Il n’est pas passé à côté de ce trois-cent-cinquantième anniversaire, avec une soirée Marc-Antoine Charpentier, clôturant provisoirement la saison par la force des choses et du coronavirus,

Évidemment, lorsqu’on évoque les musiciens de Louis xiv, on pense tout d’abord à Jean-Baptiste Lully, aussi à Jean-Philippe Rameau, François Couperin, Michel-Richard de Lalande, Pascal Colasse, etc. Mais pas à Marc-Antoine Charpentier qui ne fut jamais au service du roi.

On ne sait rien de sa formation musicale, sinon la certitude qu’il a étudié la musique à Rome. Il est au service de Marie de Lorraine, dite Mademoiselle de Guise, protectrice généreuse. Il compose pour le théâtre, la Troupe du roi, pour plusieurs couvents de religieuses, et après le décès de sa protectrice, pour les Jésuites.

Hervé Niquet, Cathédrale Saint-Louis des Invalides, 10 mars 2020. Photographie © musicologie.org.

Curieusement, lorsqu’à la toute fin du xixe siècle on s’est employé à dresser la généalogie d’une musique française avec ses pères fondateurs, on s’est tourné vers Jean-Philippe Rameau plutôt que vers Jean-Baptiste Lully. C’est Camille Saint-Saëns qui supervisa l’édition monumentale de ses œuvres. On s’intéressera bien plus tard à Marc-Antoine Charpentier, dont tout le monde, d’un certain âge quand même, a dans le creux de l’oreille la sonnerie des premières mesures de son Te Deum qui a été l'inficatif, la célèbre musique générique, des retransmissions en eurovision des années 1960, au temps de l'ORTF.

Générique des retransmissions en eurovision de l'ORTF.

Puis la musicologie (avec la résurrection de la partition du Te Deum en 1953)  et le Centre de musique baroque de Versailles en ont fait un grand sujet de mise à jour et d’édition.

Le chœur et l’orchestre du Concert Spirituel, qui de son côté fête ses trente-trois ans sous la direction d’Hervé Niquet était à la tâche, dans un programme qui lui est organique, ayant enregistré le Te Deum dès 1997 (Naxos) et 2000 (Glossa). De plus cet ensemble compte encore dans ses rangs pas mal de vétérans de la première heure. On est donc ici assuré et rodé de chez rodé.

Cathédrale Saint-Louis des Invalides, 10 mars 2020. Photographie © V. F.

La première partie, surtout composée de pièces de la « période jésuite », n’est pas sans quelques longueurs, dues à un artisanat peu diversifié, mais avec de magnifiques arias, et trios vocaux, biens servis tant par les voix solistes féminines que masculines qui ont la part belle, et aussi de beaux mouvements d’ensemble : ouverture du Malade imaginaire (Molière, fâché avec Lully, avait demandé à Charpentier de recomposer et composer ses musiques), In Honorem Sancti Ludivici regis (évidemment dans cette Cathédrale Saint-Louis), In Assumptione Beata Mariae Virginis, In honorem Sancti Xaverij Canticum, Épithalame en l'honneur d'Emmanuel-Maximilien duc de Bavière.

Hervé Niquet, très dynamique, présente les œuvres avec un sens historique à la Stéphane Bern, mais avec humour, dans une redingote fourreau pailletée qui évoque à la fois le Grand siècle et la chine traditionnelle. Une taille trop petite. Sa gestuelle est ample, souple, élégante. Mais, quel que soit le chef, les gesticulations devant les musiciens font toujours sur moi un effet de brouillage au spectacle musical. D’autant que tout se passe en répétition, que l’ensemble musical peu important (cordes, vents, basse continue) est archi rodé au répertoire et au chef.

En seconde partie, le Te Deum précédé de deux marches pour les trompettes est bien l’œuvre de la circonstance, martiale et religieuse, comme on peut imaginer, voire fantasmer, aujourd’hui les fastes du Grand siècle. Nickel.

Pour les jours de confinement :

Marc-Antoine Charpentier, Marches pour les trompettes, H. 547, et introdution du Te Deum en re majeur H. 146, Hervé Niquet dirige l'Ensemble baroque de Croatie, 30 mai 2010.

 

Marc-Antoine Charpentier, Te Deum H. 146, 1. Prélude (marche en rondeau), 2. Te Deum laudamus (basse), 3. Te æternum Patrem (solo et chœur), 4. Pleni sunt cœli et terra (chœur), 5. Te per orbem terrarum (trio), 6. Tu devicto mortis aculeo (basse et chœur), 7. Te ergo quæsumus (soprano), 8. Æterna fac cum sanctis tuis (chœur), 9. Dignare, Domine (duo), 10. Fiat misericordia tua (trio), 10. In te, Domine, speravi (trio et chœur), Le Concert spirituel, sous la direction d'Hervé Niquet, Naxos 1997.

 

 Jean-Marc Warszawski
21mars 2020

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Samedi 21 Mars, 2020 5:19