musicologie

 

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Saint-Saëns Camille [Charles]
1835-1921

Camille Saint-Saëns

[ Catalogue des œuvres ] [ Bibliographie ] [ Documents ] [ Discographie ]

Né à Paris le 9 octobre 1835, mort à Alger le 16 décembre 1921.

Son grand-père paternel est agriculteur en Normandie.

Son père, Jacques-Joseph-Victor Saint-Saëns (1798–1835) sous-chef de bureau au ministère de l'interieur meurt de tuberculose trois mois après la naissance de son fils Camille qui est élevé par sa mère, Clémence Collin (1809–1888) et sa grand-tante, Charlotte Masson, qui lui enseigne le piano.

Il est un enfant prodige au piano et en composition.

Camille Saint-Saëns 1839

Il étudie le piano avec Camille-Mary Stamaty (1811-1870) qui le recommande à Pierre Maleden (1801-1871)pour la composition. Il donne ses deux premiers concerts en 1846, Salle Pleyel à Paris avec au programme le Concerto en do mineur de Beethoven, et le concerto en si K 450 de Mozart pour lequel il joue sa propre cadence.

Saint-Saëns en 1846

Il fait des études générales brillantes, où il montre un grand intérêt pour les disciplines scientifiques et littéraires.

Il entre au Conservatoire national de musique en 1848. Il étudie l'orgue avec François Benoist (1794-1878), et la composition avec Fromental Halévy (1799-1862). Il prend également des leçons de d'accompagnement et de chant.  Il reçoit les Conseils de Charles Gounod. Il obtient le Premier prix d'orgue, mais échoue par deux fois au Grand prix de Rome. Sa cantate, Ode à Sainte-Cécile obtient le premier Prix d'un concours organisé par la Société Saite-Cécile de Bordeaux en 1852.

En 1853, il crée sa première symphonie (en mi♭majeur). La même année il est organiste à l'église Saint-Merri de Paris. Il dédie sa messe opus 4 à l'abbé Gabriel (le curé de l'église) qui l'invite à se joindre à lui dans un voyage en Italie.

En 1857, sa symphonie Urbs Roma, obtient un autre Premier prix au Concours de la Société Sainte-Cécile. La même année et jusqu'en  1877, il est organiste de l'église de la Madeleine à Paris. Liszt qui l'entend improviser est impressionné. Il quitte la tribune de Saint-Merri.

En plus de ses propres travaux de composition, il colabore à l'édition des œuvres de Gluck, d'œuvres de Beethoven, de Liszt, de Mozart et des clavecinistes français. Il défend les musiques  Wagner (Tannhäuser et Lohengrin) et de Schumann contre l'opinion cultivée au Conservatoire.

En 1858, l'éditeur Girod lui paie 500 francs pour ses Six duos pour harmonium et piano. Il achète un télescope avec cet argent.

Camille Saint-Saëns, 1858Camille Saint-Saëns, 1858

De 1861 à 1865, il est professeur de piano à l'École Niedermeyer où il a Gabriel Fauré, Messager and Gigout comme élèves. En 1863 il connaît son second échec au Grand prix de Rome.

Il est en relations amicales avec Pauline Viardot, Georges Bizet, Rossini, Gustave Doré, Berlioz.

En 1867, sa cantate Les noces de Prométhée gagne le Premier prix d'un concours organisé à l'occasion de la Grande fête internationale du travail et de l'Industrie. Le jury est composé par Rossini, Auber, Berlioz, Verdi et Gounod.

En 1868 il crée son second concerto pour piano avec le concours d'Anton Rubinstein.

Au début des années 1870, il écrit pour des journaux :  la Renaissance littéraire et artistique (il signe Phémius), la Gazette musicale, la  Revue bleue, où il polémique entre autres contre Vincent d'Indy.

Camille Saint-Saëns

Au début de l'année 1870, il est en Angleterre où il joue devant la reine, et étudie les partitions de Händel à la bibliothèque de Buckingham Palace

En 1871, il fonde la  Société nationale de musique avec Romain Bussine, Alexis de Castillon, Gabriel Fauré, César Franck, Louis Lalo. La société encourage la musique française et créera  des œuvres de Saint-Saëns, Chabrier, Debussy, Dukas et Ravel.

En 1872 son œuvre lyrique La Princesse jaune est un échec. Sa grand-tante Charlotte Masson, meurt la même année. En 1873, il effectue son premier voyage en Algérie.

Il peut créer son opéra Samson et Dalila à Weimar grâce à Franz Liszt en 1877.

Il se marie en 1875, au  Cateau dans le Nord, avec Marie-Laure Truffot (décédée Bordeaux 1950)  alors âgée de 19 ans. Elle est la fille d'un industriel, Rodrigues Philippe Truffot, également maire du Cateau.

Il est à Bayreuth en 1876. Il écrit 7 longs articles pour le journal L'Estafette, et une série intitulée Harmonie et mélodie pour Le Voltaire.

En 1877 il crée Le timbre d'argent, un opéra, au Théâtre Lyrique. Cette œuvre est dédicacée à Albert Libon, un mécène qui lui offre 100 000 francs afin qu'il se consacre à la composition. Albert Libon meurt en 1877.

Ses deux fils, André et Jean-François meurent à six semaines d'intervalle en 1878. Le premier à la suite de la chute d'une fenêtre depuis le quatrième étage, l'autre de maladie. Saint-Saëns accable sa femme dont il se sépare. Le divorce officiel n'a jamais été prononcé.

Le 22 mai 1878, il crée son Requiem à la mémoire de son bienfaiteur Albert Libon, à l'église Saint-Sulpice de Paris.

Un jury en 1878 au Palais du Luxembourg. On reconnaît César Franck (4e en partant de la droite), Ambroise Thomas(à l'extrême droite), Camille Saint-Saëns (au piano).

La même année, il organise et et dirige à ses frais un concert consacré aux œuvres de Liszt. Il est le premier à créer en France ses poèmes symphoniques. Lui-même, est le premier compositeur français en avoir écrit : Le rouet d'Omphale en 1871, Phaéton en 1873, La Danse macabre en 1874, La Jeunesse d'Hercule en 1877.

Il est élu à l'Académie des Beaux-Arts en 1881.

En mars 1883 il crée son opéra Henry VIII, sur un livret de Shakespeare et de Calderón, qui est un succès.

Il est promu officier de la Légion d'Honneur en 1884.

En 1886, il rompt avec la Société nationale de musique, parce qu'on y décide de jouer les compositeurs étrangers.

Sa mère meurt en 1888. Il fait un voyage en Algérie pour se remettre du choc, et s'installe à Dieppe où un musée Saint-Saëns est créé en 1890. La même année il publie un recueil de poèmes : Rimes familières.

Il écrit une série d'articles de souvenirs pour la Revue bleue, il voyage beaucoup, en général pour des tournées de concerts, en Europe, en Amérique du Sud, où il écrit à l'occasion un hymne pour la fête nationale de l'Urugay (Partido colorado). Il séjourne en Asie, aux Îles Canaries, en Scandinavie, et en Russie où il donne une série de 7 concerts pour la Croix-Rouge. À cette occasion, il rencontre Tchaïkovski avec lequel il improvise un ballet accompagné au piano par Nikolai Rubinstein. Il est aux yeux du monde le plus grand compositeur français vivant.

C'est en vacances en Autriche qu'il compose en quelques jours le Carnaval des animaux, suite en 14 numéros, dont il interdira l'exécution excepté le no 13, « Le cygne ».

En 1892, Samson et Dalila est donné à l'Opéra de Paris avec un grand succès. Il crée à la Comédie-Française les musique restaurées de Luly dans Le Sicilien, ou L'amour peintre. Pus tard il livre la musique de Charpentier pour le Malade Imaginairede Molière au Grand-Théâtre. Il publie la même une comédie chez Calman Lévy  :  La Crampe des écrivains, représentée au Théâtre municipal d'Alger le 17 mars de la même année.

Illustration scénique pour Samson et Dalila, troisième acte.Illustration scénique pour Samson et Dalila, troisième acte.

 
François Gautier dit Paul Franz dans Samson et Dalila
Felia Litvinne dans Déjanire

Samson et Dalila, Agnes Baltsa et Placido Domingo. Mise en scène de Götz Friedrich, direction musicale de Georges Prêtre. Wiener Staatsoper 1990.

Placido Domingo, dans le rôle de Samson. Mise en scène de Elijah Moshinski et Jeremy Succliffe, direction musicale de Marc Emler, Royal Opera Covent Garden, Londres 1992.Placido Domingo, dans le rôle de Samson. Mise en scène de Elijah Moshinski et Jeremy Succliffe, direction musicale de Marc Emler, Royal Opera Covent Garden, Londres 1992.

En 1893 il dirige Samson et Dalila à Covent Garden en oratorio, car le clergé anglais ne permet pas alors qu'on présente des sujets bibliques à l'opéra. La même année il est docteur honoris causa de l'Université de Cambridge.

À partir de 1894, il supervise l'édition complète des œuvres de Jean-Philippe Rameau pour les éditions Durand.

En 1895, il fait représenter Frédégonde à l'Opéra. Il a lui même  achevé et rebaptisé Brunehilda qu'Ernest Guiraud a laissé inachevée.

Festival-Concert, Salle Pleyel le 2 juin 1896 par Camille Saint-Saëns, avec le concours de M.M. P. Sarasate et P. Taffanel, à l'occasion du cinquantenaire de son premier concert Salle Pleyel en 1846.

En 1896, il est sollicité pour soutenir le riche mécène Fernand Castelbon de Beauxhostes dans la réfection des arènes de Béziers. Le 28 août 1898, 8 000 personnes assistent à la représentation de Déjanire, sur un livret de Louis Gallet, et dans des décors de Marcel Jambon. L'orchestre comprend la Garde municipale de Barcelone, la  Lyre biterroise, 110 cordes, 18 harpes, 245 trompettes, plus de 200 choristes.

Gabriel Fauré et Fernand Castelbon de Beauxhostes
en 1902 à Beziers

En 1900 sa cantate Le feu céleste qui célèbre l'électricité est créée à l'ouverture de l'Exposition Universelle. Il est promu Grand Officier de la Légion d'Honneu, et reçoit la Croix du mérite délivrée par l'empereur Wilhelm II

En 1901, il est président de l'Académie des Beaux-Arts.

En 1902,  il est décoré du Commander of the Victorian Order, suite à la composition d'une marche pour le couronnement d'Édouard VII. Le 2 août de la même année il crée aux arènes de Beziers Parysatis, d'après un célèbre roman de Jane Dieulafoy à laquelle il a demandé le livret. Il emploie 450 intrumentistes et 205 choristes.

Le 8 février 1903, Sarah Bernhardt joue Andromaque sur la musique qu'elle a commandité à Saint-Saëns. Il publie la même année sa comédie Le Roi Apepi chez Calmann Lévy qui est crée au Théâtre municipal de Béziers la 13 août 1903.

Camille Saint-SensCamille Saint-Saëns en 1903 par A. Rossi.

Il est pour la première fois aux États-Unis en 1906, et donne des concerts à Philadelphie, Chicago et Washington.

En 1907, il est docteur honoris causa de l'Université d'Oxford.

En 1908, il est le premier compositeur de renom à écrire pour le cinéma, avec la musique pour L'assassinat du duc de Guise, un film d'André Calmettes et de Charles Le Bargy qui est le premier film à avoir eu un grand succès populaire. Y jouaient, de la Comédie française : Albert Lambert, Charles Le Bargy (successeur de  Coquelin dans le rôle de Cyrano), Gabrielle Robinne, Albert Dieudonné (le célèbre Napoléon d'Abel Gance en 1935). La même année il publie une Ode à Berlioz et une comédie Botriocéphale qui est créée à Paris.

Saint-Saën en 1910, Salle Gaveau (Photo Life).

En 1910-1911, le Théâtre d'Alger programme 5 de ses opéras à la suite. En 1913, il reçoit au Caire la Grande Croix de la Légion d'honneur.

En 1914 il écrit une série d'articles intitulés « Germanophilie » où il plaide le bannissement de la musique allemande, y compris celle de Wagner.

En 1915 il est pour la seconde fois aux États-Unis et donne une série de conférences et de concerts à New York et à San Francisco.

Camille Saint-SaënsEntre France et Amérique...

En 1916, il passe 4 mois en Amérique du Sud.

Le 6 août 1921 il donne un concert de 7 œuvres au Casino de Dieppe pour marquer ses 75 ans de carrière de pianiste. Le 21 il est à Béziers pour y diriger une répétition d'Antigone. De retour à Alger où il réside le plus souvent, il travaille quelques orchestrations avant de mourir.

Catalogue des  œuvres musicales

Musique de chats (1868)

Décor pour Phryné de Philippe Chaperon

Écrits

Camille Saint-Saëns Caricaturé par Gabriel Fauré

Bibliographie

Documents

ÉMILE VUILLERMOZ, Histoire de la musique. «Les grandes études historiques», Librairie Fayard, Paris 1949 (8e édition), p. 281-285

C'est en pratiquant une politique musicale très différente que Charles-Camille Saint-Saëns a défendu également les intérêts artistiques de son pays. Patriote jusqu'au chauvinisme, Français jusqu'au « gallicanisme », ce Normand à demi Champenois avait fait de la xénophobie le dogme essentiel de son évangile. Les exagérations ridicules et les mesquineries auxquelles l'entraîna ce parti pris auraient fort bien pu discréditer la noble cause dont il se faisait l'agressif champion, mais la qualité de ses oeuvres vint heureusement conjurer ce péril. Saint-Saëns résume en lui quelques-unes des particularités caractéristiques du génie de notre race : le goût de la netteté, de la clarté et de la logique, l'amour de la pureté néo-classique, l'intellectualisme raisonneur et l'intransigeance nationaliste. Cette solide armature l'a évidemment préservé des abandons enivrés et des délires hallucinés du romantisme, mais elle a comprimé si fortement son coeur que nous regrettons d'avoir sou-vent tant de peine à en percevoir les battements.

La vie de cet artiste, né dans l'aisance et encouragé dans sa vocation, fut celle d'un dilettante laborieux. Affranchi des soucis matériels qui écrasent trop souvent les compositeurs, il accepta temporairement quelques obligations professionnelles comme l'enseignement du piano à l'École Niedermeyer, et les fonctions d'organiste à Saint-Merry, puis à la Madeleine, mais conserva toujours assez de liberté pour concilier son amour du travail et son goût des voyages. Merveilleusement doué pour le piano, qu'il aborda à deux ans et demi, il put, à cinq ans, accomplir de surprenantes performances comme exécutant et comme improvisateur et, à dix ans, donner un grand récital composé d'oeuvres maîtresses de Haendel, Bach et Beethoven. Il avait travaillé avec Stamaty; il étudia l'orgue avec Benoist et déserta sou-vent la classe de composition d'Halévy pour recueillir l'enseignement de Gounod.

Chose étrange et déconcertante, ce virtuose de la composition, ce type du « fort en thème » et de l'élève docile et conformiste échoua par deux fois au Concours de Borne dont le règlement semblait pourtant fait pour mettre en valeur toutes ses vertus scolaires. Il n'insista pas et se remit tranquillement à la composition pour nous donner, à dix-huit ans, sa première Symphonie en mi bémol et, bientôt, L'Ode à Sainte Cécile et deux Symphonies en fa et en ré qui ne furent pas publiées. Ses succès de pianiste ralentissent son effort créateur pendant quelques années, mais ce travailleur acharné ne tarda pas ti reprendre la plume. Son catalogue comprend près de deux cents ouvrages. Les prin-

cipaux sont, dans la musique orchestrale, ses cinq concertos de piano, ses trois concertos de violon, ses trois Symphonies, sa Marche héroïque, sa Suite Algérienne, sa Jota aragonèse, sa Nuit à Lisbonne, son Allegro appassionato, sa Rhapsodie d'Auvergne, son Africa pour piano et orchestre, sa Havanaise pour violon et orchestre et son Carnaval des Animaux; dans la musique de chambre, ses deux Trios, ses deux sonates de violon, ses deux sonates de violoncelle, son quatuor à cordes, son quatuor avec piano, son Quintette, son Septuor, avec trompette, ses Romances, sa Sérénade, son Allegro appassionato pour violoncelle ou violon, son Wedding-Cake pour piano et quatuor et de nombreuses pièces pour piano à deux et à quatre mains — valses, études, mazurkas, variations... etc.

Cette partie de son oeuvre aurait suffi à assurer la gloire et à remplir la carrière normale d'un compositeur. Mais Saint-Saëns trouva le moyen de briller dans beau-coup d'autres genres. Tout d'abord, il écrivit plus de quatre-vingts mélodies, trop ignorées des chanteurs qui ne connaissent que le recueil des Mélodies Persanes et le Pas d'armes du Roi Jean, des choeurs, des cantates, des scènes lyriques, comme le Déluge, la Lyre et la Harpe, les Noces de Prométhée, la Nuit Persane, la Fiancée du Timbalier, Pallas-Aihéné, Lever de soleil sur le Nil... etc., puis de la musique religieuse, une Messe pour solistes, choeurs, orchestre et orgue, un Oratorio de Noël, le Psaume X VIII, le Psaume CL, un Requiem, de nombreux motets et cantiques, et des pièces d'orgue — Marche religieuse, Bénédiction nuptiale, Trois rhapsodies sur des cantiques bretons, deux livres de Préludes et Fugues... etc.

Enfin il enrichit deux autres répertoires très différents : celui du grand poème symphonique dont il fut le Liszt français avec le Rouet d'Omphale, Phaëton, la Danse Macabre, la Jeunesse d'Hercule, et celui du théâtre lyrique avec la Princesse Jaune, Phryné, Samson et Dalila, le Timbre d'Argent, Étienne Marcel, Henri VIII, Proserpine, Ascanio, Frédégonde, les deux versions de Déjanire, les Barbares, Parysatis, Hélène, l'Ancêtre, sans compter le ballet de Javotte et les musiques de scène d'Antigone, d'Andromaque et de la Foi. Et nous ne parlons pas des arrangements, transcriptions, orchestrations, réductions fort remarquables d 'oeuvres de Bach,

de Mozart, de Haydn, de Beethoven, de Berlioz, de Chopin, de Gluck, de Wagner, de Mendelssohn, de Schumann, de Liszt, de Gounod, de Bizet, de Duparc... etc. et de la paraphrase de concert qu'il composa sur la Thaïs de son ennemi no 1...

Dans tous ces domaines Saint-Saëns fit preuve d'une lucidité, d'une maîtrise aisée, d'une sûreté de main et d'un imperturbable sang-froid qui lui ont été reprochés comme des tares. I1 est certain que, dans la plus grande partie de sa production, son intelligence aiguë a joué un rôle plus actif que sa sensibilité. On ne saurait s'en plaindre en présence d'un chef-d'oeuvre aussi accompli que sa Symphonie avec orgue où rien n'est laissé au hasard et où un cerveau supérieurement organisé conduit avec une virtuosité infaillible une polyphonie élégante et déliée dont toutes les courbes sont dessinées par un Ingres de la mélodie et dont les moindres rouages sont mis en place avec une minutieuse adresse. Il n'est pas inutile d'avoir la tête froide pour inventer, ajuster et engrener un mécanisme d'horlogerie aussi parfait que celui-ci. A-t-on jamais songé à exiger d'un horloger qu'il fasse intervenir les spasmes d'un coeur tumultueux dans la construction d'une montre ? Une symphonie n'est pas forcément pathétique. Or, même quand il n'est pas ému lui-même, Saint-Saëns arrive à provoquer chez ses auditeurs une émotion de l'esprit qui naît de la grandeur et de la noblesse des lignes et des volumes de ses architectures. L'andante de sa Symphonie en ut mineur en est un exemple frappant. La passion n'a pas à intervenir davantage dans ses admirables concertos qui émerveillaient Ravel et qui lui ont servi de modèles pour les siens. Par contre, une tragédie lyrique comme Samson et Dalila, en dépit de son livret d'oratorio, ne renferme-t-elle pas des pages sensibles, des plaintes poignantes et de voluptueuses effusions ?

Camille Saint-SaënsLe tort de Saint-Saëns a été de se rejeter, par haine du wagnérisme, dans la formule artificielle et rétro-grade de l'opéra historique français et de se condamner ainsi à un style que Meyerbeer avait déjà banalisé de son empreinte et alourdi de fâcheuses conventions. C'est pourquoi, malgré de très belles pages, le théâtre lyrique de Saint-Saëns n'est probablement pas destiné à bénéficier de la longévité qui semble promise au seul Sam-son. Dans l'histoire du poème symphonique, au con-traire, l'auteur de la Danse Macabre et de Phaéton occupera une place d'honneur. Il a, en effet, réalisé quatre modèles du genre traités dans le goût français le plus caractérisé, c'est-à-dire présentant une synthèse admirablement équilibrée de tous les éléments constitutifs de la formule. S'opposant au désordre, à la grandiloquence, à la boursouflure et à la gaucherie des toiles violemment coloriées de Berlioz, les poèmes symphoniques de Saint-Saëns offrent un dosage parfait de la science architecturale, de la précision descriptive, de la puissance évocatrice, de la limpidité du style, de la virtuosité orchestrale et du tact dans le choix des volumes et des couleurs. Au moment où ces lignes sont écrites ces vertus ne sont plus à la mode mais il faudrait n'avoir rien retenu des leçons que nous donne le passé pour ne pas être persuadé que l'art intelligent et rationnel de ce parfait écrivain français retrouvera bientôt parmi ses compatriotes la vaste audience que mérite un classique de sa valeur.

Camille Saint-Saëns : concerto pour violon no 3, en si mineur, op. 61. Dans « Dossier de presse de l'Orchestre national de Lyon » (mars 2005)

Allegro non troppo Andantino quasi allegretto / Molto moderato e maestoso Allegro non troppo. Composé en mars 1880. Dédié à Pablo de Sarasate. Première audition le 15 octobre 1880 à Hambourg. Création française le 2 janvier 1881 par Pablo de Sarasate aux Concerts du Châtelet, direction Edouard Colonne.

Fruit d'une longue amitié, le Troisième Concerto pour violon fut composé par Saint-Saëns à l'intention du virtuose espagnol Pablo de Sarasate (1844-1908), auquel il avait déjà dédié son Premier Concerto pour violon (le second en fait dans la chronologie des oeuvres), l'Introduction et Rondo capriccioso ainsi que sa transcription pour violon de la Sarabande de la Troisième Suite anglaise de Bach.

Dès sa création en 1880 l'œuvre s'imposa comme une des pièces maîtresses du répertoire violonistique et obtint, selon les termes mêmes de Saint-Saëns, une «célébrité mondiale». De son vivant, le compositeur assista à des exécutions triomphales du Troisième Concerto sous l'archet d'Eugène Ysaye ou d'Enesco. Devant cette célébrité, le compositeur affichait une lassitude élégante mais il avait une estime particulière pour cette oeuvre qu'il jugeait supérieure à l'Introduction et Rondo capriccioso, autre cheval de bataille des violonistes.

Les deux oeuvres entretiennent des parentés esthétiques liées à la nationalité espagnole de leur interprète et au goût des Français pour l'Espagne, première porte vers un exotisme dont le xixe siècle était friand. Le finale du concerto, très dansant, est particulièrement hispanisant, tandis que le premier mouvement offre des éléments plutôt tziganes. Quoi qu'il en soit, comme Brahms dans ses Danses hongroises, Saint-Saëns se hausse au-dessus de la simple évocation pittoresque et donne à ces emprunts une véritable portée expressive. Le soliste conduit d'un bout à l'autre un discours musical fondé sur un lyrisme chaleureux, qui ne cède jamais le pas à la virtuosité gratuite. Clarté formelle et diversité de la palette harmonique (bien que peu novatrice pour les années 1880) contribuent à la force persuasive de cette oeuvre. [...]

 

Discographie

Elisso Bolkvadze, Orchestre symphonique de Tbilisi (Jansug Kakhidze, dir.), Camille Saint-Saëns, 2e concerto pour piano et orchestre en sol mineur, opus 22, Franz Liszt, Fantaisie sur un thème populaire hongrois, Sergei Rachmaninov, Rhapsodie sur un thème de Paganini. Enfregistré en 1993 & 1994. Cascavelle - Disques Office, Fribourg 2010.
1-3. Camille Saint-Saëns, 2e concert pour piano en sol mineur, opus 22 (Andantes sostenuto, allegro scherzando, Presto) ; 4. Franz Liszt, Fantaisie hongroise ; 5. Sergei Rachmaninov, Rhapsodie sur un thème de Paganini.

Voir présentation

01 /
Camille Saint-Saëns
Requiem
Psaume XVIII
François Pollet - Magali - Chalmeau-Damonte - Jean-Luc Viala - Nicolas Rivenq
Choeur Vittoria Ile de France
Michel Piquemal, dir.
Orchestre national d'Ile de France
Jacques Mercier, dir.
Disque Adda / Musidisc 241902
MU 750 1989, DDD 

02 / 144
Camille Saint-Saëns
Musique de chambre pour bois et piano
Ensemble Villa musica
Jean-Claude Gérard, flûte
Ingo Goritzki, Hautbois
Ulf Rodenhäuser, clarinette
Dag Jensen, Basson
Leoneard Hokanson, Piano
MDG 1991, L 3395
01-03. Sonate pour hautbois et piano en ré majeur opus 166 - 04-07. Sonate pour clarinette et piano en mi bémol majeur opus 167 - 08-10. Sonate pour basson et piano en sol majeur opus 168 - 11. pour flûte et piano opus 37 - 12. Caprice sur des airs danois et russes opus 79, pour flûte, hautbois, clarinette et piano. 

03 / 144
Camille Saint-Saëns
Chansons
François Le Rous, Baryton
Graham Johnson, Piano
Enregistré les 4-6 janvier 1996
hypérion CDA 66856
01. Chanson (Nouvelle chanson sur un vieil air) (Victor Hugo) - 02. Guitare (Victor Hugo) - 03. Rêverie (Victor Hugo) - 04. L'Attente (Victor Hugo) - 05. Le Chant de ceux qui s'en vont sur la mer (Air breton) (Victor Hugo) - 06. Le pas d'armes du Roi Jean: Ballade douzième (Victor Hugo) - 07. La Coccinelle (Victor Hugo)  -08. A quoi bon entendre les oiseaux des bois? (Victor Hugo) - 09. Si vous n'avez rien à me dire (Victor Hugo) - 10. Dans ton coeur ('Jean Lahor' [Henri Cazalis]) - 11. Danse macabre ('Jean Lahor' [Henri Cazalis]). Mélodies persanes op 26 (Armand Renaud) : 12. No 1, La Brise - 13. No 4, Sabre en main - 14. No 5, Au cimetière - 15. No 6, Tournoiement (Songe d'opium) - 16. Marquise, vous souvenez-vous? (François Coppée) - 17.  La Cigale et la Fourmi (Jean de La Fontaine) - 18. Chanson à boire du vieux temps (Nicolas Boileau) - 19. Nocturne (Philippe Quinault) -  20. Violons dans le soir (Comtesse Anna de Noailles) (Krysia Osostowicz, violin) - 21. Guitares et mandolines (Camille Saint-Saëns) - 22. Une flûte invisible (Victor Hugo) (Philippa Davies, flute) - 23. Suzette et Suzon (Victor Hugo) - 24. Aimons-nous (Théodore de Banville) - 25. Temps nouveau (Charles d'Orléans) - 26 - Le vent dans la plaine (Paul Verlaine) - 27. Grasselette et Maigrelette (Pierre de Ronsard)

04 / 144
Lalo
Saint-Saëns
Concertos pour violoncelle
Anne Gastinel
Orchestre National de Lyon
Emmanuel Krivine, dir
Enregistré à Lyon, auditorium Maurice Ravel en 1995
Audivis Valois V 4754

 

 

05 / 144
Saint-Saëns
Fauré
Les quatuors pour cordes

Miami String Quartet
Ivan Chan, violon
Cathy Meng, violon
Chancey Patterson, alto
Keith Robinson, Violoncelle
Enregistré en 1997
CONIFER CLASSiCS 75605 5129

 

06 / 144
Saint-Saëns
La muse et le poète
Gary Hoffman, violoncelle
Patrice Fontanarosa, violon
Clara Novakova; flûte
Richard Vieille, clarinette
Ensemble Orchestral de Paris
Jean-Jacques Kantorow, dir
Enregistré en 1994
Enregistré à Paris, salle Wagram les 22-24 septembre 1993
EMI CDC 7 54913
01. La Muse et le Poète, duo pour violon, violoncelle et orchestre en mi mineur Op. 132 - 02.Odelette pour flûte et orchestre en ré majeur Op. 162 - 03. Tarentelle pour flûte, clarinette et orchestre en la mineurOp. 6 - 04-08. Suite pour orchestre en ré majeurOp. 49 - Prélude, Sarabande, Gavotte, Romance, Finale - 09. Morceau de concert pour violon et orchestre en la majeur Op. 20 - 10. Romance pour flûte et orchestre en ré bémol majeur Op. 37 - 11. Une nuit à Lisbonne, barcarolle en mi bémol majeur Op. 63

07 / 144
Saint-Saëns
2 Sonates pour violon et piano
Jacques Rouvier, piano
Jean-Jacques Kantorow, violon
Enregitré les 11-12 mars 1991
Denon CO 79552
01-04. Sonate n° 1 en ré mineur op. 75 - 05-08. Sonate n° 2 en mi bémol majeur op. 102

 

08 / 145
Saint-Saëns
The complete works for piano and orchestre
Stephen Hough, piano
City of Birmingham Symphoniy Orchestra
Sakari Oramo, dir
Enregistré à Birmibgham les 22-24 janvier 2000
Hypérion CDA 67331, 2 disques
Disque 1 : 01-03. Concerto pour piano n° 1 en ré majeur op. 17 — 04-06. Concerto pour piano n° 2 en sol mineur op. 22 — 07-09. Concerto pour piano n° 3 en mi bémol majeur op. 29 — 10. Valse caprice pour piano et cordes op. 76. Disque 2 : 04-02. Concerto pour piano n° 4 en do mineur op. 44 — 03-05. Concerto pour piano n° 5 en fa majeur op. 103 — 06. Rapsodie d'Auvergne op. 73 — 07. Allegro appasionato op. 70 — 08. Africa op. 89 

09 / 145
Camille Saint-Saëns
L'oeuvre pour violon et piano
Gérard Poulet, violon
Noël Lee, piano
ARION 1997 ARN 68362
01-04- Sonate n° 2 pour violon et piano op. 102 — 05-07. Tryptique pour violopn et piano op. 136 — 08. Berceuse op. 38 — 09. Élégie op. 143 — 10. Élégie op. 160 — 11-14. Sonate n° 1 pour piano et violon op. 75

 

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ISSN 2269-9910

Références / musicologie.org 2016

Mercredi 22 Juin, 2016 22:48