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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte : la musique instrumentale en Allemagne de Beethoven à Schubert.

Les trios avec piano opus 1 (nos 1-3), de Ludwig van Beethoven

La musique de chambre de Ludwig van Beethoven.

Les trios avec piano : opus 1 (nos 1-3) ; opus 11 ; opus 70 ; opus 97.

Dans cet opus 1, par lequel il entendait sans aucun doute frapper les esprits au moment d’entrer en scène en qualité de compositeur, Beethoven affirme  d’emblée ses ambitions : on a là trois œuvres écrites en quatre mouvements de vastes proportions, des partitions qui, si elles sont redevables à Haydn et à Mozart, marquent « la prise de possession d’un langage personnel, la prise de distance à l’égard des prédécesseurs » (André Boucourechliev). Toutefois, si le musicien s’y « attaque aux composantes les plus recherchées du style de maturité de Haydn et de Mozart, il s’en faut de beaucoup qu’il réalise un même équilibre entre développements harmonique et thématique. L’imitation de Haydn et de Mozart reste largement extérieure dans les trios opus 1, techniquement et émotionnellement plutôt annonciateurs de Hummel, Weber et Schubert. Ils sont caractéristiques du préromantisme par leur rythmique souvent étirée, l’abondance de leur matériau de transition, leurs amples structures mélodiques, leur forme diffuse, leur discours surchargé ».185

Ne boudons pas pour autant notre plaisir face à cette générosité et à cette exubérance du jeune Beethoven. Même le premier de ces trois trios, l’opus 1 no 1 en mi bémol majeur, qui passe pour être le moins abouti, offre beaucoup plus qu’une imitation de Haydn et de Mozart, et, avec ses fréquents changements d’éclairage harmonique, comme par sa brillance volubile et ornée, se révèle aussi attachant que séduisant.

Ludwig van Beethoven, Trio avec piano opus 1 no 1 en mi bémol majeur, I. Allegro, II. Adagio cantabile, III. Scherzo con Triob: Allegro assai, IV. Finale. Presto, par Eugene Istomin, Isaac Stern et Leonard Rose (Paris 1972).

De caractère alerte et joyeux dans ses trois mouvements vifs, l’opus 1 no 2 en sol majeur, dans lequel de nombreux traits suggèrent une influence de Haydn, se distingue surtout par son ample largo con espressione, un morceau qui a sa place parmi les plus beaux mouvements lents de Beethoven, avec, selon les termes de F. R. Tranchefort, son thème imprégné de la « sentimentalité » légèrement fébrile d’un Impromptu de Schubert.

Ludwig van Beethoven, Trio avec piano opus 1 no 2 en sol majeur, II. Largo con espressione, par le Beaux Arts Trio (1964)

C’est cependant l’opus 1 no 3 en ut mineur qui retient le plus l’attention. C’était du reste, aux yeux même de Beethoven, le meilleur des trois, et c’est à juste titre le plus souvent joué. Curieusement, lors de la première audition de ces trios chez leur dédicataire, le prince Lichnowsky, c’est sur ce trio en ut mineur que Haydn crut bon d’émettre quelques réserves, mais s’il conseilla vraiment à Beethoven de ne pas le publier, c’était peut-être moins un signe de désapprobation qu’un conseil d’ami mettant en garde le jeune musicien face à l’éventualité d’un mauvais accueil du public. L’œuvre, en effet, marque une nette prise de distance de Beethoven par rapport à ses grands devanciers. C’est particulièrement frappant dans les deux magnifiques mouvements extrêmes, pleins d’élan, d’accents dramatiques et de contrastes dynamiques déjà très caractéristiques du langage du compositeur. Le menuetto quasi allegro lui-même, avec ses changements d’humeur abrupts, dénote une personnalité tout à fait originale, et si les cinq variations de l’andante cantabile qui précède sont, elles, beaucoup plus « classiques », il ne fait pas de doute que les heureux premiers auditeurs eurent ce jour-là le sentiment d’avoir assisté à l’émergence d’un grand musicien.

Ludwig van Beethoven, Trio avec piano opus 1 no 3 en ut mineur par Beaux Arts Trio (1981)

 

plume Michel Rusquet
29 novembre 2019

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Notes

185. Szersnovicz Patrick, dans « Le Monde de la musique » (238), décembre 1999.

 


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Vendredi 29 Novembre, 2019 0:29