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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte : la musique instrumentale en Allemagne de Beethoven à Schubert.

Le trio avec piano opus 97 (no 7), « L'archiduc », de Ludwig van Beethoven

La musique de chambre de Ludwig van Beethoven.

Les trios avec piano : opus 1 (nos 1-3) ; opus 11 ; opus 70 ; opus 97.

Dédié à l’archiduc Rodolphe (d’où son nom), l’ultime trio de Beethoven, l’opus 97 en si bémol majeur, esquissé en 1810, fut écrit d’un seul jet en mars 1811. « Tout ici respire la grandeur, aboutit à la plus impérieuse plénitude. Oratoire et sincère, lyrique au suprême degré, Beethoven édifie dans son trio opus 97 le couronnement du genre, dont les amples dimensions exigent un auditeur complice. Cette œuvre phare, sereinement triomphale, a soulevé dès sa création publique en mai 1814 — ce fut la dernière apparition en public du compositeur comme pianiste — l’enthousiasme des contemporains comme plus tard celui des grands romantiques […], et tout au long du xixe siècle, des compositeurs aussi différents que Saint-Saëns, Lalo, Brahms, Smetana ou Dvořák, fascinés par l’œuvre, ne pourront jamais l’occulter en écrivant leurs propres trios. »189

Si ce trio aux proportions gigantesques n’a cessé d’exercer une telle domination sur le répertoire, il le doit à bien d’autres choses qu’à sa pure beauté mélodique : « formes larges dans une architecture solide et puissante, thèmes burinés soumis à d’intenses polyphonies, couleurs sonores très éclatantes et nuancées à la fois, - ainsi peuvent se résumer de très essentielles qualités. »190

Il faudrait, bien sûr, s’attarder sur chacun des quatre mouvements : le premier (allegro moderato), dont Beethoven aurait dit qu’il « ne rêve que de bonheur et de contentement », et qui impressionne par un somptueux développement en trois parties distinctes alternant périodes d’activité et de repos ; le scherzo qui suit, mouvement d’une souveraine liberté qui danse sur un thème de caractère assez fantomatique, pour se perdre par moments dans de ténébreux chromatismes ; et jusqu’au finale (allegro moderato) de forme rondo, aux robustes élans rythmiques, qui, avec une grande variété d’idées, conclut l’œuvre d’une façon très brillante et joyeuse. Mais c’est le troisième mouvement (andante cantabile), dans lequel, selon Beethoven, « le bonheur se métamorphose en émotion, souffrance, prière… », qui élève ce trio au rang des œuvres d’exception. Et, comme par hasard, il s’agit d’un thème et variations, dans lequel Beethoven, une fois de plus, révolutionne l’art de la variation. « Dans la première variation, tous les instruments semblent « accompagner » quelque chose, mais quoi ? C’est l’ombre du thème, qui peu à peu s’épaissit dans la trame, émerge dans notre conscience. De même dans la seconde variation où nous retrouvons, dans un développement purement linéaire, à la fois ses caractères mélodiques et ses changements harmoniques. Dans le champ de contrastes rythmiques de la troisième, le thème se devine plutôt qu’il ne se découvre, à travers ses harmonies. Ce sont ses durées, sa périodicité caractéristique qui se transforment dans la quatrième ; le temps y apparaît beaucoup plus étale, en longues plages. La cinquième joue un rôle de reprise ; pourtant c’est celle où les liens apparents avec l’original sont presque complètement abandonnés. Le thème est disloqué, dissous, absorbé, émergeant çà et là comme en lambeaux de brouillard. Il éclate à la fin, de nouveau reconnu, accueilli chaleureusement par les trois instruments, puis s’éloigne, paisiblement. »191

Ludwig van Beethoven, Trio avec piano opus 97 en si bémol majeur, par Emil Gilels (piano), Leonid Kogan (violon) et Mstislav Rostropovich (violoncelle), Moscou 1956.

 

Ludwig van Beethoven, Trio avec piano opus 97 en si bémol majeur, 3. Andante cantabile, par Eugene Istomin, Isaac Stern & Leonard Rose (Columbia 1966).

 

plumeMichel Rusquet
4 décembre 2019

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Notes

189. Szersnovicz Patrick, dans « Le Monde de la musique » (276), mai 2003.

190. Tranchefort François-René, Guide de la musique de chambre, Fayard, Paris 1998, p.73.

191. Boucourechliev André, Beethoven. « Solfèges », Seuil, Paris, 1963, p. 79.


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