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Lumière et ombres de l’étoile Netrebko au Grimaldi Forum de Monaco

Monaco, 2 février 2018, par Jean-Luc Vannier ——

Anna Netrebko est certes une étoile au firmament du chant lyrique. Une étoile parfois filante : après avoir « posé un lapin » à l’opéra de Monte-Carlo en juin 2015 pour Iolanta de Piotr Ilyitch Tchaïkovski, la célèbre soprano se produisait, jeudi 1er février au Grimaldi Forum, en compagnie de son époux et partenaire sur scène, le ténor Yusif Eyvazov. Et ce, devant une salle comble de la communauté russe monégasque et azuréenne, donc acquise ab initio. Tous deux étaient accompagnés par l’orchestre de l’opéra de Nice dirigé par Jader Bignamini. Un récital exceptionnel dont il fut difficile de savoir s’il se réalisait ou non en « coopération » avec l’opéra de Monte-Carlo. La brochure de ce dernier le mentionnait ainsi mais pas le programme de la soirée placée sous l’égide de Berinart et de son Chief Executive Officer Maxim Berin. Un programme, soit dit en passant, truffé de fautes d’orthographe pour la version française du texte y compris pour les titres tandis que le service de presse de Berinart était aux abonnés absents.

De cette soirée en deux parties, le programme très « commercial » de « tubes » lyriques alternait arias et interludes musicaux. Après l’introduction, coupes de champagne en main, sur le « Libiamo ne'lieti calici » de La Traviata, la soprano et le ténor enchainent sur d’autres airs de Giuseppe Verdi : un somptueux « Ritorna Vincitor » de Aïda avec un medium final délicatement retenu, « La vita è inferno all’infelice », air d’Alvaro au troisième acte de La Forza del destino, le duo de Desdémone et Otello «  Già nella notte densa » superbement initié par les deux violoncelles. Entretemps, le public aura savouré un admirable « Io son l’umile ancella » de l’acte I d’Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea récemment présenté à Monte-Carlo pour la fête nationale.

La deuxième partie fut notamment marquée par deux magnifiques interprétations d’Anna Netrebko : « l’Hymne à la lune » du Rusalka d’Antonín Dvořák, puis  le « Ebben ne andro lontana » tiré de l’acte I de La Wally d’Alfredo Catalani. Seul changement au programme : le remplacement de la romance « No puede ser » extrait au second acte de La Taberna der Puerto de Pablo Sorozabal par le plus célèbre des airs de ténor, « Nessun dorma » du Turandot de Puccini. L’aria de Sou-Chong « Dein ist mein ganzes Herz » à l’acte II de Das Land des Lächelns de Franz Léhar concluait inévitablement ce récital. 

Que dire de tout cela ? Malheureusement, le ténor d’origine azerbaïdjanaise Yusif Eyvazov ne parvient pas à nous convaincre : outre un certain monolithisme dans l’expression vocale, un large vibrato qui surgit sans crier gare, parfois dans les forte, ostensiblement forcés, parfois dans les mediums, parasite son timbre qui en revêt des résonnances pas toujours agréables et finit par altérer foncièrement sa ligne de chant. Son « E lucevan le stelle » extrait de l’acte III de Tosca où son étrange cri final masque l’impossibilité de tenir la note suraiguë,  manque singulièrement d’intériorité. Le maestro réclame parfois des pupitres une baisse d’intensité afin de ne pas couvrir sa voix.

Anna Netrebko que notre confrère avait entendue dans un récital des Grandes Voix au Théâtre des Champs-Élysées en juillet 2014, nous a charmé, ému, enthousiasmé mais pas ébloui. Elle a économisé nombre d’aigus qu’elle a préféré nous offrir sous la forme de notes souvent réfrénées mais enrichies de puissants et bouleversants affects. Capable sur scène de cette incarnation vocale immédiate, la diva possède encore et toujours de colossales facultés techniques d’interprétation qui lui permettent l’adaptation réussie de sa tessiture à de nouveaux répertoires. Certes, le grain de voix s’est encore arrondi, densifié par la base qui la fait souvent plonger dans des graves troublants. Toujours aristocratique, le timbre redouble néanmoins de cette chaude couleur à l’obscure beauté et d’une rare sensualité. Anna Netrebko et Yusif Eyvazov réitèreront leurs prestations le 23 mai prochain au Royal Albert Hall de Londres. Puis le 7 février 2019 à Dubaï.

Monaco, le 2 février 2018
Jean-Luc Vannier

 

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bouquetin

Samedi 3 Février, 2018 18:41