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Effets visuels et clichés sexistes pour Viva Momix Forever de Moses Pendleton au Monaco Dance Forum

Viva Momix Forever, Monaco Dance Forum. Photographie © Max-Pucciariello.

Monte-Carlo, 17 décembre 2017, par Jean-Luc Vannier  ——

Créé en 2015 pour le 35e anniversaire de cette compagnie de ballets reconnue comme « inclassable », Viva Momix Forever qui regroupe des extraits les plus emblématiques de l'œuvre du chorégraphe Moses Pendleton, était présenté samedi 16 décembre dans le cadre du Monaco Dance Forum. Avec une deuxième partie nettement plus intéressante que la première. Le travail de Moses Pendleton consiste essentiellement en une recherche systématique d'effets visuels provoqués, dans des jeux de lumière savamment élaborés (Joshua Starbuck, Howell Binkley, Moses Pendleton et Woodrow Dick III),  par le maniement de divers objets : qu'il s'agisse des costumes (Phoebe Katzin, Moses Pendleton et Cynthia Quinn), des décors ou d'improbables ustensiles. Avec une récurrence parfois lassante de mouvements de traction, d'élévation et de balancement. Cette recherche ne trouve pas toujours une issue des plus favorables : qu'en est-il d'une véritable proposition chorégraphique portant sur l'exploitation physique et surtout psychique des corps eux-mêmes ? Le spectacle offre avant la pause une série de huit tableaux dont les sept premiers nous laissent carrément sur notre faim tant les neuf danseurs sont réduits à des évolutions répétitives, limite « kitsch ».

Une perception aggravée par le sentiment de découvrir des clichés sexistes dans leur conception : les filles ondulent sans enthousiasme avec des voiles ou se trémoussent dans des robes qui ressemblent à des rhododendrons tandis que, séparément, les garçons exécutent de médiocres pirouettes sur des barres ou miment ridiculement des cow-boys du Far West : leurs béquilles phalliques n'auraient-elles pas pu être plus inventives avec un brin d'audace ? Les musiques méditatives, style New Age — la mode n'était-elle pas déjà dépassée il y a 35 ans ? — douces pour les filles et plus rythmiques pour les garçons, accentuent le triste stéréotype. Seul le huitième extrait, saisissantes et énigmatiques évolutions sur fond de lettres mouvantes, de chiffres mystérieux et de papiers bruyamment froissés, procure cet étonnement : ne serait-ce que par l'étude plus dense, la rencontre plus suggestive, curieuse, mêlée de mixité, entre les artistes et les matières au contact de leur peau.

Viva Momix Forever, Monaco Dance Forum. Photographie © Max-Pucciariello.

La deuxième partie a, heureusement, amendé nos impressions. Le dédoublement du corps allongé au sol sur une surface réfléchissante, sorte d'Ondine qui finit engloutie par elle-même, marque les esprits. Les lumières noires qui transforment les bras des danseurs, plongés dans la pénombre, en « albatros aux ailes de géant » et le duo sur un cylindre rotatif, nonobstant le côté « acrobates de cirque », sont bien pensés. Mais rien qui n'égale l'époustouflante créativité gymnique de Séquence 8 prodiguée par la Compagnie Les 7 doigts de la main en juillet 2012 ou le fantastique travail chorégraphique sur les corps individuels et minutieusement désynchronisés du Batsheva Ensemble en février 2011, toujours au Monaco Dance Forum. 

Passons sur la danse masculine de la table pour nous rappeler ce qu'a pu en faire Diana Vishneva dans Woman in a Room en décembre 2013 ou sur la danse féminine de la cage dont le symbole serait de nature à ravir les Femen ! La scène finale, hélas, nous achève par sa mièvrerie : la danse des mannequins se veut désopilante mais le scénario d'une inversion des genres sexuels est des plus convenus : la dérision désexualise le message et permet de rendre le tableau totalement inoffensif. Mais c'était il y a 35 ans !

Viva Momix Forever, Monaco Dance Forum. Photographie © Max-Pucciariello.

Interprètes : Jennifer Chicheportiche, Amande Hulen, Seah Hagan, Sarah Nachabuer, Heather Magee Spilka et Jonathan Eden, Morgan Hulen, Jacob Stainback, Jason Williams.

 

Monte-Carlo, le 17 décembre 2017
Jean-Luc Vannier 

 

Jean-Luc Vannier, jlv@musicologie.org, ses derniers articles : Rosario Guerra, superbe Nijinski du chorégraphe Marco Goeke au Monaco Dance ForumLégitimes ovations pour I Puritani à l'opéra de Monte-CarloUne somptueuse Adriana Lecouvreur pour la fête nationale monégasqueZiad Nehme : ténor libanais et iconoclaste passionné du chant lyriqueL'Ombre de Venceslao, lumière vive et insolite à l'opéra de MarseilleUne Messa da Requiem d'exception par Riccardo Muti et le Symphonieorchester des Bayerischen RundfunksToutes les choniques de Jean-Luc Vannier.

 

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Dimanche 17 Décembre, 2017 17:56