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Une somptueuse Adriana Lecouvreur pour la fête nationale monégasque

Roberto Alagna (Maurizio) et Barbara Frittoli (Adriana Lecouvreur) Photographie © Alain Hanel.

Monte-Carlo, 27 novembre 2017 ——

C'est dans le cadre des célébrations de la Fête nationale monégasque qu'Adriana Lecouvreur, opéra en quatre actes de Francesco Cilea, était programmée par l'opéra de Monte-Carlo. Trois représentations dont la dernière intervenait, après l'hymne national vigoureusement chanté par les chœurs de l'opéra de Monte-Carlo (Stefano Visconti), dimanche 26 novembre au Grimaldi Forum. Cette nouvelle production, en coproduction avec l'opéra de Saint-Étienne et l'opéra de Marseille tranchait littéralement dans sa conception résolument classique avec la version plus audacieuse entendue à l'opéra de Nice en 2014.  Ne serait-ce que par l'insistant hommage rendu, tout au long de l'acte IV, à Sarah Bernhardt.

Barbara Frittoli (Adriana Lecouvreur) et Roberto Alagna (Maurizio) Photographie © Alain Hanel.

L'incontestable succès de cette Adriana Lecouvreur revient, en premier lieu, à la dramaturgie savamment élaborée par Davide Livermore (mise en scène et décors) et au studio de designers Gio Forma dirigé par Cristiana Picco, Florian Boje et Claudio Santucci : aidé par les costumes d'une élégance raffinée de Gianluca Falaschi et des jeux de lumières signés Nicolas Bovey, le travail du directeur général et artistique du Palau des arts Reina Sofia à Valence crée stricto sensu une scénographie spectaculaire dont les mouvements n'affaiblissent jamais l'intensité dramatique de l'œuvre. Tout demeure dans l'équilibre suggéré par cette incessante rotation entre l'endroit et l'envers d'une scène de théâtre — Life is like a poor actor who struts and worries for his hour on the stage and then is never heard from again, « Macbeth » — et dans la justesse des déplacements qui servent le rehaussement psychologique des caractères. Peut-être regretterons-nous le retour imposé aux arias interprétées statiquement au centre du plateau afin d'en accentuer l'éclat.

Alberto Mastromarino (Michonnet) et Barbara Frittoli (Adriana Lecouvreur) Photographie © Alain Hanel.

Nous retrouvons avec un plaisir non dissimulé et pour gage de réussite dans la direction musicale (souvenons-nous du Stiffelio en clôture de la saison lyrique 2013 sur le Rocher ou de La Wally donnée à Monte-Carlo en janvier 2016, Maurizio Benini dont la baguette souvent fiévreuse, précise sait également produire de plus amples et plus généreuses envolées lyriques au sein de l'orchestre philharmonique de Monte-Carlo. Au point de susciter dans notre écoute ces imperceptibles réminiscences d'autres ouvrages : plus d'une fois, nous entendons — ou croyons entendre — une mélodie appartenant au premier acte de Tosca de Puccini créée deux années auparavant (1900) ou bien même un développement du Manon (1884) de Jules Massenet lequel assistait à la première le 6 novembre 1902 au Teatro Lirico de Milan.

Adriana Lecouvreur. Opéra de Monte-Carlo. Photographie © Alain Hanel.

Dans le rôle-titre, Barbara Frittoli, que notre confrère Frédéric Norac avait entendue au TCE dans Don Carlo,  nous offre le lyrisme émouvant d'une immense tragédienne mais dont le timbre pourtant clair et agréable connaît ses limites dans des aigus malmenés par l'ampleur de son vibrato. Si un superbe lirico l'emporte agréablement sur le spinto dans son premier air « Io son l'umile ancella » tout comme pour son final « Poveri fiori », la puissance de sa ligne de chant, nonobstant un indomptable suraigu pour « Quelle lâcheté ! » à l'acte II, ne résiste guère dans les duos avec Roberto Alagna où sa voix en devient, trop souvent, à peine audible. Le ténor, faudra-t-il s'en étonner, submerge tout sur son passage : du récent Carmen à Bastille en 2017 ou de la fougue amoureuse au Palais Princier en 2014 pour ne prendre que ces deux exemples éloignés l'un de l'autre en termes de registre vocal, Roberto Alagna donne avec son aisance coutumière dans ses forte soutenus et justes de ton, toute l'envergure, la fougue et l'épaisseur au personnage de Maurice, Comte de Saxe. Mais il trouve dans le baryton Alberto Mastromarino un sérieux compétiteur campant un Michonnet, le régisseur de théâtre, des plus convaincants : chant puissant, techniquement irréprochable et particulièrement émouvant dans son « Ecco, il monologo » à l'acte I et, plus encore, dans son « Taci, moi vecchio cuor » à l'acte IV. La mezzo-soprano Marianne Cornetti sait vocalement incarner la fureur de la jalousie chez la Princesse de Bouillon malgré le monolithisme de son timbre dans son grand air au début de l'acte II.

Adriana Lecouvreur. Opéra de Monte-Carlo. Photographie © Alain Hanel.

Saluons, comme il se doit, les autres prestations qui ont largement contribué à la réussite de cette performance : la mezzo-soprano Diletta Sciandiuzzi (Mlle Jouvenot), la mezzo-soprano Loriana Castellano (Mlle Dangeville et Zerlina dans un Don Giovanni monégasque), la basse Alessandro Spina (Le Prince de Bouillon), le ténor Luca Casalin (L'Abbé de Chazeuil), le ténor Enrico Casari (Poisson et Peppe dans Pagliacci sur le Rocher), la basse Antoine Garcin (Quinault et Rochefort dans Anna Bolena à Marseille), le ténor Domenico Cappucio (Le majordome) ainsi que le comédien Pascal Carbon, les figurants Yoann Piazza et Nicolas Vitale) ainsi que les danseurs du ballet « Le jugement de Pâris » (Windy Antognelli, Jean-François Bizieau, Sophie Boursier, Jeanne Chossat, Morena di Vico, Gleb Lyamenkoff, Karine Miquelis, Konstantin Neroslov et Manon Pizzardini).

 

Monte-Carlo, le 27 novembre 2017
Jean-Luc Vannier

 

Jean-Luc Vannier, jlv@musicologie.org, ses derniers articles : Ziad Nehme : ténor libanais et iconoclaste passionné du chant lyriqueL'Ombre de Venceslao, lumière vive et insolite à l'opéra de MarseilleUne Messa da Requiem d'exception par Riccardo Muti et le Symphonieorchester des Bayerischen RundfunksToutes les choniques de Jean-Luc Vannier.

 

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Mardi 28 Novembre, 2017 14:09