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Gustavo Dudamel dirige sans passion la Wiener Philharmoniker à l’opéra de Monte-Carlo

Gustavo Dudamel (direction) et la Wiener Philharmoniker. Photographie © Alain Hanel.

Monaco, 13 janvier 2018, par Jean-Luc Vannier

Pour la programmation de Monte-Carlo, ce devait être un point d’orgue musical. Pour nous, plus modestement, cet événement devait conclure un récent séjour dans la capitale autrichienne. Lequel nous avait déjà permis d’entendre Brünnhilde au Theater an der Wien le soir du 31 décembre, puis de découvrir la Wiener Symphoniker dirigée par Philippe Jordan et, enfin, d’assister à la première de I Puritani à la Staatsoper.

Dans une tournée débutée la veille avec un concert de la Gesellschaft der Musikfreunde à Vienne et qui la conduira à Madrid, à Barcelone et à Munich en l’espace de moins d’une semaine, la Wiener Philharmoniker dirigée par Gustavo Dudamel se produisait vendredi 12 janvier dans une manifestation conjointe de l’Opéra de Monte-Carlo et du Grimaldi Forum. Au programme : le Premier mouvement de la symphonie no 10 en fa♯ majeur de Gustav Mahler puis la Symphonie fantastique, opus 14, d’Hector Berlioz.

Nonobstant les esquisses publiées par Alma Mahler et susceptibles d’accréditer la possibilité des cinq mouvements, seul le premier, Adagio, de la dixième symphonie créée en 1924 à Vienne, a été réellement achevé par le compositeur. Sollicité, Arnold Schönberg refusa même de la terminer. Gustavo Dudamel nous restitue parfaitement l’étrange sentiment de souffrance mais aussi le souffle léger, mélancolique, déjà détaché de la vie, tous deux contenus dans ce testament musical. Une douleur étonnamment apaisée après le bref et intensément dramatique tutti final. Sur un thème mélodique au timbre austère puis sur son renversement, à l’image de vagues qui ondulent paisiblement (cuivres très retenus) sur les jeux de l’atonalité, le maestro et la phalange viennoise nous font souvenance, par de fugaces allusions, du célèbre Adagietto de la 5e Symphonie. Le plus impressionnant sans doute demeure le contraste entre  l’impulsion du chef, réduite, voire minimaliste et la richesse extrême « et en même temps » délicate des nuances, sonorités presque évanescentes. Vingt-cinq minutes de — quasi — bonheur.

Gustavo Dudamel (direction) et la Wiener Philharmoniker. Photographie © Alain Hanel.

Quasi. Car il aura fallu bien de la concentration — et pour les musiciens de la Wiener Philharmoniker et le chef une remarquable persévérance — afin d’oublier dès le départ l’autre concert : celui dans la salle des bruyantes expectorations nourries de toux grasses et rocailleuses. Sans oublier la sonnerie intempestive d’un « mobile multifonction » comme il sied désormais de dire. Des comportements inacceptables qu’un Riccardo Muti aurait sanctionnés d’un arrêt immédiat de sa direction musicale comme il nous l’a montré avec le Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks à Munich.

Est-ce là ce qui a démotivé, même irrité le maestro au point d’à peine saluer le public après cette première partie et même à l’issue de la performance, préférant s’attarder entre les pupitres pour féliciter certains instrumentistes? Était-ce la fatigue du voyage de Vienne à Monte-Carlo effectué le jour même ? Toujours est-il que l’exécution de la Symphonie fantastique n’a pas été extraordinaire.

La même gestuelle, logique pour Mahler, n’a pas semblé la mieux adaptée pour Berlioz. Certes, les à-coups et autres syncopes rythmiques, notamment dans « La marche au supplice » et le « Songe d’une nuit de Sabbat », sont bien mis en valeur : nous y retrouvons la marque essentielle du jeune Gustavo Dudamel comme nous l’avions remarquée chez l’un de ses disciples. Mais la subtilité des « Rêveries-Passions », encore parasitée hélas par les rengorgements bronchiteux de la salle, ainsi que la valse du « Bal » digne d’un concert de patronage dominical — un célèbre ténor assis devant nous baille largement — nous laissent sur notre faim. Agréable sans être brillant : il manque un je-ne-sais-quoi de passion. Une étincelle qui aurait fait de cette rencontre entre ces deux inestimables institutions, une soirée d’une tenue et d’une qualité exceptionnelles. Il serait vain d’incriminer la prudence du chef ou de voir uniquement dans celle-ci une respectueuse déférence pour la Wiener Philharmoniker comme on le ferait pour une noble et vieille dame. Gustavo Dudamel a été le plus jeune chef choisi par les musiciens de cet orchestre afin de diriger le 1er janvier 2017, le plus célèbre des concerts du Nouvel An. Il faudra donc chercher ailleurs. Souhaitons aussi, pour une conclusion triviale, que le Grimaldi Forum organise plus efficacement à l’avenir l’évacuation des spectateurs à la sortie !

 

Monaco, le 13 janvier 2018
Jean-Luc Vannier

 

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bouquetin

Samedi 13 Janvier, 2018 19:40