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Jean-Luc Vannier, Monaco, 23 mars 2026

Ovation pour la reprise d’Il Trovatore à l’opéra de Monte-Carlo

Alexandra Marcellier (Leonora) et Piero Pretti (Manrico). Photographie © Marco Borrelli - OMC.Alexandra Marcellier (Leonora) et Piero Pretti (Manrico). Photographie © Marco Borrelli - OMC.

Crainte des foudres de la censure pour oser représenter une scène dans un couvent avec des religieuses en prière selon Pierre Milza ou bien refus de l’Opéra de San Carlo de Naples d’accéder aux conditions financières de Verdi si l’on en croit Piotr Kaminski, toujours est-il qu’Il Trovatore, finalement créé au Teatro Apollo de Rome le 19 janvier 1853, fut un immense succès.

C’est donc avec un intérêt non dissimulé que nous attendions, dimanche 22 mars salle Garnier, la reprise d’une production monégasque de 2017 qui déployait avec une rare inspiration scénique, cette atmosphère lugubre, peuplée de fantômes et de visions cauchemardesques. Bref, tout ce que la censure italienne du xixe siècle s’efforçait d’interdire : l’agencement mobile de deux barres lumineuses formant une croix couchée aurait sans doute suffi à lancer l’anathème ! Cette exploitation habile d’aménagements d’un plateau unique nous rappelle d’ailleurs la mise en scène d’une version d’Il Trovatore par la Wiener Staatsoper.

Varduhi Abrahamyan (Azucena). Photographie © Marco Borrelli - OMC.Varduhi Abrahamyan (Azucena). Photographie © Marco Borrelli - OMC.

La nouvelle distribution prévoyait Pretty Yende dans le rôle de Leonora mais, hélas, la soprano dont nous avions salué l’intervention, en novembre dernier, dans l’hommage rendu à Joséphine Baker pour la Fête nationale monégasque, «  a dû se rendre en Afrique du Sud en raison d’un deuil familial » annonçait in extremis l’Opéra de Monte-Carlo. Nous lui présentons nos plus sincères condoléances.

C’est Alexandra Marcellier, prévue pour la représentation du 28 mars, qui en assure finalement l’ensemble pour cette production. En février 2023, nous avions entendu la soprano française dans le personnage de Micaëla d’une Carmen marseillaise qui ne nous avait pas du tout convaincu. Que de changements depuis ! Alexandra Marcellier investit corps et âme le personnage dont elle met en exergue les souffrances avec une projection vocale puissante et une irréprochable justesse de ton. Et ce, nonobstant le fait que ses aigus ne possèdent pas — encore ? — toute l’onctuosité et la rondeur d’une voix ample. Nous lui sommes toutefois reconnaissant d’avoir accepté ces remplacements dans un rôle où elle fait, en outre, ses débuts.

Artur Rucinski (Le Comte de Luna). Photographie © Marco Borrelli - OMC.Artur Rucinski (Le Comte de Luna). Photographie © Marco Borrelli - OMC.

Habituée, pour notre plus grand plaisir, de la scène monégasque, l’Azucena de Varduhi Abrahamyan (La Princesse Eboli dans un Don Carlo sur le Rocher) concentre, vocalement et à elle seule dans son superbe « Stride la vampa », toute la démence de cet environnement mortifère. Les rôles masculins ne le cèdent en rien à l’exigence vocale : dans le personnage du Comte de Luna, Artur Rucinski (Seid dans Il Corsaro à Monte-Carlo) s’offre une ovation des plus légitimes avec son émouvant « il balen del suo sorriso » à l’acte II. De son côté, le Manrico de Piero Pretti est un magnifique ténor qui « ténorise » avec toute la palette de gradations vocales ponctuées de ces «  ruptures » et autres « arrachements » subtilement maitrisés qui en garantissent le succès auprès du public ! Heureuse découverte du Ferrando interprété par Evgeny Stavinsky que nous souhaiterions réentendre ultérieurement.

Il Trovatore. Photographie © Marco Borrelli - OMC.Il Trovatore. Photographie © Marco Borrelli - OMC.

Ne manquons pas, last but not least, de saluer la direction de l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo et des chœurs, très sollicités dans cette œuvre, par Giacomo Sagripanti. Très précis dans ses attaques, encore plus minutieux dans la direction des chanteurs sur le plateau et pour lesquels il n’économise pas ses instructions, le maestro dont le dynamisme et la vivacité du geste laisseraient parfois filtrer un enthousiasme personnel et susceptible de le déborder dans certains tempi, n’en insuffle pas moins des accentuations marquées qui densifient l’exécution magistrale de la partition par les pupitres. Nous ne pouvons que nous en réjouir.

 

Jean-Luc Vannier
Monaco, 23 mars 2026.


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ISSN 2269-9910

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