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Jean-Marc Warszawski, 8 février 2026.

L’opéra de Leipzig serait menacé de faillite

L'Opéra de Leipzig. Photographie © musicologie.org. L'Opéra de Leipzig. Photographie © musicologie.org.

Par la plume d’Ina Schwarzbrunn, le Leipziger Volkzeitung du 28 janvier dernier alertait à propos d’une possible faillite de l’Opéra de Leipzig qui a accusé l’an passé un déficit de 2,3 millions d’Euros. D’après cet article, l’opéra n’aurait plus que deux années d’avances de liquidités, en raison de la stagnation des recettes, de la baisse de la fréquentation, 174 000 spectateurs en 2024-2025, pour un remplissage moyen de 51 %, et de la hausse des prix de l’énergie et des matériaux, notamment pour les décors, des services tels que le nettoyage. 75 % des dépenses sont consacrées aux salaires et à l’orchestre du Gewandhaus auquel l’Opéra verse environ 10 millions d’euros par an et qui est aussi affecté pas ces diverses hausses des prix.

Situation délicate, car la ville, elle-même endettée de 280 millions d’euros, serait dans l’impossibilité d’augmenter sa subvention qui est de soixante millions d’euros, les déficits à venir de l’Opéra étant estimés à 3 millions d’euros par an. Andreas Schulz, le directeur du Gewandhaus met les « coûts » salariaux en avant alors que pour Tobias Wolff, directeur de l’opéra, ce n’est qu’un élément parmi d’autres.

Le chiffre de 51 % de remplissage semble être contredit, puisque l’Opéra avance une jauge de 57 % pour les opéras, 68 % pour les ballets et 80 % pour les comédies musicales, et que les chiffres exacts ne sont pas encore connus. Par ailleurs le prix des places oscille entre 39 et 88 euros.

Mais c’est là une situation commune. À Dresden, la municipalité envisage des fusions entre d’importantes institutions musicales. On remarque également que la culture est un enfant pauvre des budgets, ainsi, en Saxe, si les subventions allouées à la cultures ont augmenté de 35 % en 25 ans, les salaires conventionnels ont quant à eux augmenté de 83 %, une situation que confirme Lydia Schubert, directrice administrative de l’Opéra quant au budget de la ville de Leipzig, ou en fait, proportionnellement, la part de budgétisation revenant à la culture est en baisse.

Le maire de Leipzig, Burkhard Jung, président du Deutscher Städtetag (Association des villes allemandes), demande une aide d’urgence de la part de l’État fédéral et des Länder.

On ne peut pas parler de culture (plus exactement de création artistique) comme d’une affaire commerciale réduite aux termes de recettes et de dépenses. La création artistique n’a pas à être commercialement rentable, elle y perdrait son statut, ce qu’on appelle ici coûts est des services, des investissements inestimables, nécessaires à la cohésion et au bien-être social. C’est une affaire de choix politique.

Présenter une dette de 280 millions d’euros comme quasi catastrophique pour une ville telle Leipzig relève d’un jugement simpliste, car une ville investit sur dix, trente, cinquante ans, ce sont les économies et le bien vivre de demain. Les pics d’endettement sont normaux, au rythme des investissements et des remboursements.

Ainsi, il y a peu, l’Opéra de Leipzig, dont les ateliers sont éloignés, avait le projet de récupérer des locaux proches, lesquels auraient pu communiquer avec la maison mère par un tunnel. Cela représente un coût et un projet un peu fou, mais sur la durée ce serait une économie de temps, de moyens, de location de camions et une bonne solution rationnellement écologique.

En France, les villes de plus de 100 000 habitants (Leipzig compte 600 000 habitants), portent en moyenne des dettes supérieures à 200 millions d’euros. La ville de Paris, qui a entrepris de très grands travaux pour s’adapter au réchauffement climatique, est endettée à hauteur de neuf milliards d’Euros, et son opéra, dont les comptes sont aujourd’hui en équilibre, accusait voici deux ou trois ans un déficit de neuf millions d’Euros.

La culture n’est pas un coût, mais une richesse, les salaires ne sont pas un coût, ils sont une partie des richesses créées par le travail, ils ne sont pas placés dans des opérations spéculatives à l’abri des paradis financiers, ils alimentent le marché intérieur. L’Allemagne sort à peine de la récession grâce à la consommation des ménages, aux salaires. Il faudrait sortir de la philosophie libérale qui réduit tout à un livre de comptes. Certes, il y a des limites financières, mais les comptables et politiques ne devraient pas s’immiscer dans la création artistique, son organisation, ses programmations, les décisions devraient appartenir aux artistes eux-mêmes et au public, comme d’ailleurs dans tous les métiers. L’intrusion généralisée des Geschäftsführer (gérants) qui ne connaissent rien aux métiers, avec la seule vision du court terme, est destructrice à la fois de la qualité des services et des conditions de travail.

Cette saison l’Opéra de Leipzig et la Komödie Leipzig (= Opéra-Comique) font la fête à Albert Lortzing, un chanteur et compositeur berlinois d’opérettes à succès qui fit une partie de sa carrière à Leipzig, où il fut nommé chef d’orchestre du théâtre, mais il fut limogé en 1845, pour s’être opposé, avec toute la troupe aux décisions de la municipalité. Coïncidence ?

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Jean-Marc Warszawski
8 février 2026.

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