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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte. III. Le temps de Bach (Table des matières)

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La musique instrumentale de Francesco Geminiani
1687-1762

En tant que compositeur, il est surtout connu pour les arrangements sous forme de concertos grossos qu'il fit de diverses sonates de son maître Corelli, et on a vite fait de le cataloguer comme un disciple servile de celui-ci. Pourtant, ce brillant violoniste, par ailleurs théoricien reconnu et grand amateur d'art, qui fit lui aussi ses classes à Naples auprès d'Alessandro Scarlatti, écrivit tout un catalogue d'œuvres originales où, tout en restant fidèle aux formes héritées de Corelli, il sut introduire quelques éléments novateurs et, surtout, faire montre d'une volonté d'expressivité très personnelle, à la limite de l'excentricité.

Comme Domenico Scarlatti et tant d'autres, Geminiani figure parmi ces musiciens italiens de l'époque qui furent de grands « produits d'exportation » : en 1714, il quitte ses fonctions de violoniste à l'opéra de Naples pour s'installer à Londres où il se forge très vite une belle réputation de virtuose, compositeur et pédagogue. Dès lors, sa carrière  — brillante et lucrative — se partagera entre Londres et Dublin, non sans quelques détours plus ou moins prolongés par Amsterdam et par Paris aux environs de 1750.

Un de ses titres de gloire reste son traité The Art of Playing on the Violin (1751), le plus célèbre de ses ouvrages théoriques. Quant à ses compositions, elles relèvent en quasi-totalité de deux genres : la sonate et le concerto grosso.

Sonates pour violon et basse continue opus 1 et opus 4

On fait peu de cas en général de ces deux opus de douze sonates chacun publiés respectivement en 1716 et 1739. Le musicien y fait appel à une certaine virtuosité mais son écriture n'a pas, il est vrai, la perfection de celle de son maître et modèle Corelli.

Curieusement, on s'intéresse plus volontiers aux transcriptions que Geminiani fit ultérieurement de certaines de ces sonates, tirées notamment de son opus 4, d'une part en concertos grossos, de l'autre en Pièces de clavecin. À l'écoute de celles-ci, on ne manquera pas d'être surpris de la qualité du transfert qui témoigne d'une belle connaissance de l'écriture pour clavier, et on sera même frappé de la présence d'un certain goût français dans quelques-unes de ces pièces qui ne sont pas loin d'évoquer une influence de Couperin ou de Rameau.

Sonateno 5 opus 4, en la mineur, par Fabio Biondi & Europa Galante.

Sonates pour violoncelle et basse continue opus 5

Six sonates seulement dans ce recueil que Geminiani écrivit à un stade de maturité plus avancé, en y exploitant d'une manière étonnamment libre, voire tortueuse, les ressources expressives du violoncelle. « Publié à Paris en 1746, puis à Londres en 1747, l'Opus 5 de Geminiani est l'antithèse des sonates pour violoncelle de Vivaldi : phrases tourmentées de carrure irrégulière, harmonies denses, complexes et surprenantes. Ces irrégularités, comme les appelait Charles Burney, qui choquaient tant les contemporains du furibondo Geminiani, nous le rendent aujourd'hui attrayant. »1

Sonate opus 5 no 2 en ré mineur, 1. Andante, 2. Presto, 3. Adagio, 4. Allegro, David Watkin (violoncelle), Richard Egarr (clavecin), Alison McGillivray (violoncelle).

Concerti grossi opus 2, 3 et 7

Il s'agit ici, à raison de six concerti par numéro d'opus, de la production réellement originale de Geminiani en matière de concerto grosso. Ces trois recueils furent publiés respectivement en 1732, 1733 et 1746 ; l'opus 3 devait reparaître, vingt-deux ans plus tard, dans une seconde version sensiblement modifiée.

On sait que les opus 2 et 3 valurent à l'époque à leur auteur la réputation de grand maître par excellence du genre concerto grosso. Aujourd'hui, sans doute parce que nous percevons moins les aspects novateurs de ces concerti, il n'est pas rare de les voir qualifier simplement de belle musique décorative. Bien sûr, ces œuvres restent archaïsantes dans leur moule de sonata da chiesa, mais Geminiani y introduit un nouvel équilibre sonore en intercalant un alto entre les deux violons et le violoncelle composant le concertino appelé à s'opposer au ripieno. Et surtout il y fait preuve d'une réelle richesse d'inspiration qui, à quelques inégalités près, vient opportunément enrichir son modèle : « Son audace dans les techniques de modulation, sa rigueur harmonique, son goût pour les textures étoffées, où toutes les parties travaillent, les voix glissant les unes sur les autres en entraînant des dissonances surprenantes,… font de Geminiani un compositeur authentiquement original, un peu excentrique même.»2

Autant de qualités qu'on retrouvera, parfois magnifiées au plan de l'expression ou de la sensibilité, dans ce chant du cygne du concerto corellien que constitue l'opus 7.

Concerto grosso opus 3 no 2 en sol mineur par Europa Galante (Fabio Biondi).

 

Concerto grosso opus 7 no 2 en mineur, La Petite Bande (Sigiswald Kuijken).

La Forêt enchantée

Dernière des partitions originales de notre musicien qui renonça pratiquement à composer quinze ans avant sa mort, cette Foresta incantata fut écrite en 1754 pour accompagner un spectacle de pantomime avec machineries donné au Palais des Tuileries. Découpée en vingt-deux  mouvements et faisant appel aux flûtes et aux cors, cette vaste partition témoigne d'un bel effort d'adaptation stylistique de la part de Geminiani mais ne captive guère que dans le mouvement final.

Concerti grossi d'après Corelli  

Entre 1716 et 1735, Geminiani tînt à honorer son maître à travers des transcriptions de certaines de ses sonates en concerti grossi ; dans un premier temps, il transcrivit les douze sonates du fameux opus 5 de Corelli ; puis suivirent des transcriptions de cinq des sonates de son opus 3 (nos 1, 3, 4, 9 et 10) et d'une des sonates de son opus 1 (no 9).

Pour beaucoup, c'est le meilleur de la production de Geminiani, et il se trouvera toujours un petit malin pour ajouter : « Normal, puisque c'est du Corelli… » En réalité, même si l'hommage au grand maître se veut respectueux, la part personnelle de Geminiani est très importante dans ces concertos : « Plus que de simples transcriptions, ils exploitent avec génie les richesses harmoniques d'un orchestre virtuose : les contrastes se font plus marquants, multipliant différenciation des timbres et effets de couleurs, sans pour autant perdre de l'intensité expressive de l'instrument soliste. Les sonates de Corelli sont mises comme en perspective, rayonnant dans ces lignes mélodiques qu'étoffe une palette instrumentale variée. »3

Concerto grosso no 11 (d'après Corelli, opus 5 no 11 en mi majeur), I. Preludio, II. Allegro, III. Adagio, IV. Vivace, V. Gavotta, Academy of Ancient Music (Andrew Manze).  

Concerto grosso n° 12, d'après « La Folia » opus 5 en mineur de Corelli, par l'ensemble L'Aura soave.

Notes

Notice biographique de Francesco Gemininai dans musicologie.org

1. Roger-Claude Travers, « Diapason » (384), juillet / août 1992.      

2. —, « Diapason » (391), mars 1993.     

3. Coralie Welcomme, « Répertoire » (139), octobre 2000.

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ISSN  2269-9910

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Mercredi 5 Juillet, 2017 7:59