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Les Trios élégiaques de Rachmaninov par Alan Ball, Bernard Mathern, Élisabeth Beaussier

Sergueï Rachmaninov, Trios élégiaques, Alan Ball (piano), Bernard Mathern (violon), Élisabeth Beaussier (violoncelle), Calioppe 2017 (CALI 7436).

3 janvier 2017, par Jean-Marc Warszawski ——

Rachmaninov a été poussé par le souffle de Tchaïkovski vers les Schumann et Mendelssohn, ou inversement, mais n’est jamais sorti musicalement de ces alizés, malgré les vents contraires du début du xxe siècle, de  Schönberg, Stravinsky ou Debussy, après Franz Liszt. Sa russophilie domptée par l’harmonie occidentale est plus une signature — mais quelle signature mélodique — qu’une véritable exploration. Il ne compose pratiquement plus après la Première Guerre mondiale. À cause de la Révolution soviétique dit-on paresseusement porté par l’idéologie de la guerre froide. Certes, issu des classes en richesse, il pouvait craindre de cette révolution, de la colère des opprimés. Mais, comme il le fit en 1905 et en 1939, alors qu’il habitait sa magnifique maison Bauhaus en Suisse, il quitte les régions troublées, certainement parce qu’elles ne sont pas propices au métier de musicien, et particulièrement de concertiste. Il ne compose plus, parce que sa brillantissime carrière de concertiste d'Amérique à Eusope et d'Europe à Amérique n’en lui laisse pas le loisir, peut-être aussi parce que son langage musical est devenu quelque peu anachronique.

Mais sa musique a du souffle, elle est efficace, paysagiste, narrative, habitée.

Il crée un premier trio élégiaque en un mouvement, un trait d'allure spontanée d'une épaisse émotion, le 30 janvier 1892 à Moscou, sans lui attribuer de numéro de catalogue, deux mois avant de passer son examen final du Conservatoire de Saint-Pétersbourg avec son opéra Aleko, d’après les Tziganes de Pouchkine.

L’élégie est un des grands genres de la musique slave, la dumka, hérité d’une tradition populaire rhapsode du moyen-âge contant la résistance contre les troupes Tatars. Rachmaninov est dans son élément.

Il commence la composition de son second trio élégiaque le jour même de la mort de Tchaïkovski, qui le bouleverse, comme elle bouleverse le monde artistique moscovite qui se tenait heure par heure informé de l’évolution de la maladie, grâce aux bulletins de Modest, frère Tchaïkovski.

Dix ans plus tôt, alors qu’il était à Rome, Tchaïkovski avait lui-même composé un tel trio funèbre à la mémoire du grand ami auquel il devait tant, le pianiste Nicolas Rubinstein. Rachmaninov en reprend l’exergue en français : « À la mémoire d’un grand artiste ».

On retrouve dans ce second trio les caractères élégiaques, rhapsodes et pathétiques du premier, mais en trois mouvements (Moderato, Quasi varazione, Allegro risoluto) construits et menés, d’une durée de plus du double (45 minutes !). C’est une œuvre plus complexe et exploratrice y compris de la sérénité, voire brièvement de la gaité, de la colère sourde qui cogne le piano. Ils relèvent d’ailleurs le sentiment général de désolation, à la manière dont le sarcasme agit dans les œuvres de Chostakovitch, particulièrement dans les variations du second mouvement, variations musicales, mais aussi de caractères, dont un duo violon-violoncelle à mouiller de larmes les archets. Un dernier mouvement sombre et pas content, qui s'achève rapidement « dans le sable », comme la 6e symphonie « pathétique » (O combien) de Tchaïkovski.

Le pianiste Alan James Ball est passé par la Juilliard School, a été lauréat des concours Van Cliburn au Texas et Marguerite Long à Paris. Fixé en France, il se partage entre la scène et son enseignement au Conservatoire de Meudon.

Bernard Mathern a étudié le violon au Conservatoire national supérieur de Paris, a été lauréat des concours de Lausanne et de Colmar, a intégré l’orchestre de l’Opéra, a dirigé l’Orchestre national du Havre, il enseigne à l’École normale de musique de Paris.

Comme Alan Jales Ball, Élisabeth Beaussier enseigne au Conservatoire de Meudon. Elle a suivi les cours de violoncelle du Conservatoire royal de Bruxelles jusqu’au premier Prix, joue au sein de l’Orchestre national de Lille et de l’Orchestre national de France.

De tous trois, on apprécie le tact, au-delà de la maîtrise musicale, dans une œuvre qui sans cela, pourrait sombrer dans un sentimentalisme, liquéfiant les qualités musicales, les nombreuses combinaisons thématiques et instrumentales, la diversité des sentiments exprimés.

Sergueï Rachmaninov, Premier trio élégiaque (extrait), plage 1, Alan Ball, Bernard Mathern, Élisabeth Beaussier.

 

Jean-Marc Warszawski
3 janvier 2018

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Mercredi 3 Janvier, 2018 1:52