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Duo Jocelyn Aubrun (flûte) et Aline Piboule (piano) : 1943 un cru exceptionnel ?

Jocelyn Aubrun et Aline Piboule, 1943: Works for Flute abd Piano : Arrieu, Dutilleux, Flothuis, Prokofiev, Smit. Artalinna 2017 (ATL A013).

14 décembre 2017, par Jean-Marc Warszawski ——

Jocelyn Aubrun, flûtiste,  est diplômé et primé du Conservatoire de Nice et du Conservatoire national supérieur de Lyon, et a collectionné les lauriers de quelques concours internationaux, le Jean-Pierre Rampal à Paris, de Cracovie, d’Arles. Il se produit en musique de chambre et au sein de divers orchestres en France, Allemagne, Japon. Depuis 2006, il est soliste de l’Orchestre national de Lyon et se perfectionne en musique ancienne (flûte dite « traverso »), à la Haute école de musique de Genève.

La pianiste Aline Piboule a usé ses robes sur les bancs des Conservatoires supérieurs nationaux de Lyon puis de Paris. Elle a également étudié à l’Université de Montréal. Elle mène une carrière internationale de récitaliste et de chambriste, joue régulièrement devant les micros de radio France, et a obtenu cinq distinctions au Concours de piano [contemporain] d’Orléans en 2014. Son récent cédé consacré aux œuvres d’Henri Dutilleux et de Gabriel Fauré a été particulièrement remarqué.

Jocelyn Aubrun et Aline Piboule proposent ici leur deuxième cédé de duettistes, consacré à l’année 1943.  Pourquoi 1943 ? « Un projet de longue date » confie le flûtiste. On n’en saura pas plus. Au moins est-ce une thématique originale et qui fait a priori musicalement sens.

Terrible année où, après la conférence de la villa Marlier dans le quartier du Wannsee à Berlin, le quartier des lacs, en janvier 1942, l’extermination des juifs, « la solution finale »,  est accélérée, où les fascistes français organisent une milice de triste mémoire, où la Gestapo marque des points contre des réseaux de résistance, mais aussi où, à Stalingrad, l’Armée rouge et les partisans soviétiques infligent une cuisante défaite aux armées nazies qui scelle enfin leur défaite. Mécaniquement dans le fait d’armes,  mais aussi dans le souffle d’espoir, pour celles et ceux qui ont toujours cru à la défaite à terme des barbares.

Les cinq œuvres ont bien toutes été composées en 1943 du côté des victimes et de la lumière. La sonate pour flûte et piano, de Leo Smit, grande figure musicale des Pays-Bas, influencé par le jazz, la musique russe, la France où il fait un séjour bénéfique. Il arrive à sauver sa musique, avant d’être déporté avec son épouse fin avril 1943, à Sobidor. Ils sont tous deux immédiatement assassinés. Autre figure importante de la musique des Pays-Bas, Marius Flothuis, compositeur et musicologue, assistant à la direction du Concertgebouw d’Amsterdam, jusqu’à sa déportation de laquelle il a la chance de revenir. Il sera alors bibliothécaire, directeur artistique du Concertgebouw, professeur de musicologie, président du centre d’études mozartiennes de Salzburg.

En Union soviétique, Prokofiev est évacué, comme tous les artistes de renom. Il compose de la musique de propagande et de la musique de chambre. En 1943, il est à Alma-Alta dans le Kazakhstan, déplacé en Oural en juin, puis en octobre, il est de retour à Moscou.

En France, Henri Dutilleux est chef de chant à la radio, en 1943 il crée la sonatine pour flûte et piano, en 1944, La geôle, sur un poème de Jean Cassou : il résiste. Comme Claude Arrieu, laquelle dès la libération expérimente la musique concrète à la radio aux côtés Pierre Schaeffer.

Un programme cohérent dans la diversité des lieux, situations, milieux musicaux des compositeurs, avec de grandes œuvres intenses de musicalité. Étonnamment, 1943 a donc un sens en musique. Cet art qu’on mettrait plutôt du côté des flux aurait donc aussi des crus, comme les vins. Une année exceptionnelle ?  Il faudrait pouvoir comparer.

Marius Flothuis, Sonata da camera, « Rondo alla francese » (extrait), plage 2.

 

1-4. Marius Flothuis, Sonata da camera, opus 17, pour flûte et piano, 1. Cadenza - attaca, 2. Sonatina, 3. Lamento, 4. Rondo alla francese.

5-8. Sergueï Prokofiev, Sonate en re majeur, opus 94, pour flûte et piano, 1. Moderato, 2. Scherzo, 3. Andante, 4. Allegro con brio.

9-11. Claude Arrieu, sonatine pour flûte et piano, 1. Allegro, 2. Andantino, 3. Presto.

12-14. Leo Smit, Sonate pour flûte et piano, 1. Allegro, 2. Lento, 3. Allegro moderato.

15. Henri Dutilleux, Sonatine pour flûte et piano, Allegretto ; Andante, espressivo ; Animé.

 

Jean-Marc Warszawski
14 décembre 2017

 

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Vendredi 15 Décembre, 2017 19:35