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Over the Hills : une recréation du « jazzpopéra » de Carla Bley et Paul Haines

 

Over The Hills

Over the Hills, d'après « Escalator Over The Hill » de Carla Bley et Paul Haines. L'Affiche / ImuZZic 2015 (IMR 008).

21 novembre 2015, par Alain Lambert ——

L'histoire d'un hôtel au Pakistan, à Rawalpindi, fréquenté par toute sorte de personnages, avec pour fil d'Ariane  « la réincarnation et le questionnement de l'éternel retour » selon Ludovic Florin et Jean François Mondot dans l'ouvrage consacré à Carla Bley chez Naïve en 2013 [voir notre chronique]. Cinquante-trois musiciens, trois ans de travail et un triple album salué par la critique en 1972. Escalator Over The Hill, au singulier. Des textes de Paul Haines, poète surréaliste nomade. Les voix de Jack Bruce et de Linda Ronstadt, entre autres.

Aujourd'hui, plus de trente ans après, un nonette bien français se réapproprie la moitié environ du matériau de ce « jazzpopéra » unique et libertaire. Un projet initié par le batteur Bruno Tocanne et le contrebassiste Bernard Santacruz, avec des arrangements principalement du trompettiste Rémi Gaudillat [voir notre chronique de leur récent Canto de Multitude] et du guitariste Alain Blessing.

Une relecture passionnante, tout à fait dans l'esprit de l'œuvre, avec parfois des fulgurances free de guitare et de cuivres (Jean Aussanaire aux saxs, Rémi Gaudillat et Fred Roudet à la trompette et au bugle, Olivier Thémines aux clarinettes), une section rythmique percutante et une pianiste bien sûr, Perrine Mansuy. Une suite de dix tableaux, chacun plein de rebondissements harmoniques, rythmiques ou vocaux. Avec une grande unité et complicité de l'ensemble, sans doute plus que l'œuvre originale, ajustée, collée, surimpressionnée au besoin. Dans l'ouvrage cité plus haut, un long texte de Carla Bley raconte cet immense travail de montage qui diffère beaucoup du projet Over The Hills, arrangé pour le live et la scène, le disque arrivant après. Avec un ascenseur en moins et un pluriel en plus. Pour éviter d'être dépassé («to be over the hill »), comme le sont certaines reprises ? Pari gagné.

La voix d'Antoine Läng, singulière et surexposée, parfois brouillée par l'électronique, réincarne les poèmes de Paul Haines, se faisant aussi l'écho des autres voix possibles, au milieu des feulements de trompettes, des éclats de clarinette, des vrombissements de sax, des roulements de tambours, des arpèges ou accords tourmentés du piano, et des contre-chants âpres de la guitare.

Non un hommage, mais « une sorte de cadeau » pour Carla Bley, disent les auteurs, sur le principe de la recréation et de la relecture. Une belle réussite en tout cas.

A écouter pour la sortie du cédé à Dunkerque le 1er décembre et à « jazz sur le vif » à la maison de Radio-France le 5 décembre.

 

 

 

 Alain Lambert
21 novembre 2015

 

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