Alfred Caron — Paris, Le Regard du Cygne, 8 octobre 2026.
À Table ! : Concert en huit services par l’Ensemble La Française
Ensemble La Française au Regard du Cygne. Photographie © D. R.
Aude Lestienne, flûtiste de l’Ensemble La Française, aime les programmes thématiques. Pour celui-ci, elle a choisi celui de la table, mais à vrai dire plus que de nourriture, il y est surtout question de boisson et évidemment de « vin », breuvage privilégié des bons repas dans le xviiie siècle français. Dès l’apéritif, les trois musiciens et la chanteuse se lancent dans un « air à boire » a cappella de Joseph Bodin de Boismortier qui chante les louanges de l’ivresse. Après une mise en bouche de Marin Marais qui réunit les trois instrumentistes (la flûtiste, le gambiste et le claveciniste) , vient l’entrée, une cantate de Michel Pignolet de Montéclair, « Ariane et Bacchus », musicalement un rien conventionnelle, mais qui vante avec un certain humour les bienfaits de Bacchus pour consoler des déboires de l’amour. Le premier plat (de gibier) donne la parole à la viole de gambe de Lukas Schneider dans deux énergiques pièces d'Antoine Forqueray (La Marella et La Sainscy) qui en effet évoquent bien la puissance du fumet des viandes sauvages. Après deux tambourins des PIèces de clavecin en concert de Jean-Philippe Rameau où la virtuosité et le sens du rythme compensent la légèreté de l’effectif, vient une petite série d’airs de Boismortier, à la tonalité populaire que Marie Romanet interprète avec beaucoup d’esprit. De nouveau, l’ensemble se réunit pour un air « Entre la poire et le fromage » de Boismortier et le dessert fait un petit écart allemand dans ce programme français pour une belle Sonate de Georg Philipp Telemann extraite bien sûr de sa Tafelmusik. Enfin, comme il se doit après un bon repas, est servi un café dans la cantate Le Caffé que lui a consacré Nicolas Bernier, où paradoxalement « le café fait cesser la guerre au jus séditieux et fait goûter à la Terre le calme des Cieux ».
La coda s’éternisant, les musiciens sortent un à un laissant le claveciniste Kazuya Gunji répéter ses triolets en compagnie de la soprano. Discrètement théâtralisé, avec quelques textes de liaison, pas toujours très clairs, le concert laisse toutefois la plus belle part à cette musique « rocaille » chère à l’ensemble et dans laquelle tout ses membres excellent. Au bout de cette petite heure bien arrosée, on se dit que soi-même on aurait bien un bu petit coup, mais si possible, d’autre chose que d’eau, pour ajouter à l’ambiance légère et festive qu’elle suggère.
Programme repris le 10 octobre au Château de St Germain lès Buxy et le 25 octobre à la Chapelle St Michel de Roanne.


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ISSN 2269-9910.

Lundi 19 Octobre, 2026 22:33