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Monaco, 14 octobre 2018 —— Jean-Luc Vannier

La Chapelle musicale Reine Élisabeth et J. Offenbach pour l’ouverture de saison à l’Opéra de Monte-Carlo

Jacques Offenbach, Un mari à la porte, Opéra de Monte-Carlo. Photographie © Alain Hanel.

L’opéra de Monte-Carlo aime à se distinguer. Là où d’autres scènes lyriques se plairaient, pour leur ouverture de saison, à produire une œuvre complexe, Jean-Louis Grinda, son Directeur général, préfère une montée en puissance dans la programmation. D’où des ouvertures de saison lyrique « atypiques » comme il le précisait de vive voix samedi 13 octobre Salle Garnier à Monaco tout en rendant un hommage appuyé à la soprano catalane Montserrat Caballé récemment disparue. En septembre 2016, il nous offrait ainsi un appetizer avec The Phantom of the Opera. L’année passée à la même époque, il nous régalait de Zakouski avec des artistes russes primés par l’Académie lyrique de Monte-Carlo. Cette année donc, nouveau périple européen avec deux pièces de Jacques Offenbach portées par des jeunes solistes de La Chapelle musicale Reine Élisabeth : un centre d’excellence de formation artistique à rayonnement international et ce, sous l’égide du baryton-basse belge José van Dam et de la mezzo-soprano française Sophie Koch, maîtres en résidence. En première partie « Un mari à la porte » puis, nettement plus célèbre chez le compositeur contemporain de Napoléon III, « Monsieur Choufleuri restera chez lui le…».  La mise en scène minimale d’Yves Coudray trouvait, fort heureusement, sa valorisation dans l’accompagnement dynamique au piano de Kira Parfeevets.

Pierre-Emmanuel Roubet (Chrysodule Babylas) et Dania El Zein (Ernestine). Photographie © Alain Hanel.

Première à l’opéra de Monte-Carlo, « Un mari à la porte » créé en 1859 au Théâtre des Bouffes-Parisiens sur un livret d’Alfred Delacour et Léon Morand ne présente qu’un intérêt aussi mince que l’intrigue : quiproquo de situation sur fond de chassé-croisé amoureux, thème aussi frivole que les « Séries » et autres bacchanales de Compiègne sous le Second Empire. Mais nous savons que Jacques Offenbach multipliait les petites opérettes afin de remplir des salles dont il était l’heureux propriétaire. Serait-ce une conséquence de ce manque d’appétence pour ce pauvre « Mari à la porte » ? Toujours est-il que le cœur des artistes (Fabien Hyon pour Florestan Ducroquet, Mathilde Legrand pour Suzanne, Dania El Zein pour Rosita et Alexandre Artemenko pour Henri Martel) n’y était pas : diction très aléatoire pour le parlé — un peu mieux pour les hommes — et paroles incompréhensibles pour la partie chantée. Fait d’autant plus inacceptable pour des artistes francophones même si, entend-on, la langue française « s'est émancipée de son lien avec la nation française pour accueillir tous les imaginaires ». Un « imaginaire » qui ne parvient pas à se faire entendre et comprendre de l’autre, à « symboliser » aurait peut-être expliqué Lacan, pose assurément problème.

La partie de l’auditoire qui a, en conséquence, quitté la salle au moment de l’entracte a bien eu tort car — la consigne sur les défaillances de la diction avait-elle été transmise ?  — la deuxième partie, l’opérette « Monsieur Choufleuri restera chez lui », a été ovationnée à son issue. Et pour cause : ce livret du Duc de Morny qui aida à la réalisation du coup d’État de 1852 et dont la pièce fut créée en septembre 1861, se veut une parodie féroce du grand opéra. Nous devinons aisément la rivalité lyrique germano-italienne sur fond de conflit entre Vienne, Paris et Milan autour de Venise et des États du Vatican. Raillerie distillée par le compositeur natif de Cologne tandis qu’à la même époque la gloire incontestée de Giuseppe Verdi amorce son lent périgée sous les premiers coups de boutoir des Scapigliati, les tenants d’une mise à mort du mélodrame romantique et d’une curiosité pour la musique allemande. Mars 1861 n’est-elle pas aussi la date de la version parisienne de Tannhäuser et dont le critique et éditeur musical Léon Escudier écrira à Verdi après cet échec cuisant de Richard Wagner : « Nous voilà débarrassés d’un fou, qui s’imaginait qu’on pouvait impunément faire de la musique sans l’apparence de mélodie » (Pierre Milza, Verdi et son temps, Coll. « Tempus », Perrin, 2004, p. 328).

Monsieur Choufleuri restera chez lui. Opéra de Monte-Carlo. Photographie © Alain Hanel.

Outre une bien meilleure prestation des chanteurs déjà cités (expressivité, incarnation et clarté vocales), ce « Monsieur Choufleuri » monégasque nous aura permis de découvrir et d’apprécier la voix du ténor agenais Pierre-Emmanuel Roubet dans le personnage de Chrysodule Babylas : celui qui s’est vu confier le rôle du Comte Almaviva par le Centre français de Promotion lyrique et a chanté, il y a peu, le Stabat Mater de Rossini lors du gala annuel de la Chapelle musicale Reine Élisabeth possède un timbre chaleureux et enrichi d’une vaste palette de couleurs ainsi qu’une tessiture large et stable dans tous les registres.  À suivre donc.

Monaco, le 14 octobre 2018
Jean-Luc Vannier 

 

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Dimanche 14 Octobre, 2018 20:21