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Il Barbiere di Siviglia en rêve de musique à l'opéra de Marseille

Florian Sempey (Figaro) et Stéphanie d'Oustrac (Rosina) Photographie © Christian Dresse.

Marseille, 6 février 2018, par Jean-Luc Vannier ——

Ce début d'année 2018 réussit bien à l'opéra de Marseille qui proposait, mardi 6 février, cette version du Il Barbiere di Siviglia coproduite avec le Théâtre des Champs-Élysées dont notre confrère Frédéric Norac a rendu compte, l'Opéra national de Bordeaux et les Théâtres de la ville de Luxembourg. De cet opéra-bouffe signé Gioacchino Rossini et créé au Teatro Argentina de Rome le 20 février 1816, le metteur en scène Laurent Pelly a souhaité « effacer les repères géographiques et sociaux » et « faire en sorte que les personnages deviennent des notes sur une partition ». Son idée de « représenter la musique » dans un décor abstrait en noir et blanc en renforce la dimension de rêve éveillé dont la douceur, fort heureusement, n'ôte rien au ludisme d'une scénographie, fût-elle épurée. Évoluant dans une intemporalité dont témoigne l'indétermination historique des costumes, ce Barbiere marseillais n'en expose pas moins la dynamique pulsionnelle de la théâtralité et les premières revendications, en filigrane, du message rossinien : les pupitres deviennent de redoutables piques dans les mains de la garde soldatesque tandis que les lignes d'une portée musicale servent de barreaux à la prison cloîtrant Rosina chez elle. Simple, encore fallait-il y penser. Rien à voir néanmoins avec la mise en exergue des coulisses et de l'avant-scène dans une version monégasque du Il Barbiere di Siviglia donnée en mars 2017.

Il-Barbiere-di-Siviglia, Opéra de Marseille. Photographie © Christian Dresse.

Toujours fiévreuse dans un rythme martelé avec force bras et poings fermés, la direction de l'orchestre et des chœurs de l'opéra de Marseille par Roberto Rizzi Brignoli, que nous avions déjà apprécié dans la version concertante d'Anna Bolena en octobre 2016, porte une attention méticuleuse au plateau pour tous les passages polyphoniques de la partition. Malgré sa préférence « de rester dans l'idée de souligner la qualité des voix », le maestro de Bergame ne peut se « contenter d'un orchestre simple accompagnateur » mais souhaite en faire « un véritable protagoniste, un véritable soliste ». Sa liaison avec la mise en scène en devient manifeste : « Dans chaque page du Barbier, il y a une théâtralité évidente. Il s'agit de l'amener du plateau à la fosse et inciter les spectateurs à écouter également l'orchestre ».

Dans le personnage de Rosina, Stéphanie d'Oustrac que nous avions déjà admirée dans son album de mélodies françaises « Invitation au voyage » édité en 2014, met son fort tempérament au service de sa voix et de sa remarquable présence scénique : si son grand air au deuxième tableau de l'acte I « Una voce poco fa » conserve cette belle douceur expressive du timbre, l'onctueuse souplesse des vocalises et une certaine brillance des aigus, notamment dans la remarquable leçon de chant à l'acte II, la mezzo-soprano reprend vite le chemin du naturel, plutôt impétueux et revendicatif. Au risque parfois d'une légère aridité dans une ligne de chant très marquée par le recours aux techniques vocales.

Pablo Ruiz (Bartolo) et Mirco Palazzi (Basilio) Photographie © Christian Dresse.

Déguisé en « bad boy » aux biceps cuirassés de tatouages, le baryton Florian Sempey nous scotche littéralement dans le rôle de Figaro : voix stable, puissante et superbement projetée dans tous les registres, chaleur tellurique du timbre, époustouflante présence dont l'aisance de la gestuelle corporelle n'est certainement le moindre de ses atouts.  Qualifié par notre collègue de « baryton français parmi les plus prometteurs de sa génération » dans un magistral Castor et Pollux salle Favart en 2014, Florian Sempey recueille une authentique ovation à l'issue de la représentation. L'autre bonheur vocal de ce Barbier réside sans nul doute dans la prestation, pourtant courte, de Mirco Palazzi dans le rôle de Basilio. Nous avons ainsi retrouvé avec plaisir cette basse italienne à l'intelligente ligne de chant et admirée à deux reprises dans un répertoire sacré, le Stabat Mater de Rossini en septembre 2015 avec l'orchestre philharmonique de Monte-Carlo, puis, en novembre de cette même année et sous la direction de Kazuki Yamada, dans un Requiem de Mozart.  Son interprétation de l'air de la calomnie, qui n'omet aucune syllabe, regorge de riches et belles variations, lui vaut des applaudissements légitimes.

Nous manquerons en revanche d'enthousiasme pour le ténor Philippe Talbot qui campe avec bien des difficultés le personnage du Comte Almaviva : le timbre plutôt agréable ne parvient toutefois pas à masquer la fragilité des médiums et de certains aigus, proches de la voix de fausset. Le baryton Pablo Ruiz qui incarnait élégamment Bartolo au Théâtre des Champs-Élysées remplace Carlos Chausson souffrant. Entendu dans la Madama Butterfly sur la Cannebière en mars 2016 puis, plus récemment, dans le rôle de Schaunard de La Bohème à Rouen, une nouvelle mention pour le jeune baryton Mikhaël Piccone (Fiorello) dont les qualités vocales voleraient presque la vedette au Comte Almaviva dans la toute première scène.

Il Barbiere di Siviglia, Opéra de Marseille. Photographie © Christian Dresse.

Marseille, le 7 février 2018
Jean-Luc Vannier

 

Jean-Luc Vannier, jlv@musicologie.org, ses derniers articles : Lumière et ombres de l'étoile Netrebko au Grimaldi Forum de MonacoOlga Peretyatko et Juan Diego Florez réunis pour Les Contes d'Hoffmann à l'opéra de Monte-CarloGustavo Dudamel dirige sans passion la Wiener Philharmoniker à l'opéra de Monte-CarloToutes les choniques de Jean-Luc Vannier.

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bouquetin

Mercredi 7 Février, 2018 18:31