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Benjamin Lewis lauréat incontesté des Azuriales Young Artists 2017 à Villefranche-sur-mer

Les candidats Azuriales 2017. Photographie © Mark Holford.

Villefranche sur mer, 5 septembre 2017, par Jean-Luc Vannier

C'est à l'abri de la Citadelle Saint-Elme à Villefranche-sur-Mer que se déroulait, lundi 4 septembre au Théâtre de la Citerne, la finale 2017 des Azuriales opéra : une compétition internationale entre jeunes talents lyriques et qui offre plusieurs récompenses avec, pour le meilleur chanteur, une prime d'un montant de 5 000 euros. En présence du maire de la cité balnéaire Christophe Trojani et de son équipe chargée de la culture (Monique Laugier et Kika Frouté), Sarah Holford, présidente de l'association, a présenté dans une ambiance délicieusement « British Expatriates Society » mêlant rigueur dans l'organisation et gentry en goguette, un programme en deux parties : 9 artistes interprétant chacun deux airs, deux accompagnatrices au piano (Anna Tilbrook et Lada Valesova) et un jury composé de 5 professionnels (Lucy Arner, Sarah Jane Davies, Bryan Evans, Romain Gilbert et Anne Marabini Young). Plusieurs prix étaient à décerner : le Prix Bill Birch Reynardson pour le vainqueur (5 000 euros) mais aussi le Prix Karaviotis-Grand Prix du Jury (2 500 euros), le Prix Kerry Keane-Prix du jeune espoir (1 500 euros) et le Prix Salter-Prix du public (1 000 euros).

Brittany Smith.Photographie © D. R.

Sélectionné par les artistes eux-mêmes, le répertoire couvrait un large spectre de compositeurs dans des registres pas toujours faciles à comparer. Mais cette variété a aussi permis à certains chanteurs, une fois achevé le premier passage devant le public,  d'améliorer sensiblement leur performance. La soprano espagnole Anna Niebla s'est par exemple montrée nettement plus à l'aise, développant de multiples nuances et de beaux aigus dans son « Deh vieni non tardar » extrait de Le nozze di Figaro de Mozart alors que son « Gracia Mia » issu des Canciones Amatorias d'Enrique Granados (1867-1916) fut marqué par un ton plutôt monocorde et une exécution sans grand relief. Difficile encore d'apprécier le ténor irlandais David Lynn dans « The Sigh » extrait de A Young Man's Exhortation, op. 14 : no 7 de Gérald Finzi (1901-1956) sur des poèmes de Thomas Hardy : une déclamation vocale certes passionnée mais dans un corps statique tandis que son « Tradito, schernito » du Cosi fan tutte de Mozart en seconde partie confirme, hélas, un manque de stabilité dans les médiums et une justesse de ton approximative. Lauréate de deux prix (Prix Karaviotis et Prix du public) la soprano américaine Sofia Troncoso s'est quant à elle essayée à « L'invitation au voyage » de Henri Duparc où sa belle voix aux subtiles intonations et aux nuances inspirées n'a toutefois pas réussi à occulter le désagrément d'une diction particulièrement défaillante. Son interprétation de « Caro nome » du Rigoletto de Verdi ne manque pas de charme, notamment dans les ultimes notes aiguës mais ces dernières demeurent toutefois d'une très grande prudence. Le ténor anglais Stephen Mills chante pour sa part avec une voix claire et une prononciation exigeante, un très agréable et aussi très incarné « Bleuet » de Francis Poulenc. Mais son choix de seconde partie « Here I stand » extrait de l'opéra The Rake's Progress d'Igor Stravinsky,  nonobstant l'impressionnante vivacité scénique et l'agilité vocale de son interprétation, n'aura pas été de nature à démontrer toute l'étendue, seulement pressentie, de son talent. Lauréat du Prix du jeune espoir, le baryton sud-africain Luvuyo Mbundu ne nous aura pas vraiment subjugué : son « Amor vida de mi vida » du compositeur espagnol Federico Moreno Torroba (1891-1982) et son « Per me giunto…O Carlo, ascolta » du Don Carlo de Verdi concentrent les mêmes faiblesses : un important vibrato fragilise les médiums, voire déstabilise quelques notes hautes malgré une louable capacité de projection. Beaucoup de travail donc. La mezzo-soprano polonaise Katarzyna Balejko manque son « Au pays où se fait la guerre » de Henri Duparc en raison de sa prononciation mais aussi d'un léger voile dans les aigus et ce, avant de prendre de -trop- grands risques avec les fulgurantes vocalises de « Nacqui all'affanno e al pianto…non più mesta » de la Cenerentola signée Rossini. Daniel Shelvey sera le seul, avec la Sérénade de Don Juan op. 38 de Tchaïkovski sur un texte d'Alexeï Konstantinovich Tolstoï, à tenter une romance russe en surjouant un peu les bellâtres ténébreux. Laquelle aura sans doute charmé une partie de l'assistance slave: la belle voix, certes bien projetée, de ce baryton né à Liverpool n'exploite toutefois pas assez les nuances qu'elle recèle. Les affects disparaissent sous le poids de la technique. Son interprétation du « Mein Sehnen, mein Wähnen » tiré de l'acte II de l'opéra Die tote Stadt op. 12 d'Erich Wolfgang Korngold (1897-1957), outre les interrogations soulevées par sa prononciation de l'Allemand, adopte trop le même registre vocal monolithe que pour le précédent air.

Benjamin Lewis. Photographie © Sim Cannetty-Clarke.

Les deux artistes lyriques que nous allons maintenant mentionner n'auront pas connu le même destin : le baryton-basse (l'appellation se discute en raison d'une voix qui se cherche encore…) anglais Benjamin Lewis aura fait l'unanimité dès sa première apparition avec un magnifique « Erlkönig » de Carl Loewe (1796-1869) sur le célèbre poème de Goethe : voix solidement charpentée mais néanmoins dotée de nobles et riches accent, timbre des plus chaleureux, impeccable diction,  stabilité dans tous les registres. Un pur bonheur ! Son deuxième air n'a rien à envier à la beauté du premier : « vision fugitive » du Hérodiade (scène 1, acte II) de Jules Massenet enchante littéralement le public qui lui réserve une petite ovation. Aucune surprise donc à voir cet archéologue qui a tout lâché pour l'art lyrique, récompensé par le Prix Bill Birch Reynardson doté de 5 000 euros.  Last but not least, nous regretterons que la soprano sud-africaine Brittany Smith n'ait reçu aucun témoignage de son talent pourtant bien repérable: présence scénique et vocale d'une rare intensité dramatique, magnifiques aigus stables et notes retenues avec délicatesse dans sa première intervention  « Die Nacht » de Richard Strauss. Des atouts qu'elle confirme aisément dans son « Come Scoglio » du Cosi fan tutte de W. A. Mozart même si son timbre intimiste nous aura bien plus envoûté dans le répertoire allemand. Nous attendons le plaisir prochain de retrouver Benjamin Lewis et Brittany Smith sur une grande scène européenne.

Villefranche sur mer, 5 septembre 2017
Jean-Luc Vannier

 

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