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Massenet Jules
1842-1912

Né à Montaud (Saint-Étienne) le 12 mai 1842, mort à Paris le 13 août 1912.

Son grand-père est professeur à Strasbourg. Son père, Jules Émile Frédéric, officier dans les armées du premier empire, est directeur d'une entreprise de matériel agricole de 1814 à 1847. Sa mère Eléonore-Adelaïde Royer de Marancour (1809-1875), est une bonne pianiste qui a composé quelques pièces. Elle donne des leçons de piano. La famille s'installe à Paris en 1847.

Il reçoit à partir de 1851 ses premières leçons de piano de sa mère. Recalé une première fois en 1851, il est admis au Conservatoire de Paris le 10 janvier 1853. Il y suit les cours d'Augustin Savard (1861-1942) pour l'harmonie et d'A. Laurent pour en classe préparatoire de piano.

Ses parents déménagent à Chambéry en 1854. Il tente de gagner Paris, mais est rapidement ramené à ses parents. Accueilli à Paris par sa sœur Julie, il peut reprendre les cours du Conservatoire l'année suivante. Il obtient un premier Prix de piano en 1859, mais ne s'entend pas avec François Bazin, son professeur de composition.

Il est impressionné par l'audition de L'Enfance du Christ de Berlioz en 1855 et suit les concerts des œuvres de berlioz et de Wagner au Cirque Napoléon (inauguré par Napoléon III en 1852, devenu depuis Cirque d'hiver), les concerts que Wagner donne en personne en 1860 lors de son séjour parisien.

Il étudie l'harmonie avec Henri Reber. Il donne quelques concerts. En 1861 il entre dans la classe de composition d'Ambroise Thomas de celle d'orgue de Benoist.  La même année, il publie chez Brandus et Dufour une Grande Fantaisie de concert sur le Pardon de Ploërmel, sur un thème de Giacomo Meyerbeer. En 1862 il obtient un second Prix de fugue et de contrepoint.

La vie matérielle de la famille est incertaine. Sa mère donne des leçons de piano. Il joue le triangle au Théâtre du Gymnase, puis pendant quatre ans, il est timbalier au Théâtre lyrique. Il s'y familiarise avec le répertoire.

massenet

Après un malheureux essai en 1862, il obtient l'année suivante le Premier Prix de Rome avec sa cantate David Rizzio. Pendant son séjour de trois ans à Rome, il rencontre Franz Liszt, et Louise-Constance de Gressy (dite Mlle de Sainte-Marie, surnommée Ninon par Massenet) une de ses élèves de piano recommandée par Liszt, qui deviendra son épouse. À Rome, il compose un Requiem, et une suite pour orchestre, Pompeîa, qu'il nomme « Symphonie » (créée à Paris le 24 février 1866).

Jules Massenet à Rome en 1864. Crayon de Clément Chaplain.

De retour à Paris en 1866, il subvient à ses besoins en donnant des cours de piano et pense publier des pièces de piano à la mode. Il se marie en octobre avec Ninon.

La rencontre avec Georges Hartmann qui sera son éditeur et son mentor, ainsi qu'une commande de l'Opéra Comique, sont décisives pour sa carrière. Le 3 avril 1867, il crée sa première œuvre lyrique, La grand' tante avec Marie Heilbron dans le rôle-titre . La même année, son cycle de romances Poème d'avril opus 14, sur des poésies d'Armand Silvestre et sa cantate Paix et liberté sont exécutés pour l'anniversaire de l'empereur. Au cours de ces années, il participe à des concours de composition ou ses opéras n'obtiennent pas de Prix.

Sa fille unique, Juliette, naît en 1868.

Il gagne rapidement en notoriété, et fait partie des jeunes compositeurs remarqués de Paris. Ses compositions sont publiées. Il s'engage dans la Garde Nationale pendant la Commune de Paris (le 29 mars 1871 la conscription est abolie, et tous les citoyens valides font partie de la Garde Nationale) . Il participe à la fondation de la Société Nationale de Musique.

massenet et GounodJules Massenet et Charles Gounod à la générale du Cid.

En 1872 son opéra comique Don César de Bazan, tient l'affiche de l'Opéra-Comique de Paris  pendant 13 représentations. En 1873, Il compose les musiques de scène pour Les Erinnyes de Lecomte de Lisle jouées à l'Odéon et crée Drame sacré Marie-Magdeleine avec Pauline Viardot dans le rôle-titre. Il remanie les Erinnyes qui sont reprises à la Gaîté Lyrique le 15 mai. Il est gratifié de la Légion d'Honneur le 26 juillet.

En 1877, son opéra Le roi de Lahore, aboutissement de plusieurs années de travail,  est joué avec succès. L'éditeur italien Ricordi propose de le faire traduire en italien et propose un autre sujet : Hérodiade.

Mlle La Mare dans le rôle de Charlotte dans Werther, Opéra-Comique de Paris, 1907Massenet est nommé professeur de composition au Conservatoire national de musique de Paris en 1878 en remplacement d'Ambroise Thomas qui devient le directeur de l'établissement. Il a la réputation d'être un bon professeur. Il a parmi ses élèves Gabriel Pierné, Gustave Charpentier, Florent Schmitt, Alfred Bruneau, Guy Ropartz, Reynaldo Hahn, Charles Koechlin et Georges Enesco. Le 13 février, Il Re de Lahore (avec un tableau supplémentaire) remporte succès triomphal au Teatro Regio de Turin. Le 30 novembre, Massenet est élu à l'Académie des Beaux-Arts (l'Institut), contre Camille Saint-Saëns.

Refusé en raison de son sujet biblique par Vaucourbeil, directeur de l'Opéra de Paris, il crée Hérodiade dont la partition est achevée en 1879,  le 19 décembre 1881 au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles.

En 1882, il commence la composition de Manon Lescaut sur un livret d'Henri Meilhac et de Philippe Gille, d'après la nouvelle de l'abbé Prévost. Cette œuvre demande deux années de travail. Il visite à cette occasion la demeure de l'abbé Prévost à La Haye. Manon Lescaut est créée à l'Opéra-Comique en janvier 1884 avec Marie Heilbron dans le rôle-titre (elle meurt en 1886) . Le Cid est créé en 1885, et la même année il met en chantier Werther. En 1887, il modifie la partie de Manon pour la jeune soprano américaine Sybil Sanderson, et compose Esclarmonde pour la mettre en valeur. Il crée ensuite Amadis et Le Mage.

Costumes des pénitents pour Esclarmonde.

En 1891, il est affecté par la faillite de Hartmann dont le fonds est cédé à l'éditeur Heugel. L'anné suivante il est en Autriche, pour la représentation de Werther et un de ses nouveaux ballets, Le Carillon. Le 16 octobre, on atteint la 200e représentation de Manon.

Sybil Sanderson (1865-1903)

Pour Sybil Sanderson, il compose Thaïs d'après Anatole France qui est créée à l'Opéra de Paris en mars 1894. En mais, il crée Le portrait de Manon à l'Opéra-Comique et en juin La Navarraise à Londres, au Covent Garden. Il complète et orchestre Kassya que Léo Delibes, décédé, n'a pas pu achever. Il reçoit la croix de Commandeur de la Légion d'Honneur le 31 décembre 1895.

A la mort d'Ambroise Thomas, il refuse la direction du conservatoire et quitte son poste, prétextant que son activité de créateur le force à avoir trop souvent un remplaçant (en général André Gédalge).

Il crée Sapho d'après Daudet à l'Opéra-Comique en novembre 1897, et Cendrillon, composée depuis plusieurs années en mai 1899.

Le château d'Égreville, acheté en 1899.

Il s'installe à Égreville, au Sud de Fontainebleau. Il y achève son œuvre de musique sacrée, La terre promise, qui est créée à l'église Saint-Eustache de Paris. En 1900 compose la musique pour Phèdre de Racine, jouée au Théâtre de l'Odéon. En 1901, Grisélidis, d'après Boccace est à l'affiche de l'Opéra-Comique. Le jongleur de Notre-Dame, sera créé à Monte Carlo ; à cette occasion, il est décoré de l'Ordre de Saint-Charles par le Prince Albert 1er.

En 1903, Louis Diémer crée son concerto pour piano qui tombe aussitôt dans l'oubli. Massenet ne le mentionne même pas dans son autobiographie.  Sybil Sanderson meurt d'une mauvaise grippe en mai.

En janvier 1905 on atteint la 500e représentation de Manon. La même année, Mary Garden interprète Chérubin à Monte-Carlo. En 1906, Ariane est donné à l'Opéra avec Lucy Arbell (rencontrée en 1904), Bacchus n'a aucun succès au contraire de Don Quichotte, créé à Monte-Carlo en 1910.

Lucy Arbel (1882-1947) dans le rôle de la reine Amahelli dans Bacchus. Photographie de Nadar.

En février 1911, il publie 5 articles de Massenet dans le journal « Les Échos », intitulés Souvenirs de Théâtre. A partir de novembre, 29 chapitres supplémentaires paraissent en général de manière hebdomadaire, jusqu'aux « Pensées posthumes » le 11 juillet 1912. L'ensemble est publié la même année sous le titre Mes souvenirs.

Voyage à Bruxelles en mars, pour surveiller les répétitions de Grisélidis à la Monnaie, suivi d'un séjour à Vienne où Massenet dirige Manon lors de la 100e à l'Opéra Impérial.

Le maître Massenet lisant sa partition  «Cigale»,à ses interprètes : Mme. Mariquita ; Henri Cain ; Mlle. Luz Chavita et Mlle. Jeanne Chasles.

Catalogue des œuvres

Partitions libres et gratuites de Jules Massenet

 Bibliographie

massenet

Discographie

01 / 147
Jules Massenet (1842-1912)
Werther
Livret d'Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann  d'après Die Leiden des jungen Werthers de Goethe 

Alfredo KRAUS, ténor - Tatiana TROYANOS, mezzo-soprano - Christine BARBAUX, soprano - Matteo MANUGUERRA, baryton - Jules BASTIN, basse - Jean-Philippe LAFONT, baryton - Philip LANGRIDGE, ténor.

Chorale d'enfants Jean Povey
London Philharmonic Orchestra
Michel Plasson, dir.
EMI 1979, CDM 69574

filet

EMI CDC 49612
Massenet
Manon
Opéra comique en 5 actes et 6 tableaux sur un livrer de Henri Meilhac et Philippe Gille d'après le roman de l'abbé Prévost

Alliot-Lugaz Colette, soprano ( Javotte) - Burles Charles, ténor  (Guillot de Morfontaine) - Cotrubas Ileana, soprano (Manon Lescaut) - Frémeau Jean-Marie, baryton (de Brétigny) - Kraus Alfredo, ténor ( Chevalier des Grieux) - Loreau Jacques, baryton,  (l'hôtelier) - Mahé Martine, soprano (Rosette) - Melac Jean, baryton (2e guarde) - Quilico Gino, baryton (Lescaut) - Raphanel  Ghislaine, soprano (Poussette) - Trentin Roger, ténor (1er garde) - Van Dam José, basse (Comte des Grieux).

Orchestre et Choeur du Capitole de Toulouse
MIchel Plasson, dir.

Enregistré à la Halle aux grains de Toulouse du 1er au 15 juillet 1982

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03 /
Jules Massenet
Chérubin
Comédie chantée en 3 actes
Livret de Francis de Croisset et Henri Cain
Créé à l'Opéra de Monte-Carlo le 14 février 1903

Frederica von Stade - June Anderson - Samuel Ramey - Dawn Upshaw

Münchener Rundfunkorchester
Pinchas Steinberg, dir

livret

filet

04 /
Jules Massenet
Esclarmonde
Opéra en 4 actes. Livret d'Alfred Blau & Louis de Gramont - créé le 14 mai 1889, à l'Opéra-Comique

 Joan Sutherland - Huguette Tourangeau - Cliford Grant - Giacomo Aragall - Louis Quilico - Ryland Davies - Robert Lloyd - Ian Caley - Graham Clark

John Alldis Choir
National Philarmonic Orchestra
Richard Bonynge, dir.

DECCA 425 651 (3 CD)

livret

filet

05 /
Massenet
Thaïs
Livret de Louis Gallet d'Après le Roman d'Anatole France

Elisabeth Vidal - Giuseppe Sabbatini - Gunter Wagner - Renée Fleming - S. Palatchi - Thomas Hampson

Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine
Yves Abel, dir

Polygram 466 766, 2000 

livret

filet

06 /
Jules Massenet
Thaïs
Livret de Louis Gallet
d'Après le Roman d'Anatole France 
Créé à l'opéra de Paris le 16 mars 1894

Renée Doria - Robert Massard - Christiane Gayraud -

Jésus Etcheverry, dir.
Enregistré en 1961

ACCORD 149179 

filet

07 /
Don Quichotte
Comédie héroïque en 5 actes
Poème de Henri Cain d'après Le Lorrain

Teresa Berganza - José Van Dam - Alain Fondary

Choeurs et orchestre du Capitol de Toulouse
Michel Plasson, dir.

Enregistré à la Galle-aux-grains de Toulouse
du 23 au 27 juin 1991

livret

EMI 54767  

Documents

ÉMILE VUILLERMOZ, Histoire de la musique. «Les grandes études historiques», Librairie Arthème Fayard, Paris 1949 (8e édition), p. 295-298

MASSENET (1842-1912)

Un an après Chabrier, à Montaud, près de Saint-Étienne, naissait le vingt et unième enfant d'un officier impérial en demi-solde, Jules-Émile-Frédéric Massenet, qui allait marquer non seulement une date mais une étape décisive dans le développement de notre style lyrique national. Pendant sa longue carrière qui va de 1867 à 1912, cet habile stratège a livré plus de trente batailles théâtrales et les a presques toutes gagnées. Une pareille continuité dans la fortune lui a valu bien des jalousies mais la postérité commence à le juger avec un peu plus de sang-froid. Il vint de très bonne heure à Paris où sa vie fut consacrée tout entière à son art ou, plus exactement, à son absorbant métier. Après de brillants succès au Conservatoire dans les classes de Bazin, de Reber et d'Ambroise Thomas, il obtient le Grand Prix de Rome, et ses « envois » scolaires de la Villa Médicis attestent déjà la maturité de son talent puisqu'on y trouve, à côté d'une Ouverture symphonique fort bien venue et d'un Requiem demeuré inédit, une œuvre aussi complète que sa Marie-Madeleine qui compte parmi les productions les plus significatives de toute sa carrière.

A son retour à Paris il reçoit un bon accueil dans les concerts symphoniques, puis inaugure sa prestigieuse campagne théâtrale avec sa Grand' Tante qui lui ouvre les portes de l'Opéra-Comique. Il a vingt-cinq ans. A partir de ce moment ce travailleur méthodique et acharné va nous donner vingt-trois opéras et opéras-comiques, dix partitions de musique de scène, trois ballets, six drames sacrés, vingt ouvrages symphoniques, deux cents mélodies, une trentaine de duos, trios et choeurs, de la musique religieuse et des pièces de piano. Une pareille production lui a assuré une influence considérable sur le climat musical de son temps : cette influence a été rendue plus décisive encore par son enseignement technique. Massenet, en effet, nommé professeur de composition au Conservatoire, a formé un très grand nombre de disciples qui, tout en conservant leur personnalité, ont tous gardé l'empreinte plus ou' moins nette du génie mélodique de leur maître. Qu'il suffise de nommer parmi eux Gustave Charpentier, Xavier Leroux, Alfred Bruneau, Gabriel Pierné, Reynaldo Hahn, Paul Vidal, Henri Rabaud, Georges Marty, Gustave Doret, Gaston Carraud, Savard, Charles Levadé, André Bloch, Silver et Max d'0lone, et de rappeler tout ce que l' Enfant Prodigue et la Damoiselle Elue de Debussy doivent à ce spécialiste de la « mélodie avouée » pour souligner l'importance des éléments de grâce, de tendresse et de charme affectueux qu'a vulgarisés le style massenétique.

Massenet était un remarquable musicien. Ce n'est évidemment pas dans certaines romances trop complaisantes et dans certaines pâmoisons mélodiques trop faciles qu'on en trouvera la preuve. Mais si l'on étudie ses Suites d'orchestre, ses ballets et certains de ses drames sacrés ou profanes écrits en marge du théâtre, on s'aperçoit vite des dons exceptionnels que possédait ce compositeur dont la seule faiblesse était le désir de plaire et de plaire à n'importe quel prix. Il a développé en l'affadissant et en la rapprochant de la sensibilité populaire la tradition nettement française de Charles Gounod, aussi peut-on valablement, en tenant compte de cette nuance, comparer l'auteur de Faust à Ingres et celui de Manon à Bouguereau.

Il a pourtant subi, très superficiellement, certaines influences étrangères. Attentif à tous les courants de la mode et même du snobisme, et soucieux de prouver sa virtuosité de plume, il fut wagnérien avec Esclarmonde et mascagniste avec la Navarraise, mais ces manifestations d'opportunisme ne modifièrent pas le fond de sa nature qui est tout simplement celle d'un peintre de l'éternel féminin. Quatorze de ses opéras portent des noms de femmes, et lorsqu'il s'écarte un instant du théâtre c'est pour chanter Eve, la Vierge ou Marie-Madeleine. Quel que soit le sujet traité c'est toujours dans un chant d'amour que ce musicien met l'essentiel de sa pensée. Tout le reste n'est là que pour dépayser cette obsédante hantise par le décor et l'atmosphère.

Massenet, qui cherche l'essentiel sous l'accidentel, semble vouloir nous prouver que toutes les amoureuses sont soeurs et parlent le même langage. Dans Don Cesar de Bazan, la belle Maritana nous fait entendre le cri d'amour de l'Espagne que reprendront, dans d'autres ambiances, Dulcinée, Chimène et Anita. Dans le Roi de Lahore nous recueillons, grâce à Sita, les mystérieux sortilèges de l'Inde; dans le Mage, Varedha et Anahita nous apporteront le parfum de la Perse; Thaïs et Cléopâtre, la voix de l'Egypte; Ariane, celle de la Grèce; Grisélidis, celle du moyen âge français; Esclarmonde, celle de Byzance; Hérodiade, celle de la Judée; Fausta, celle de la Rome antique; Man on, celle de notre siècle galant; Thérèse, celle de la Révolution; Charlotte, celle du romantisme allemand; Sapho, celle du Paris moderne, et Cendrillon celle du royaume des fées. A travers le temps et l'espace c'est toujours le même appel sensuel qui retentit dans toutes ces partitions.

Ce cri passionné de Massenet s'est répercuté dans tout le théâtre lyrique depuis trois quarts de siècle. Il a obsédé l'imagination d'un nombre incalculable de compositeurs qui, grâce à lui, ont appris au delà de nos frontières à parler d'amour avec l'accent français. Ce cri a une sincérité charnelle qui ne brille ni par la distinction ni par la pudeur, mais la pudeur et la distinction ont-elles jamais été des vertus compatibles avec la farouche violence de Vénus «tout entière à sa proie attachée» ? D'autre part, l'accent profondément humain de ces effusions amoureuses atteint parfois, comme dans Werther par exemple, à un pathétique réel qui trouble notre subconscience, même lorsque notre conscience lui résiste. Massenet a su féminiser le vocabulaire lyrique en lui donnant de la grâce, du charme, de la douceur, de la flexibilité et un abandon voluptueux. Comme l'a noté Alfred Bruneau : «il entreprit de créer un langage de tendresse et il le créa». On a évidemment commercialisé la formule à l'excès et ce sont les imitateurs maladroits de Massenet qui ont fini par nous lasser de ce style érotique standardisé, mais l'inventeur de ces caresses vocales a donné tant de joies aux belles écouteuses de son temps que les historiens doivent saluer avec déférence le règne glorieux de Jules le Bien-Aimé!

D'ailleurs, si l'on doutait encore de la valeur artistique profonde de la musique de Massenet il suffirait de relire l'article qu'Henry Maret consacrait à Manon au lendemain de sa création. « Pauvre Manon, écrivait-il, qui t'aurait prédit qu'un jour tu serais entourée de tout ce vacarme? Toi, jolie fille de ce siècle élégant et léger, te voilà, de par la musique savante, égalée aux Walkyries ! Que de tapage, bon Dieu ! Je ne sais pas si M. Massenet a jamais lu Manou Lescaut mais on ne s'en douterait pas à entendre son drame lyrique. De ce pastel simple et gracieux il a fait une fresque effroyable!... » Pour qu'une partition qui nous paraît si simple ait dérouté et offensé à ce point, en 1884, les oreilles d'un critique respecté qui souffre de son wagnérisme, il faut bien qu'elle ait contenu, malgré tout, en dépit des apparences, de précieux éléments d'originalité et de nouveauté pour les auditeurs de son temps !

 

Jean-Marc Warszawski
30 avril 2005
Révision 30 août 2006
Révision de mise en page et iconographique, corrections, 9 mai 2014
Idem, 31 décembre 2017

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Mercredi 14 Mars, 2018